Le Congolais Christ Wamba joue dans un club grec réputé. Crédit : Reuters
Le Congolais Christ Wamba joue dans un club grec réputé. Crédit : Reuters

Christ Wamba a fui le Congo Brazzaville en 2015 avant d’atterrir dans le camp de Moria, à Lesbos (île grecque), quelques mois plus tard. Là-bas, il n’a qu’un objectif : devenir joueur professionnel de basket. Un pari en passe d’être réussi puisqu’il fait aujourd’hui partie de l’Aris Salonique, un club de basket grec très réputé. Portrait.

"Je ne pensais pas rester en Grèce car je ne parle pas la langue mais finalement je me sens bien ici". Christ Wamba n’a pas encore 18 ans mais déjà un destin hors du commun. Ce jeune Congolais, qui a pris la route de l’exil trois ans plus tôt, joue aujourd’hui dans un grand club de basket grec, l’Aris Salonique, à Thessalonique.

Christ Wamba rve de jouer en NBA Crdit  ReutersLe conte de fée a débuté au début de l’année 2018 - après plusieurs semaines passées dans l’immense camp de réfugiés de Moria, sur l’île de Lesbos. "Des amis grecs m’ont dit de m’inscrire sur la plateforme Athlenda [site internet décrit comme le "Linkedin des athlètes", ndlr]", raconte-t-il à InfoMigrants. "Je l’ai fait, j’ai posté des vidéos de moi jouant au basket".

L’initiative paie. Par hasard, un ancien joueur international, Lazaros Papadopoulos, le repère et prend contact avec lui. "Il a parlé de mes performances au coach de l’Aris. Et le coach a décidé de me garder avec lui", explique simplement Christ qui dit être "ravi" de ce changement de vie.

À Moria, "c’était très dur, j’ai pensé à me suicider"

Quelques mois plus tôt pourtant, coincé dans le camp de Moria à Lesbos, Christ a pensé mettre fin à ses jours. "La vie là-bas était trop dure. Je ne jouais plus au basket, je me demandais comment j’allais sortir d’ici. J’étais comme un animal en cage", détaille le jeune homme de 2m02. "Le camp était saturé, il y avait beaucoup de monde. On n’avait pas assez de place pour dormir, parfois je dormais dehors par terre, sans couverture. Pour manger, on devait faire la queue pendant deux ou trois heures sous le cagnard, j’avais envie de pleurer", se rappelle-t-il.

Christ Wamba a pass plusieurs mois dans le camp de Moria  Lesbos Crdit  Christ WambaLe camp de Moria, considéré comme "la honte de l’Europe" par les ONG, est tristement célèbre pour les conditions de vie indignes subies par les migrants : surpopulation, violences, mauvaises conditions sanitaires…

>> À lire sur InfoMigrants : Lesbos ou la souffrance aux confins de l’Europe

Sa vie a aujourd’hui bien changé. Loin des tentes et containers surpeuplés, Christ occupe un appartement fourni par le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Il gagne de l’argent grâce à son salaire de sportif et suit quotidiennement les entraînements de l’Aris Salonique.

 Moria pour manger on devait faire la queue pendant deux ou trois heures sous le cagnard Crdit  Christ WambaMême sa vie privée a connu un nouveau tournant. Depuis plusieurs mois, il est en couple avec une jeune étudiante grecque, rencontrée par le biais du club.

À Lesbos, "50 km aller-retour" pour jouer au basket

Christ explique avoir tenu le coup grâce au basket. À Moria, chaque soir, pendant des mois, il fait le tour du camp en courant pour garder la forme physique. Quand le camp décide de ne plus enfermer ses occupants mais de les autoriser à sortir, Christ n’a qu’une idée en tête : trouver un terrain de basket. "Je faisais 50 km aller-retour tous les jours en courant pour me rendre à Mytilène [principale ville de Lesbos, ndlr] où il y avait un terrain. Très vite, j’ai joué avec des gens du coin dont certains avaient des proches qui travaillaient pour le HCR à Moria", explique le jeune Congolais.

À Lesbos, Christ Wamba faisait chaque jour 50km en courant pour rejoindre le terrain de basket le plus proche. Crédit : Christ WambaSa bonne étoile se manifeste une première fois grâce au HCR qui repère le petit - ou grand - prodige. Consciente de son talent, l’organisation onusienne le prend sous son aile, lui trouve un appartement à Mytilène, puis l’aide pour son transfert sur le continent, à Thessalonique.

>> À lire sur InfoMigrants : MSF : des enfants tentent de se suicider dans le camp de Moria en Grèce

"Au Congo, je préférais m’acheter un ballon plutôt que de la nourriture"

Quelques années auparavant, en 2015, Christ, âgé de seulement 15 ans, a fui son pays, persuadé qu’il devait tenter sa chance en Europe. "Au Congo-Brazza, j’étais toujours avec mon ballon de basket. Je jouais tous les jours, toutes les heures. Je partais à l’école avec. Dans ma famille, on n’avait pas beaucoup d’argent mais moi je préférais m’acheter un ballon plutôt que de la nourriture", se souvient le jeune homme. "J’étais dans l’équipe de basket de mon lycée et mon entraîneur me disait continuellement que j’avais les capacités pour aller loin. Mais au Congo, le basket n’est pas très connu", poursuit-il.

Pour tenter de réaliser son rêve de basketteur, Christ s’envole avec un visa en poche pour la Turquie, avec son ballon de basket dégonflé qu’il range précieusement dans son sac-à-dos. Au départ d’Izmir (ville côtière turque), il monte à bord d’une embarcation de fortune avec 64 autres passagers. "Nous nous sommes perdus en mer et le bateau n’avait plus assez d’essence. L’eau a commencé à envahir le bateau alors les passeurs qui étaient à bord nous ont forcés à jeter nos affaires", raconte-t-il. "J’ai dû me séparer, malgré moi, de mon ballon". Après 4 heures d’angoisse, les garde-côtes grecs viendront finalement leur porter secours.

Christ Wamba a t secouru par les garde-ctes grecs alors quil tentait de rejoindre la Grce en bateau depuis la Turquie Crdit  ReutersAujourd’hui, si Christ a radicalement changé de vie, il lui reste encore un défi de taille : se faire régulariser. Sa demande d’asile en Grèce a été rejetée. Le jeune homme a fait un recours et attend la réponse. "Le basketteur Lazaros Papadopoulos, qui est devenu mon mentor, a proposé de m’adopter. Comme ça, je n’aurai plus de souci de papiers et je pourrais jouer les matchs officiels avec l’équipe".

Un dernier rêve qu’il caresse du doigt avant de, peut-être, faire décoller sa carrière. Et un jour, rejoindre la NBA ? "Lazaros est persuadé que j’y arriverai", conclut Christ. "J’adorerais rencontrer Kobe Bryant et Kevin Durant [basketteurs professionnels, NDLR]. On verra bien ! Ce qui est sûr, c’est que j’en ai la volonté et que je donnerai tout pour accomplir mes rêves."

"J’adorerai rencontrer mes idoles Kobe Bryant et Kevin Durant". Crédit : Reuters

 

Et aussi