Des migrants en Algérie, en 2017. Crédit : Reuters
Des migrants en Algérie, en 2017. Crédit : Reuters

Alger s’est indigné des propos de Felipe Gonzales Morales - le rapporteur spécial de l'ONU sur les droits de l'Homme des migrants - qui a récemment accusé l'Algérie de "rafler les migrants en pleine nuit" et de les "battre" avant de les abandonner à la frontière nigérienne.

L'Algérie a rejeté "globalement et dans le détail les assertions" de Felipe Gonzales Morales, le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l'Homme des migrants l'ayant accusée de maltraiter les migrants africains, a indiqué mercredi le ministère algérien des Affaires étrangères.

Mardi, Felipe Gonzalez Morales a appelé le gouvernement algérien à "cesser immédiatement les expulsions collectives de migrants" africains "vers le Niger". "Les migrants sont raflés à leurs domiciles en pleine nuit", "sans même avoir le temps de s'habiller, de prendre leurs affaires et leurs économies", s'est-il indigné dans un rapport transmis à l'AFP.

Ils sont emmenés dans des postes de police, "battus" puis déportés par bus vers la frontière du Niger, où ils doivent marcher pour rejoindre la ville la plus proche, poursuit-il. Nombre d'entre eux "vivaient et travaillaient depuis plusieurs années en Algérie, où leurs enfants étaient nés et scolarisés", a déploré le responsable de l'ONU.

Une "campagne de désinformation", selon l'Algérie

Dans un communiqué, le ministère algérien des Affaires étrangères a rejeté ces accusations. "Le gouvernement algérien rejette globalement et dans le détail les assertions de ce dernier qui non seulement outrepasse les limites de son mandat mais prend pour vérités, les allégations des personnes reconduites à la frontière pour séjour illégal".

Selon les estimations de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), l'Algérie a expulsé vers le Niger 35 600 Nigériens depuis 2014 - dont plus de 12 000 depuis le début 2018 - ainsi que plus de 8 000 migrants d'Afrique de l'Ouest depuis septembre 2017.

Dans le même communiqué, Alger s'indigne aussi contre le représentant de l'OIM au Niger. Le ministère l'accuse "d'alimenter et d'entretenir depuis des mois une campagne de désinformation contre l'Algérie". L'OIM a critiqué à plusieurs reprises le traitement des migrants africains par l'Algérie, et notamment les opérations de rapatriement forcé.

Pour sa défense, l'Algérie assure ne pas "expulser" mais "reconduire à la frontière". Ces opérations se font en "conformité avec les dispositions des conventions internationales ratifiées et en application des accords bilatéraux de réadmission", a ajouté la même source. S'agissant des migrants clandestins des pays de l'Afrique occidentale, la plupart "ne disposent pas de document de voyages ou d'identité et sont refoulés, en exécution de la législation en vigueur", a précisé un responsable au ministère de l'Intérieur.

"Ils nous ont laissés seuls dans le désert" 

Ce n’est pas la première fois que l’Algérie est accusée de maltraitance envers les migrants. Les ONG (Médecins du Monde, Human Right Watch…) et les médias dénoncent régulièrement les rapatriements forcés et les abandons de migrants dans le désert. InfoMigrants et France 24 ont reçu de nombreux témoignages documentés en ce sens. 

"Ils nous ont laissés seuls dans le désert et nous ont dit de rejoindre la frontière nigérienne. Nous n’avions pas d’eau, pas de nourriture. Certains avaient encore des petites bouteilles d’eau de la veille, c’est tout", a écrit un premier. 

>> À relire : Expulsions de migrants dans le désert : "Ce que font les Algériens, c’est de la barbarie" 

"Dans la nuit, ils nous ont mis dans des camions et nous avons roulé vers In Guezzam [la dernière ville algérienne avant la frontière avec le Niger]. Quand les camions se sont arrêtés, il faisait jour. Ils nous ont fait descendre et ils nous ont dit de marcher jusqu'à Assamaka [première ville au Niger]", a raconté un autre. 

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