Photo de l'opération de secours menée en mer Méditerranée par l'ONG Pro Active. Photo publiée sur son compte Twitter.
Photo de l'opération de secours menée en mer Méditerranée par l'ONG Pro Active. Photo publiée sur son compte Twitter.

Josepha, une Camerounaise de 40 ans, a passé au moins une nuit accrochée à une planche de bois à 80 milles nautiques des côtes libyennes, après le naufrage de l’embarcation sur laquelle elle tentait de rejoindre l’Europe. Elle a survécu, secourue par l’ONG espagnole Pro Activa, selon laquelle une autre femme et un enfant ont été abandonnés vivants, avec la Camerounaise, par les gardes côtes libyens. La femme et l’enfant n’ont pas survécu.

Les gardes-côtes libyens ont annoncé mardi avoir secouru lundi 16 juillet 158 personnes à 76 milles nautiques au large de Khoms. Ce mardi, l’ONG Pro Activa a découvert trois personnes – dont deux décédées – accrochées aux débris d’un bateau pneumatique à 80 milles nautiques au large de Tripoli, ville située à environ 260 kilomètres de Khoms. Elle accuse les gardes-côtes d’"abandon d’embarcation en danger" et d’"omission de secours dans les eaux internationales".


Photo publiée par l'ONG sur Twitter, floutée par la rédaction des Observateurs de France 24.

Des membres de Pro Activa ont filmé leur intervention auprès de Josepha et des deux personnes décédées. Les images étant particulièrement choquantes, la rédaction des Observateurs de France 24 a décidé de n’en publier que des captures d’écran floutées.


"Ce que les garde-côtes n’ont pas dit c’est qu’ils ont laissé deux femmes et un enfant à bord [du navire qu’ils ont secouru, NDLR] et ont coulé le navire parce qu’ils [les deux femmes et l’enfant] ne voulaient pas monter à bord de la patrouille libyenne. Quand nous sommes arrivés, nous avons trouvé l’une des deux femmes encore en vie, mais nous n’avons rien pu faire pour sauver l’autre femme et l’enfant qui, apparemment, avaient péri quelques heures plus tôt", dénonce Oscar Camps, le fondateur de l’ONG, sur Twitter.


Le fondateur de l'ONG exprime sa colère en espagnol dans cette vidéo tournée à bord du navire humanitaire "Open Arms".
 
Les garde-côtes libyens crient au coup monté

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, le porte-parole des garde-côtes libyen Ayoub Gassim a nié avoir abandonné ces trois personnes.
 
Au cours de l’opération de sauvetage, il est possible qu’on n’ait pas remarqué un cadavre, surtout que l’intervention a eu lieu en pleine nuit, entre 21 heures et minuit. Mais ne pas voir une personne vivante, qui peut bouger, parler, crier, cela me semble totalement improbable. L’opération a duré trois heures. Après avoir repêché les 165 personnes qui étaient à bord [158 ont été sauvées], nous avons coulé l’embarcation pneumatique et nous sommes repartis. Nous n’avons abandonné personne. Cette histoire est montée de toutes pièces par cette ONG, juste pour nuire à notre réputation.

Une survivante traumatisée

Selon l'équipe médicale de l’ONG espagnole, l’état de Jospeha est stable mais la femme est traumatisée. Elle aurait besoin de soins médicaux et psychologiques "aussi vite que possible", détaille-t-elle auprès de l’AFP.

Un transfert rapide des deux cadavres a par ailleurs été demandé par l’ONG, dont le navire ne dispose pas de chambre froide pour empêcher la putréfaction, en particulier du corps de la femme, apparemment décédée plusieurs heures avant l'enfant.

Dans un accord signé le 29 juin, l’Union européenne a notamment demandé aux ONG de "ne pas interférer avec les opérations des garde-côtes libyens", qu’elle forme et soutient financièrement. Ces derniers sont régulièrement accusés par les ONG de "comportement brutal" et "mise en danger de la vie d’autrui".

Plusieurs états européens accusent les ONG de "faire le jeu des passeurs" et refusent à ce titre d’accueillir leurs navires chargés de migrants secourus en mer. L’Italie a ainsi refusé l’accès à ses ports à deux navires en juin, l’Aquarius et le Lifeline, qui ont finalement accosté en Espagne et à Malte.

À l’annonce du retour des navires humanitaires espagnols dans la zone, le nouveau ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini a déclaré sur Twitter à leur sujet : "Qu’ils s’épargnent du temps et de l’argent, ils ne verront les ports italiens qu’en carte postale".

Ce chef de file de l’extrême-droite italienne a ensuite réagi à la vidéo publiée par l’ONG. "Les mensonges et les insultes de certaines ONG étrangères confirment que nous avons raison : réduire les départs et débarquer, c'est réduire les décès et réduire les gains de ceux qui spéculent sur l'immigration clandestine", a-t-il déclaré sur Twitter.
 

Texte initialement publié sur : Les Observateurs

 

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