Depuis ses premières missions au-dessus de la Méditerranée, l'association Pilotes volontaires a repéré plus d'une vingtaine d'embarcations en détresse. Crédit : Pilotes volontaires
Depuis ses premières missions au-dessus de la Méditerranée, l'association Pilotes volontaires a repéré plus d'une vingtaine d'embarcations en détresse. Crédit : Pilotes volontaires

En mai dernier, deux pilotes français lançaient l’association Pilotes volontaires pour repérer depuis les airs les embarcations de migrants en détresse en mer Méditerranée. Quatre mois plus tard, ils ont participé au sauvetage d'au moins 2 000 personnes.

Ils sont devenus les yeux de la Méditerranée. Depuis un petit peu plus de quatre mois, José Bonavente et Benoît Micolon, épaulés par une équipe de bénévoles, survolent pendant près de dix heures par jour les eaux internationales de la Méditerranée à la recherche d’embarcations de migrants en détresse. Depuis le début de leur mission, les Pilotes volontaires ont déjà repéré plus d'une vingtaine d'embarcations dans l'immensité de la mer, et ont participé au sauvetage d'au moins 2 000 personnes. 

"Jusqu’à présent tous les bateaux que nous avons repérés ont pu être secourus", se réjouit Benoît Micolon, co-fondateur de l’association Pilotes volontaires et responsable des opérations aériennes, joint par InfoMigrants.

Afin que chaque sortie soit la plus efficace possible, l’équipe à bord du Colibri - le petit avion que les deux pilotes ont acheté -, est constituée d’un pilote, d’un observateur et d’un coordinateur des opérations (appelé TACCO pour tactical coordinator). Les vols se font en fonction d’une feuille de route bien précise.

L'équipe des pilotes volontaires tentent de repérer les embarcations de migrants à l'aide de jumelles. Crédit : Pilotes volontairesUne organisation journalière rodée

Chaque journée débute par la préparation d’un circuit de vol communiqué aux différents MRCC (Rome, Malte et Tripoli) pour les informer du plan de vol. Les MRCC sont chargés de coordonner les opérations de secours en mer. "Tout le monde sait qu’il y a un avion civil sur la zone. On les prévient une dernière fois juste avant de partir pour dire que l’avion est en l’air et qu’il sera sur zone dans une demi-heure", précise Benoît Micolon.

En vol, les rôles sont définis afin de garantir la qualité des repérages. "On fait un premier passage à 20 nautiques [soit environ 37 kilomètres NDLR] des côtes libyennes puis on s’éloigne progressivement vers les côtes européennes au long de la journée". Le Colibri, qui vole entre 300 et 600 au-dessus de la surface de l’eau, ne s’approche pas à moins de douze nautiques (environ 22 km) des côtes libyennes – la limite des eaux internationales.

Rester en vol jusqu'à l'arrivée des secours

"Nous sommes trois à bord. Le pilote, qui ne fait que gérer l’avion et le carburant et parler à radio avec le contrôle aérien, un coordinateur qui gère la mission. Il décide où on va aller et un peu de la tactique du jour. Cette personne correspond par liaison satellite avec un officier de liaisons (un ALO, pour Air Liaison Officer). Lui est au sol, il est le relais entre nous et les services de secours", détaille le co-fondateur de l’association.

Lorsqu’une embarcation est repérée, l’avion se met à tourner autour d’elle pendant que l’observateur prend des photos qui permettront de décrire au secours le nombre de personnes à bord, la présence d’enfants et de femmes, si les migrants portent des gilets de sauvetage ou non.

"Dès que le ALO reçoit ces informations, il appelle le MRCC et explique que telle embarcation a été repérée à tel endroit, explique Benoît Micolon. Nous n’appelons jamais les secours nous-même. Parfois, le MRCC nous demande de rester au-dessus de l’embarcation pour pas qu’elle soit perdue jusqu’à l’arrivée d’un navire".

"À Tripoli, les moyens de communication et de sauvetage sont très mauvais"

Bien que la coordination des opérations de secours en Méditerranée soit maintenant à la charge du Centre conjoint de coordination des secours (JRCC) de Tripoli, les Pilotes volontaires ont décidé de continuer à en référer au MRCC de Rome.

"Nous estimons que c’est le seul centre de coordination compétent. À Tripoli, les moyens de communication et de sauvetage sont très mauvais", affirme Benoît Micolon. Le pilote confie avoir été très choquépar l’interception des garde-côtes libyens en juillet au cours de laquelle deux femmes et un enfant avaient été abandonnés dans l’eau.

Benoît Micolon raconte aussi avoir eu un choc un jour en plein vol en repérant des centaines de migrants en détresse : "Nous avions signalé une embarcation au MRCC de Rome et il nous a demandé de repérer nous-mêmes un bateau de secours car les équipes à Rome n’en trouvaient pas. Nous sommes partis plus loin que les zones de survol habituelles. Nous n’avons pas trouvé de bateau de secours mais deux embarcations de migrants de plus. Pendant cinq minutes je suis resté bloqué à me demander comment c’était possible. Je me demandais si tout cela allait s’arrêter un jour. Je me souviens que l’un des bateaux était gris, l’autre était un bateau de pêche en bois mais ils étaient au moins 600 à bord".

Aujourd’hui, le pilote dit être parfois tenté de s’engager davantage dans la défense de l’accueil des migrants. "Mais, nous, on doit se concentrer sur le sauvetage en mer pour sauver des vies. C’est notre rôle."

Si vous souhaitez aider les Pilotes volontaires en faisant un don cliquez ici >> https://www.pilotes-volontaires.org/fr/donations/formulaire-de-don-1/


 

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