L'aire de jeux installée dans le centre 127 bis à Bruxelles. Crédit : Office des étrangers.
L'aire de jeux installée dans le centre 127 bis à Bruxelles. Crédit : Office des étrangers.

Un arrêté royal prévoit que les familles avec enfants pourront désormais être envoyées dans un centre fermé, sans possibilité de sortir, avant leur renvoi du territoire belge. Les ONG crient au scandale.

"C’est un jour noir pour les droits de l’enfant, pour les droits humains fondamentaux et pour la démocratie belge", a écrit l’association d’aide aux étrangers, le Ciré, dans un communiqué. Depuis le 14 août 2018, les familles avec enfants peuvent être enfermées dans un centre fermé appelé "unités familiales fermées", en attendant leur expulsion du territoire belge.

Ces "unités familiales", au nombre de quatre, sont constituées de petites maisons. Elles ont toutes été construites dans le centre de rétention pour personnes en situation irrégulière déjà existant : le "centre 127 bis", à Steenokkerzeel, collé à l'aéroport de Bruxelles.

"Les quatre maisons sont séparées du reste des autres occupants des lieux", précise Dominique Ernould, porte-parole de l'Office des étrangers en Belgique, contactée par InfoMigrants. "Les familles qui seront envoyées ici vivront à l'écart, dans un espace aménagé spécialement pour elles. Tout est fait pour qu'elles puissent y vivre le plus normalement possible [jusqu'à leur renvoi du territoire]. Par contre, elles n'auront aucune possibilité de sortir".

Les "unités familiales" sont en effet la dernière résidence des familles avant leur expulsion de Belgique.

Une des quatre maisons rserves aux familles envoyes au centre 127 bis Crdit  Office des trangersUn toboggan, une aire de jeux : "Pousser le cynisme à vouloir rendre l'endroit chaleureux, c'est scandaleux"  

Interrogé par la RTBF, Theo Francken, le secrétaire d'État à l'asile, précise de son côté que les "unités familiales fermées" respectent la vie privée de chacun. Le Ciré dénonce le "cynisme" du gouvernement et un "infâme projet". "Nous sommes allés visiter les lieux. Ils ont installé une aire de jeux, des toboggans... Pousser le cynisme à vouloir rendre l'endroit chaleureux, c'est scandaleux", s'offusque Sotieta Ngo, la directrice du Ciré.

"Ils ont installé une toile cirée en trompe-l'oeil avec un champ dessus pour masquer l'aéroport, alors que le centre est installé sur le tarmac de l'aéroport. Ils ont donné des protections auditives aux enfants pour ne pas qu'ils soient trop importunés par les bruits des avions qui décollent toutes les 5 minutes... C'est déplorable", ajoute-t-elle. "Une cage dorée reste toujours une cage".  

Plusieurs manifestations ont eu lieu à Bruxelles pour dénoncer l'enfermement des enfants et une politique migratoire jugée inhumaine.

Une première famille enfermée

Mardi 14 août, une première famille a fait son entrée dans une "unité familiale" à Steenokkerzeel. "Il s'agit d'une famille originaire de Serbie arrêtée dans la région d'Anvers, avec quatre enfants nés entre 2012 et 2017", révèle ce matin le collectif #NOTINMYNAME. D'après le secrétaire d'État à l'Asile, Theo Francken, le père est un "criminel grave". "Il a été condamné à 37 mois de prison pour des vols avec violences", précise de son côté la porte-parole de l'Office des étrangers.

Selon la RTBF, l'arrêté royal stipule que la durée de l'enfermement d'une famille avec enfants (mineurs) ne pourra pas dépasser quatre semaines et que cette privation de liberté doit constituer une solution ultime.

Avant l’entrée en vigueur de cet arrêté royal, les familles en situation irrégulière et sur le point d’être expulsées étaient exclusivement placées dans les "maisons de retour". Il existe 29 maisons de retour en Belgique, ce sont des lieux ouverts, où les familles peuvent aller et venir en attendant leur éloignement forcé. "Mais il y a eu beaucoup de fuites et d'évasions", précise Dominique Ernould, de l'Office des étrangers. L'institution rappelle que les familles sont placées en centre fermé si et seulement si elles sont en séjour irrégulier et qu’elles se sont "échappées" plusieurs fois des maisons de retour.

C'est le cas de la famille serbe actuellement détenue au centre 127 bis. Selon le journal Lalibre, la famille avait "été placée en maison de retour en mars et en décembre 2017 en vue de son rapatriement. Chaque fois, elle [avait] pris la fuite."

Une famille envoye dans une maison du centre 127 bis ne peut plus en sortir avant son expulsion Crdit  Office des trangers


 

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