En 48 heures, 16 ouvriers agricoles sont morts dans deux accidents. Crédit : Ansa
En 48 heures, 16 ouvriers agricoles sont morts dans deux accidents. Crédit : Ansa

Seize ouvriers agricoles étrangers sont morts dans deux collusions entre entre des fourgonnettes revenant des champs et des camions transportant des tomates, samedi 4 et lundi 6 août. Deux drames à 48 heures d'intervalle, survenus dans la région des Pouilles, qui relancent la polémique en Italie sur les conditions de travail des migrants et des travailleurs pauvres dans les exploitations agricoles.

En seulement 48h, 16 ouvriers agricoles étrangers sont morts dans le sud de l’Italie, mettant sur le devant de la scène la situation précaire de ces travailleurs exploités dans les champs de tomates du pays. Les ouvriers sont décédés dans deux collisions entre des fourgonnettes qui revenaient des exploitations et des camions transportant des tomates.

Samedi 4 août dans l’après-midi, quatre Africains sont morts et quatre autres ont été grièvement blessés dans un accident. Deux jours plus tard, une autre fourgonnette s’est retrouvée projetée par un camion. Aucun des douze occupants, tous étrangers, n’a survécu.

Ces deux accidents ont eu lieu dans la région de Foggia, dans les Pouilles, où des milliers d’ouvriers agricoles africains, mais aussi polonais, bulgares ou roumains passent l’été à ramasser les tomates sous un soleil de plomb. De nombreux migrants, sans papiers, sont exploités dans ces champs durant les périodes estivales notamment. 

En règle ou pas, rares sont ceux qui bénéficient des conditions de travail et de rémunération décentes - et requises par la loi. Beaucoup n’ont d’autres choix que de loger dans des squats ou des bidonvilles. Ils sont ainsi souvent à la merci des "caporali", des recruteurs parfois liés aux réseaux mafieux, qui organisent leur transport et prélèvent une partie de leur rémunération. Pour s’en affranchir, les ouvriers agricoles essaient souvent de s’organiser de manière autonome, à vélo ou dans des véhicules faits de bric et de broc.

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Au cours d’une assemblée organisée dimanche - après le premier accident – dans l’un des bidonvilles de la région, des dizaines d’ouvriers agricoles africains ont décidé d’observer une journée de grève, mercredi 8 août. "À l’aube, les ouvriers agricoles vont marcher dans les campagnes pour aller jusqu’à Foggia, afin de réclamer des conditions de travail dignes", a déclaré à l’AFP Aboubakar Soumahoro, un délégué du syndicat USB.

Depuis des années, les syndicats et associations qui viennent en aide aux travailleurs migrants réclament la mise en place d’un système de transports publics pendant la haute saison des récoltes autour de Foggia. Le président de la région des Pouilles, Michele Emiliano, un membre de l’aile gauche du Parti démocrate, a expliqué lundi que la région avait prévu un budget à cet effet.

"Mais pour le mettre en place, nous avons besoin de la collaboration des exploitations agricoles, qui doivent en faire la demande dans la plus grande transparence, en communiquant le nombre des travailleurs, les horaires de travail et les trajets. Cela n’est jamais arrivé jusqu’à présent", a-t-il regretté. Les exploitants agricoles sont en effet eux-mêmes soumis à la pression de la grande distribution pour faire baisser les prix.

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Le ministre du Travail, Luigi Di Maio, le chef de file du Mouvement populiste 5 étoiles, a promis lundi d’augmenter au plus vite le nombre des inspecteurs. "Il est nécessaire de supprimer une fois pour toute la plaie des ‘caporali’. Un système honteux qui exploite le désespoir de personnes prêtes à tout pour travailler", a-t-il affirmé.

"Malgré les différentes interventions des institutions, de la société civile et un dialogue toujours plus poussé dans la lutte contre l’exploitation, chaque été on se retrouve obligé de commenter la mort de travailleurs italiens et étrangers dans le secteur agroalimentaire", a de son côté déploré l’Organisation internationale des migrations (OIM).

 

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