La Préfecture du Doubs à Besançon. Google Street View / octobre 2018.
La Préfecture du Doubs à Besançon. Google Street View / octobre 2018.

Depuis plusieurs mois, entre vingt et trente personnes dorment dans un campement de fortune insalubre à Besançon, dans l'est de la France. Sur place, une association dénonce la présence de familles et de jeunes se déclarant mineurs et "n'ayant pas été pris en charge" par le département.

L'association d'aide aux migrants SolMiRé dénonce la présence, depuis plusieurs mois, de familles venues des Balkans et de jeunes hommes isolés venant majoritairement d'Afrique subsaharienne sans solutions d'hébergement à Besançon. Récemment arrivées dans l'est de la France, ces personnes dorment dans des tentes prêtées par l'association sur un parking de la ville.

Dans une lettre envoyée le 13 septembre au préfet du Doubs, département dans lequel se situe Besançon, l'association évoque des conditions d'hygiène déplorables et notamment l'absence de toilettes. "Les personnes qui y vivent [...] sont exposées à un réel danger sanitaire l'hiver arrivant", écrivent les bénévoles, par ailleurs inquiets de "la présence fréquente d'enfants et de personnes fragiles". Selon eux, toutes ces personnes "sont dans l'attente de la prise en charge à laquelle elles ont le droit, d'un rendez-vous en préfecture ou d'une décision concernant leurs démarches en cours". 

"Cette situation n'est pas nouvelle : depuis la création de l'association en 2016, nous avons toujours vu arriver à Besançon, pour demander l'asile, des familles venues d'Albanie, de Bosnie ou du Kosovo et de petits campements se former [en avril 2017 par exemple, plusieurs familles campaient dans le centre-ville de Besançon, NDLR]. Ce qui est nouveau, c'est que depuis plusieurs semaines, on remarque également la présence de jeunes assurant être mineurs et qui ne sont pas pris en charge par le département", a expliqué à InfoMigrants Amélie*, une bénévole de SolMiRé.

"2 000 personnes hébergées dans le Doubs"

Dans le camp, les situations administratives des occupants sont très différentes. Selon l’association La Cimade, contactée à ce sujet, les profils varient avec des personnes ayant une demande d'asile en cours, d'autres "sorties des dispositifs du droit d'asile" - c'est dire déboutées de leur demande d'asile - ou sous procédure Dublin et enfin de "jeunes hommes se déclarant mineurs". 

Au micro de France 3, Jean-Philippe Setbon, préfet du Doubs par intérim, assurait de son côté fin septembre que la ville de Besançon ne pouvait pas à elle seule "accueillir à lui des publics de manière sans limites". "Il y a quand même plus de 2000 personnes qui sont hébergées aujourd'hui dans le Doubs donc qui sont prises en charge complètement par les services de l'État et puis il y a malheureusement des gens qui n'ont pas vocation à rester en France et qui devront repartir d'une manière ou d'une autre dans leur pays d'origine", avait-il encore indiqué. 

Pourquoi ces arrivées ? 

Dans le Doubs, les arrivées de migrants ont augmenté ces dernières années. Selon des chiffres communiqués à la presse en mai dernier par la préfecture, 1 125 primo-arrivants avaient été comptabilisés dans le département en 2017, contre 173 en 2011. Néanmoins, au mois de mai 2018, cette tendance était à la baisse. 

Comment expliquer ces arrivées ? "Pour ce qui est des familles des Balkans, des communautés y sont déjà établies dans la région, donc on imagine que certaines villes - comme Besançon - évoquent quelque chose pour elles", explique Amélie. Quant aux jeunes migrants subsahariens, "ils semblent arriver le plus souvent seuls et de manière aléatoire, parfois après être passés par d'autres villes", poursuit-elle. "Nous supposons que certains font la route du sud au nord, en passant notamment à Lyon avant d'arriver par hasard à Besançon", confirme Leslie, une autre membre du collectif SolMiRé. En 2015 et en 2016, la ville de Besançon avait également  accueilli des migrants évacués de la "jungle" de Calais. "Peut-être qu'il y a eu du bouche-à-oreille depuis", souligne-t-elle encore.

Récemment, la Cimade s’inquiétait également d'un nouvel arrêté désignant la préfecture du Doubs comme responsable des personnes placées sous procédure de Dublin dans la région Bourgogne Franche-Comté. Une mesure qui, selon l'association, "devrait engendrer des déplacements contraignants et onéreux [vers Besançon, NDLR] à des personnes qui par ailleurs n’ont pas les revenus permettant ce type de déplacements". Mais pour le moment, rien ne permet de confirmer que de nouvelles arrivées sur Besançon sont liées à cet arrêté. 

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*Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressée 

 

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