Capture d'écran de la vidéo de la manifestation postée par le groupe de migrants sur Facebook, dimanche 12 août
Capture d'écran de la vidéo de la manifestation postée par le groupe de migrants sur Facebook, dimanche 12 août

Une manifestation inédite de migrants a eu lieu récemment près de Tripoli. Un groupe de migrants, principalement des Éthiopiens et des Érythréens, a forcé les portes d’un centre de rétention où il était enfermé, puis a marché vers la capitale Tripoli, à une vingtaine de kilomètres au nord, pour demander l’aide de l’ONU et des ONG de défense des droits de l’Homme. Ballottés de camps de torture en centre de rétention depuis leur arrivée en Libye en 2015, ces migrants veulent aujourd’hui quitter la Libye le plus tôt possible.

Le groupe de migrants a posté les images de la manifestation sur Facebook, dimanche 12 août, dans l’espoir qu’elles soient partagées le plus largement possible. Aman (pseudonyme), un Érythréen de 22 ans, était parmi les manifestants. Il raconte :

"Nous étions enfermés depuis trois mois dans le centre de rétention du village de Qasr Ben Ghachir (à 25 kilomètres au sud de Tripoli). Des employés de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) sont venus nous voir à notre arrivée, en mai dernier. Ils ont enregistré nos noms, et nous ont dit qu’ils allaient nous évacuer de Libye très prochainement. Mais nous n’avons aucune nouvelle d’eux depuis.

Capture dcran de la vido de la manifestation poste par le groupe de migrants sur Facebook dimanche 12 aotNous avons donc forcé les portes du centre de rétention, et nous avons marché vers Tripoli. Les forces de l’ordre nous ont dispersés avec des tirs de sommation. Puis, nous avons entamé des négociations avec eux, et ils nous ont promis qu’ils allaient nous aider à quitter le pays.

Nous sommes un groupe d’environ 120 personnes, et il y a de nombreux femmes et enfants avec nous. Nous sommes arrivés en Libye en 2015, dans l’espoir de pouvoir rallier l’Europe par la mer. Mais nous avons été kidnappés par des groupes criminels et séquestrés dans un hangar dans la ville de Beni Oualid. Les kidnappeurs nous vendaient à des soi-disant passeurs, qui nous torturaient à l’électricité et envoyaient des vidéos à nos familles et nos amis pour leur extorquer de l’argent. Le montant de la rançon pouvait aller de 1 000 à 6 000 dollars. Le pire, c’est que même après avoir touché la rançon, les ravisseurs refusaient de nous libérer.

Nous avons été libérés par les forces de sécurité libyennes, en mai dernier. Nous avons ensuite été transférés vers le centre de rétention de Qasr Ben Ghachir. Mais même s’il s’agit d’un centre de rétention officiel, nous ne faisons plus confiance aux Libyens. N’importe qui ici peut vous kidnapper, vous torturer, vous tuer. Nous voulons juste quitter cet enfer dans les plus brefs délais, la destination importe peu. C’est pour cela que nous exhortons le HCR d’accélérer les procédures pour notre évacuation "

Le groupe de migrants a été transféré jeudi 16 août vers un autre centre de rétention, situé près du siège du ministère de l’Intérieur à Tripoli.

De nombreux Érythréens fuient chaque année leur pays pour échapper à un régime totalitaire. Ils bénéficient en général du statut de réfugié auprès du HCR, statut censé les protéger contre le retour vers leur pays d’origine.

Cette photo non date a t prise par les migrants pendant leur captivit dans un centre de torture dans la ville de Bani OualidUne porte-parole du HCR, Paula Barrachina Esteban, affirme que l’agence onusienne suit de près le dossier de ces migrants. Elle explique :

"Nous sommes en train de chercher des solutions pour ces personnes, et pour tous les réfugiés actuellement coincés en Libye. Ces personnes sont réinstallées dans un pays tiers lorsque cela est possible, mais les solutions pour le moment sont très limitées et dépendent de chaque cas.

Nous avons lancé un appel à tous les pays afin qu'ils nous offrent des places pour accueillir les réfugiés dans un pays sûr.

À ce jour, 12 États ont proposé au total 3 886 places pour accueillir les réfugiés qui sont actuellement en Libye, et au Niger. Mais nous avons besoin de plus de places. En 2018, près de 55 000 demandeurs d’asile ont été enregistrés par le HCR en Libye.

L’autre solution consiste à évacuer ces personnes vers le Niger. Dans le cadre du mécanisme de transit d’urgence, les demandeurs d’asile sont accueillis dans un camp géré par le HCR à Niamey, où leurs demandes d’asile sont traitées au cas par cas.

Ils sont accueillis de façon temporaire dans ce camp, en attendant qu’un pays tiers accepte de les accueillir. Le problème, c’est que le camp est actuellement presque complet. Nous attendons que des places se libèrent. Depuis le début de l'opération d'évacuation de la Libye à la fin de 2017, 1 536 personnes au total ont été évacuées vers le Niger. Actuellement, la capacité totale d’accueil restante à Niamey est de 335 personnes."

Selon un rapport du HCR publié en juin 2018, le nombre de réfugiés en attente d'une solution d’installation dans des pays tiers atteindrait 1,4 million en 2019 alors que 75 000 personnes seulement ont bénéficié d’une réinstallation en 2017.

 

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