Photo d'illustration du rapport de l'ONG Save The Children sur les "petits esclaves invisibles" paru le 27 juillet 2018. Crédit : Hedinn Halldorsson pour Save the Children.
Photo d'illustration du rapport de l'ONG Save The Children sur les "petits esclaves invisibles" paru le 27 juillet 2018. Crédit : Hedinn Halldorsson pour Save the Children.

Dans un rapport paru fin juillet, l’ONG Save The Children dénonce les réseaux d’exploitation de mineurs non-accompagnés en Italie et notamment de jeunes filles, contraintes à la prostitution pour pouvoir franchir la frontière franco-italienne.

"Les petits esclaves invisibles". C’est le nom du rapport publié le 27 juillet par la section italienne de l’ONG Save The Children, qui défend les droits des enfants à travers le monde. Dans ce document entièrement rédigé en italien, quatre chapitres détaillent la réalité de l’exploitation d’enfants et de jeunes adultes migrants à leur arrivée en Italie.

L’ONG met notamment l’accent sur les réseaux de prostitution de très jeunes filles à travers l’Italie, en distinguant toutefois les filières "organisées dès les pays d’origine" et ce que l'organisation appelle le "sexe de survie", comme moyen de rassembler assez d’argent pour poursuivre son voyage vers l’Europe.

"Sexe de survie" pour pouvoir aller en France

"Certaines jeunes filles arrivent en Italie et ont déjà des contacts sur place, ce sont souvent des Nigérianes ou des Roumaines. La traite qu’elles vont subir est organisée depuis leur pays. Mais on remarque aussi un nombre croissant de jeunes filles, érythréennes ou somaliennes par exemple, qui sont contraintes à la prostitution dans le nord de l’Italie pour pouvoir payer les 50 à 100 euros que leur demandent les passeurs pour leur faire traverser la frontière jusqu’en France ou, même si c’est moins courant, en Autriche. C’est cela que nous avons appelé du ‘sexe de survie’", précise à la rédaction d’InfoMigrants Francesca Bocchino, responsable de la protection de l’enfance à Save The Children Italie.

Grâce à l’un de ses programmes en Italie, l’organisation est entrée en contact avec près de 1 900 jeunes filles, dont 160 enfants, qui ont été victimes d’exploitation sexuelle dans le pays entre janvier 2017 et mars 2018. Des chiffres alarmants qui ne sont cependant que la "partie visible du problème", estime Francesca Bocchino qui s’inquiète d’un "flux invisible d’enfants vulnérables en transit par l’Italie".

"Certaines filles arrivent mineures en Italie mais, sous la pression de passeurs, donnent l’âge de 18 ou 20 ans aux autorités, donc elles sortent des radars de la protection de l’enfance et se retrouvent à la merci des réseaux. On a observé aussi que les jeunes victimes d’exploitation changent régulièrement d’endroit, de centres d’hébergement : cela rend compliqué de les suivre. C’est pour cela que nous parlons ‘d’invisibilité’ et qu’il est très compliqué d’avoir des chiffres exacts sur le nombre de victimes", explique-t-elle.

4 570 mineurs "introuvables"

Certains mineurs non-accompagnés quittent aussi le système de protection de l’enfance "quelques jours après leur identification" car ils le considèrent comme "un ralentissement inutile vers l’autonomie économique à laquelle ils aspirent", indique le rapport.

Au total, au 31 mai 2018, Save The Children dénombre près de 4 570 mineurs "introuvables", qui ont "abandonné les structures d’accueil dans lesquelles ils étaient placés", notamment dans les régions du sud de l’Italie. Selon les données de l’ONG, il s’agit principalement de mineurs érythréens (14%), somaliens (13%), afghans (10%), égyptiens (9%) et tunisiens (8%).

"Souvent ces jeunes ne font confiance qu’à des pairs ou à leur communauté, c’est très compliqué d’instaurer une relation avec eux qui va permettre de les suivre et donc de le protéger des trafics", déplore Francesca Bocchino.

Si les réseaux d’exploitation sexuelle touche majoritairement les filles, ils n’épargnent pas totalement les garçons, explique-t-elle encore à la rédaction d’InfoMigrants : "On a remarqué, en 2017 surtout, des cas d’exploitation sexuelle de jeunes garçons, souvent des Égyptiens. C’est moins présent en 2018 parce que le nombre d’Égyptiens arrivant en Italie a diminué".

"Il faudrait une coopération européenne"

Les garçons mineurs, qui représentent une main d’œuvre bon marché, sont en revanche victimes d’autres systèmes d’exploitation, notamment dans la restauration et dans l’agriculture. "On observe cela dans la région du nord, avec toujours cette idée de gagner de l’argent pour poursuivre la route, mais aussi dans le sud de l’Italie, notamment dans la région de Calabre", poursuit Francesca Bocchino.

Avec ce rapport, l’ONG espère "rendre visible" la vulnérabilité des mineurs et jeunes adultes non-accompagnés arrivés en Italie. "Maintenant, il faudrait une coopération européenne à ce sujet", conclut-elle.

La publication de Save The Children intervient peu de temps après celle d’un document de l’Oxfam en juin, accusant la police des frontières françaises de renvoyer illégalement des enfants migrants vers l’Italie. Selon l’organisation humanitaire, au moins 16 500 migrants (dont un quart sont des enfants) ont passé la frontière franco-italienne par la ville de Vintimille entre juillet 2017 et avril 2018, un chiffre qui devrait encore augmenter pendant l’été.

 

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