Des migrants arrivent à la gare de Copenhague, le 12 novembre 2015. Photo AFP
Des migrants arrivent à la gare de Copenhague, le 12 novembre 2015. Photo AFP

Presqu’un an après l’adoption d'une loi controversée au Danemark, permettant de confisquer aux demandeurs d'asile argent et biens de valeur pour financer leur séjour, le butin récupéré par les autorités est dérisoire : environ 15 000 euros.

La mesure avait fait couler beaucoup d’encre. En janvier 2016, le Parlement danois avait adopté une loi controversée selon laquelle les objets de valeurs des migrants arrivant au Danemark pouvaient être confisqués. La raison : qu’ils financent eux-mêmes leur accueil dans le pays. L’État n’a pas à payer "pour ceux qui peuvent le faire par eux-mêmes", avait notamment fait valoir la ministre de l’intégration danoise, Inger Stojberg, farouchement anti-immigration.

Presqu’un an après le vote de la loi, force est de constater que le bilan est assez risible : les autorités ont récupéré 15 805 euros (117 600 couronnes), a fait savoir la police, jeudi 3 novembre.


Alliances, portables et montres ne sont pas concernés par la loi

La mesure qui, à l’époque de son vote, avait fait bondir les associations de défense de droits de l’Homme et le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU, autorise concrètement la police à fouiller les bagages des migrants afin de saisir l’argent liquide et les objets de valeurs d’une valeur supérieure à 10 000 couronnes (1 340 euros). Sont exemptés les objets à forte valeur sentimentale, comme les alliances, ou les objets reconnus nécessaires, comme les portables ou les montres.

La loi a également permis de diminuer les droits sociaux des réfugiés et d'allonger les délais de regroupement familial et d'octroi du permis de séjour permanent.

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Ali Abdel Razaq, un réfugié irakien, est l'un des rares migrants à avoir dû se délester d'une partie de ses économies. "Quand ils ont demandé si j'avais 10 000 couronnes, j'ai répondu que oui", a-t-il raconté à la radio privée Radio24syv, ajoutant qu'il ignorait que toute somme ou objet de valeur au-dessus de ce seuil devait être remis aux autorités. Peu après, des policiers sont allés frapper à sa porte au centre de réfugiés de la petite ville de Bolderslev (sud) et l'ont contraint à remettre 8 000 couronnes.

Invalide, Ali Abdel Razaq "destinait cet argent à une opération ou un équipement médical. [...] J'ai été atteint par trois explosions de bombes en Irak quand j'étais policier", a-t-il ajouté à la radio.

Réforme dissuasive

La loi a été appliquée la première fois le 30 juin 2016. Cinq Iraniens ont dû remettre 79 600 couronnes (environ 11 000 euros). Le 14 juillet, une famille iranienne a dû sacrifier 10 300 couronnes (environ 1 500 euros) et enfin un Algérien s'est vu prélever près de 20 000 couronnes en août (environ 2 600 euros).

Cette disposition controversée, comparée par le Washington Post à la spoliation des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, fait surtout partie d'une réforme destinée à réduire le flux migratoire au Danemark.

Le pays, qui compte 5,6 millions d'habitants, a reçu 21 000 demandes d'asile en 2015, devenant - proportionnellement à sa population - l'un des pays européens accueillant le plus de réfugiés. Selon le gouvernement, les demandes d'asile ont fortement chuté depuis le rétablissement en janvier des contrôles d'identité à sa frontière avec l'Allemagne.


 

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