Des migrants secourus dans la Manche. Crédit : gendarmerie maritime
Des migrants secourus dans la Manche. Crédit : gendarmerie maritime

Selon la préfecture maritime, les tentatives de traversées de la Manche se sont grandement accélérées ces dernières semaines. Difficile pour les autorités et les associations de trouver des explications à ce phénomène.

Ils sont une cinquantaine à avoir tenté la route de la Manche ces derniers jours pour rallier l’Angleterre. Dix-sept migrants ont été secourus par les autorités maritimes françaises le 12 novembre, neuf autres le lendemain. Dix-huit personnes ont ensuite été repêchés le 22 novembre et 8 autres, le 25 novembre.

Les départs depuis le nord de la France se sont donc intensifiés récemment. "Il y a eu une explosion des tentatives de passages fin octobre, début novembre surtout. Sur la quarantaine de traversées recensée depuis le début de l’année, 28 ont eu lieu ces dernières semaines", précise Claire Traverse, la porte-parole adjointe du préfet maritime, contactée par InfoMigrants. En 2017, en comparaison, la préfecture a recensé 13 traversées.

Du côté de l’Angleterre, le ministère britannique des Affaires étrangères a, lui, affirmé que 14 migrants avaient été secourus jeudi 22 novembre sur des canots pneumatiques au large des côtes sud-est du pays, portant à 78 le nombre de personnes secourues par les autorités anglaises en deux semaines. Un élu britannique, Charlie Elphicke, parle de chiffres "sans précédent".

A quoi doit-on cette soudaine augmentation des traversées ? Difficile de savoir. Les associations d’aide aux migrants confessent ne pas avoir beaucoup d’explications. Certaines évoquent de "nouvelles filières de passeurs". "Nous pensons qu’un nouveau réseau s’est créé mais nous ne savons pas vraiment, en fait", avance un membre de l’association d'aide aux migrants Utopia 56.

>> À relire : "Les passeurs réussissent à faire croire que la traversée de la Manche est facile, c’est faux"

Nouvelles filières mafieuses ou peur du Brexit ?

De son côté, Christian Salomé, le président de l’Auberge des migrants n’exclut pas la possibilité de traversées spontanées - sans l’aide de réseaux mafieux. "Peut-être que certains veulent imiter ceux qui ont réussi à atteindre l’Angleterre avant eux. Ils achètent alors un zodiac, le mettent à l’eau la nuit, et tentent leur chance".

Pour la préfecture maritime, les explications sont à chercher du côté politique. "Nous avons différentes hypothèses de travail", continue Claire Traverse, la porte-parole adjointe du préfet. "Nous nous disons que le Brexit joue peut-être un rôle. Avec l’accélération des discussions ces dernières semaines, la sortie du Royaume-Uni de l’UE devient de plus en plus imminente. Les migrants se disent peut-être que les frontières anglaises vont progressivement fermer et qu’il faut tenter le passage tout de suite".

Pourtant, les migrants qui réussissent par miracle atteindre les côtes anglaises ne sont pas plus protégées à l’heure actuelle (avant-Brexit). Le Royaume-Uni applique les accords de Dublin : tant que le Brexit n’est pas effectif, le pays est donc autorisé à renvoyer les migrants "dublinés" hors de son territoire.

Conditions météorologiques clémentes

La préfecture maritime évoque aussi la piste météorologique à ces traversées. "Au début du mois de novembre, les conditions météo étaient plutôt clémentes. Ces données ont pu conduire des migrants à tenter la traversée", ajoute Claire Traverse.

Là encore, les conditions météorologiques sont souvent à évaluer avec prudence. Les migrants doivent être conscients du caractère "extrêmement dangereux" de telles traversées. "En mer, les conditions peuvent rapidement se dégrader. Vous pouvez partir par temps calme et vous retrouver au cœur de la Manche avec des vagues de 2 mètres de creux" prévient Bernard Barron, le président de la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) à Calais.

Sans compter que le trafic maritime est très dense dans la zone. "On pourrait penser que franchir les 29 km qui séparent la France de l’Angleterre est facile mais c’est un parcours semé de pièges", avait déjà expliqué Bernard Barron. "Il faut faire face à la densité du trafic, Il y a 600 cargos qui traversent la Manche chaque jour, la plupart sont des mastodontes, des porte-containers, c’est de la folie de s'y aventurer dans de petits canots, pendant la nuit".

Selon la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord, 268 migrants ont été interceptés par les autorités en tentant de rejoindre le sol britannique depuis le début de l’année. La majorité des rescapés sont des kurdes, vraisemblablement d'Iran. Les patrouilles ont été renforcées, a également déclaré la préfecture maritime.

 

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