Vue du CRA du Mesnil-Amelot. Crédit : la Cimade
Vue du CRA du Mesnil-Amelot. Crédit : la Cimade

Une quarantaine de personnes du centre de rétention de Vincennes, et 70 personnes du centre de rétention du Mesnil-Amelot, tous deux en région parisienne, observent une grève de la faim. Les migrants grévistes dénoncent notamment leurs conditions de rétention, les violences policières et le manque d’accès aux soins.

"Même les animaux sont mieux traités que nous". Depuis le 3 janvier, une quarantaine de personnes retenues dans le centre de rétention (CRA) de Vincennes, en région parisienne, observent une grève de la faim. Ils ont été suivis mardi 8 janvier par environ 70 migrants enfermés dans le CRA du Mesnil-Amelot, à proximité de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle, au nord de Paris.

Les revendications de ces grévistes sont nombreuses. Ils dénoncent notamment leurs conditions de vie dans les CRA. "Nous sommes considérés comme des prisonniers alors qu’on a juste des problèmes de papier", se plaint à InfoMigrants Rachid*, un Algérien présent au Mesnil-Amelot depuis 11 jours, joint par InfoMigrants. "Même en prison, ils sont mieux traités que nous. C’est le paradis à côté d’ici", assure ce jeune homme de 22 ans qui a passé quelques mois derrière les barreaux avant d’être envoyé en CRA.

La Cimade, une association qui vient en aide aux migrants enfermés dans huit CRA de France, dont celui du Mesnil-Amelot, a dit comprendre les raisons de cette grève de la faim. "Les conditions de vie y sont insupportables", a déclaré un membre de la Cimade, qui préfère garder l’anonymat.

"Le CRA, s’il ne dépend pas légalement de l’administration pénitentiaire, n’en ressemble pas moins à une prison : policiers présents partout, cellules d’isolement, barbelés, grilles, haut-parleurs, miradors (…). Tout est inspiré de l’univers carcéral", écrivait l’année dernière l’association dans son rapport 2017 sur les centres et locaux de rétention administratifs.

Les centres de rétention administratifs sont des lieux de privations de liberté où s’entassent les migrants sans papiers en attente de leur expulsion. Il existe à ce jour, 25 centres de rétention administratifs sur le territoire français. Selon la Cimade, 47 000 personnes sont passées en CRA en 2017.

"On vit dans la crasse"

Les grévistes de la faim disent ne plus supporter la saleté des locaux, notamment les douches, toilettes et chambres. "On peut se laver mais les douches sont bouchées, c’est dégoûtant", explique encore Rachid. "Les espaces ne sont pas régulièrement nettoyés, on vit dans la crasse". Une vidéo diffusée par le site StreetPress en mars 2018 montrait en effet des sanitaires complètement bouchées au CRA du Mesnil-Amelot.

La nourriture est également source de plaintes. Plusieurs personnes retenues, de confession musulmane, se plaignent de l’absence de nourriture halal. D’autres, parlent quant à eux de nourriture "immonde".

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Mais les revendications ne s’arrêtent pas là. Ces derniers accusent les forces de l’ordre de violence lors des transferts vers leur pays d’origine. "On est frappé, secoué même quand on ne se débat pas. De toute façon, comment voulez-vous qu’on résiste alors qu’il y a une dizaine de policiers autour de nous ?", signale Rachid.

Un constat déjà observé par la Cimade. "Lors des expulsions, des violences, des coups, sont régulièrement rapportés par les [personnes] retenu[e]s au moment de l’embarquement à bord d’un avion et les techniques autorisées officiellement sont très dures : personnes attachées, casquées, maintenues en place de force par les policiers", pouvait-on lire dans le rapport de 2017.

"L’accès aux soins est très limité dans les CRA"

Le manque d’accès aux soins pose également problème. "Il n’y a pas de médecin présent sur place 24h/24h. L’accès aux soins est très limité dans les CRA", précise à InfoMigrants un membre de La Cimade.

Mohammed*, un Égyptien qui vivait en France depuis 10 et aujourd’hui enfermé au CRA du Mesnil-Amelot, raconte à InfoMigrants que le personnel lui a refusé l’accès à un médecin. "Je souffrais d’un mal de dents très intense. Mais les policiers m’ont dit que je n’avais pas le droit de voir un médecin. Ils m’ont emmené à l’infirmerie mais je n’ai eu qu’un Doliprane", explique-t-il.

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Les personnes retenues s’élèvent aussi contre une nouvelle disposition prise dans la loi Asile et immigration l’an dernier, à savoir le passage de 45 à 90 jours de la durée maximale de rétention administrative.

Enfin, les grévistes dénoncent ce qu’ils appellent "les vols cachés" : les migrants sont prévenus au dernier moment de l’avion dans lequel ils monteront. "Ainsi, ils n’ont pas la possibilité de rassembler leurs soutiens à l'extérieur et cela évite qu’ils se cachent en amont de l’expulsion", précise La Cimade.

Contactée par InfoMigrants, la préfecture de police de Paris, en charge de la gestion des centres de rétention, n’a pour l’heure pas répondu à nos sollicitations.

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés

 

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