Crédit : Reuters
Crédit : Reuters

Depuis la fermeture de la route migratoire dans les Balkans, la Libye est devenue la porte d’entrée vers l’Europe pour des milliers de migrants. La chancelière allemande, en déplacement à Tunis et au Caire, souhaite que les pays du Maghreb aident l’UE à endiguer les milliers de migrants qui arrivent chaque mois en Libye.

Comment endiguer le flux migratoire en provenance des côtes nord-africaines et surtout libyennes ? C’est pour répondre à cette question que la chancelière allemande Angela Merkel, se rend jeudi en Égypte tout d’abord, puis en Tunisie, vendredi 3 mars. Car c’est bien entre ces deux pays que des centaines de milliers de migrants affluent chaque année pour tenter de passer en Europe. Il y a aurait actuellement plus de 250 000 migrants en Libye, selon l’Unicef.

La chancelière allemande insiste depuis des mois sur le rôle crucial que doivent jouer à ses yeux les pays du Maghreb afin d'endiguer le flux de demandeurs d'asile qui s’accumulent sur les côtes africaines. A la mi-février, Merkel avait déjà essayé de faire part au président algérien de sa vision des choses. Mais sa visite officielle avait été reportée en raison de l’état de santé du président Bouteflika.

"Faire cesser les activités des passeurs"

"Sans stabilisation politique de la Libye, nous ne pourrons pas faire cesser les activités des passeurs et trafiquants [d'êtres humains]", avait indiqué Angela Merkel, samedi. "L’Égypte, en tant qu'institution régionale et puissance régionale, joue ici un grand rôle, tout comme l'Algérie et la Tunisie", avait-elle ajouté.

>> À lire sur InfoMigrants : "Le calvaire des enfants migrants en Libye"

Avec la fermeture de la route des Balkans, depuis l’accord UE-Ankara, la Libye est devenue une importante porte d’entrée vers l’Europe. Selon les chiffres du gouvernement italien, quelque 13 400 arrivées ont été recensées en janvier et février, soit une hausse de 50 à 70% par rapport aux deux premiers mois de 2015 et 2016. L’année dernière, Rome avait dû faire face à l’arrivée de plus de 180 000 migrants, au total.

La chancelière allemande - sous pression chez elle pour avoir ouvert son pays à plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015 - n’a jamais caché son souhait de trouver un accord entre l’UE et les pays du Maghreb calqué sur celui UE-Ankara. Mais ce projet relève de la gageure.

La question des droits de l’homme

Tout d’abord, sceller un accord avec Tripoli est inenvisageable. Depuis la chute de Kadhafi en 2011, la Libye est devenue un pays bien trop instable où plusieurs autorités s’y disputent le pouvoir. Hors de question aussi d’envisager un renvoi de migrants vers la Tunisie. Cette idée, évoquée par Merkel, a été rejetée sans équivoque par le Premier ministre Youssef Chahed à la veille de sa visite à Berlin le 14 février.

L’Égypte, de son coté, ne paraît pas non plus être un partenaire idéal pour l’UE. Est-il possible de sceller un accord dans un pays où la question des droits de l’homme est régulièrement posée, où des milliers d'opposants au régime de Fattah al-Sissi sont emprisonnés ou tués. "Vous savez que le gouvernement [allemand] dans ses relations avec les gouvernements étrangers accorde beaucoup d'importance au respect des droits humains et au respect de l’État de droit", a souligné vendredi Ulrike Demmer, une porte-parole de la chancelière.

La chancelière devra donc multiplier des trésors de diplomatie pour entamer un dialogue constructif avec la Tunisie et l’Égypte, mais le temps presse. La Turquie a menacé de ne plus appliquer l’accord limitant l'afflux de migrants en Europe. Ankara reproche à l’UE de ne pas tenir ses engagements : en contrepartie de l’aide de la Turquie, l’accord UE-Ankara prévoit en effet l’exemption de visas pour les ressortissants turcs en voyage en Europe. Un point qui reste aujourd’hui toujours en suspens.


 

Et aussi