Entre 500 et 800 migrants vivraient à la rue à Paris, selon la mairie. Crédit : InfoMigrants
Entre 500 et 800 migrants vivraient à la rue à Paris, selon la mairie. Crédit : InfoMigrants

Un petit peu plus d’un mois après le démantèlement des deux principaux camps de Paris, entre 500 et 800 migrants vivent toujours à la rue dans la capitale, selon la mairie de Paris. Pour éviter tout point de fixation, la police les déloge où qu’ils se trouvent.

Malgré le soleil de juillet qui commence à lui réchauffer le dos, Tesfaye* frissonne ce matin. La nuit a été fraîche et, comme plusieurs dizaines d’autres migrants, ce jeune Érythréen a dormi dehors - sur l’une des pelouses qui bordent la bretelle de sortie du périphérique à la porte d’Aubervilliers.

Généralement, le campement est évacué entre 6 et 7 heures du matin lorsque la police vient réveiller les migrants et leur dire de quitter les lieux. Mais ce matin, les policiers ne sont pas passés. Personne ne sait pourquoi. Dans ce petit camp improvisé où se sont regroupés des Érythréens – dont quelques jeunes femmes - certains en profitent pour prolonger leur nuit.

Depuis l’évacuation fin mai des deux plus grands campements de migrants de Paris, porte de la Villette et sur les bords du canal Saint Martin, la police a pour consigne d’éviter tout regroupement. Dans le nord de Paris, entre la porte de la Villette et la porte de la Chapelle, le ballet est le même chaque jour : des campements informels sont évacués le matin et se reforment le soir.

Porte d’Aubervilliers

Tesfaye n’est là que depuis quelques jours. Arrivé en France depuis l’Italie, il a tenté deux fois de demander l’asile en Allemagne, sans succès. Il est revenu à Paris pensant avoir plus de chance d’obtenir une protection internationale. À côté de lui, Ocram* raconte dans un très bon anglais presque la même histoire : il s’est retrouvé à Paris après avoir erré plusieurs mois entre l’Italie, l’Allemagne et la Belgique. "Je suis fatigué. Maintenant je veux rester en France mais je ne sais pas comment demander l’asile." Aucun d’eux ne semble savoir que leurs cas relèvent vraisemblablement du règlement de Dublin, c’est-à-dire qu’ils devraient être renvoyé vers l’Italie, le premier pays par lequel ils sont entrés en Europe.

À quelques mètres de là, sur la pelouse centrale du rondpoint de la porte d’Aubervilliers aussi, des dizaines de migrants ont passé la nuit. À leur réveil, le rondpoint est entouré de voiture. C’est l’heure de pointe pour les Parisiens. Ils rangent rapidement leurs affaires et quittent la pelouse.

Parmi eux, il y a Mahedine. Cet opposant politique au régime soudanais a obtenu l’asile et une carte de séjour de dix ans il y a quelques mois. Envoyé à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), il a préféré revenir à Paris pour trouver du travail. Après plusieurs semaines à l’essai, il s’apprête à signer un contrat d’agent de sécurité. Il espère trouver rapidement un logement après. "Le plus difficile c’est pour se doucher et laver ses vêtements", explique le jeune homme à la carrure imposante.

Pour les migrants, le seul moyen de conserver un petit peu d’hygiène est d’utiliser les douches publiques et les points d’eau de la ville. Porte d’Aubervilliers, comme chaque matin, quelques migrants se sont regroupés autour d’une fontaine pour se brosser les dents et se passer de l’eau sur le visage.

Des migrants profitent dune fontaine pour se rafrachir porte dAubervilliers dans le nord de Paris Crdit  InfoMigrantsÉvacuation de la "colline du crack"

Dans la matinée, la plupart convergent vers la porte de La Chapelle. Tous les jours depuis un an et demi, le collectif Solidarité migrants Wilson distribue au 56 boulevard Ney des petit-déjeuners à des centaines de personnes. Les migrants peuvent également recharger leurs téléphones au pied du local du collectif.

Mais ces derniers jours la situation s’est compliquée, expliquent les bénévoles. À la suite du démantèlement du camp de toxicomanes de la porte de La Chapelle, dite "colline du crack", fin juin, de nombreux accros au crack ont commencé à se mêler aux migrants lors des distributions de nourriture. "Cela provoque plus de bagarres. Nous ne sommes pas du tout habilités à gérer ce genre de personnes", déplore Clarisse Bouthier du collectif.

Pour éviter que les toxicomanes ne perturbent la distribution, les bénévoles reconnaissent les servir en priorité. Une stratégie délicate car une bonne partie des migrants qui vivent à Paris souffre de la faim. Nombreux sont ceux qui ne mangent qu’un seul repas par jour. Ce jeudi matin, la distribution se déroule dans le calme et sans incident.

Le collectif Solidarit migrants Wilson distribue environ 500 petits-djeuners par jour depuis un an et demi Crdit  InfoMigrantsUne réunion doit se tenir jeudi 12 juillet à l’hôtel de ville au sujet de la présence des toxicomanes porte de la Chapelle, affirme la mairie de Paris. Par ailleurs, Anne Hidalgo s’apprête à écrire au Premier ministre pour "l’alerter sur l’urgence à agir dans le quartier".

Autre difficulté pour les migrants et les bénévoles des associations qui leur viennent en aide : les rampes d’eau provisoires installées porte de la Chapelle et sur le camp du Millénaire ont été désinstallées à la suite des derniers démantèlements. La mairie de Paris, interpellée à ce sujet sur les réseaux sociaux par les associations, évoque "un quiproquo". Une nouvelle rampe d’eau munie de six robinets a été installée le 6 juillet dernier au niveau des 15-17 avenue de la porte de la Chapelle.

*Les prénoms ont été modifiés

Les petits-déjeuners du collectif Solidarité migrants Wilson sont servis tous les jours à partir de 10 heures au 56 boulevard Ney, métro Porte de la Chapelle.

 

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