Participants au programme Integrify. Photo : Daniel Rahman
Participants au programme Integrify. Photo : Daniel Rahman

La plupart des demandeurs d'asile en Finlande patientent souvent des mois – voire des années – dans des centres d'accueil avant que leur dossier ne soit traité. Et ils n'ont souvent rien à faire en attendant. Du temps perdu selon deux entrepreneurs finlandais, qui ont créé Integrify, un programme de formation au codage – l'une des compétences les plus recherchées dans le pays – destiné aux demandeurs d'asile et aux réfugiés.

Après un premier programme pilote avec cinq participants qui s'est achevé l'été dernier, Intregrify est aujourd'hui en train de négocier pour ouvrir un grand centre où 100 à 200 personnes pourront être formées. Les fondateurs du programme, Daniel Rahman et Niklas Lahti, ont rencontré deux ministres dans ce but et se disent confiants.

La Finlande est connue pour offrir des services sociaux et de santé de qualité. En 2015, plus de 32 000 personnes y ont demandé l'asile. Mais les nouveaux arrivants ont souvent du mal à s’intégrer: barrière de la langue, climat difficile, procédures longues…

Participants au programme Integrify. Photo: Daniel Rahman

"Nous accueillons des gens intelligents et motivés mais le système est incapable d'exploiter leurs capacités et ressources"



Daniel Rahman

"Daniel Rahman a voulu aider le gouvernement et la société finlandaise à faire face à l’arrivée de migrants et à en faire une opportunité. Rahman, qui se décrit comme "créateur de Start up en série", a développé l’idée d’Integrify avec Niklas Lahti, PDG de la société de développement de logiciel Nord Software. Il revient sur son programme pilote".

"La crise des réfugiés a vraiment touché la Finlande à l'automne 2015. La situation était désespérée, les températures étaient descendues à - 30 °C et les centres d'accueil étaient surchargés. Des gens vivaient dans des tentes. Le gouvernement a annoncé qu'il cherchait des entreprises privées prêtes à intervenir et à fournir des services. En décembre de la même année, j'ai fondé une entreprise et j'ai obtenu un contrat gouvernemental pour ouvrir un centre pour demandeurs d’asile, où je loge maintenant 60 personnes".

"Dès le début, je voulais aider les demandeurs d’asile et réfugiés à s'intégrer dans la société finlandaise. La façon dont les centres d'asile sont gérés ne fonctionne pas, surtout lorsqu’il s’agit d’intégration".

"Les gens sont placés dans des centres d'asile dans de petits villages, et ils se retrouvent coincés là pendant des mois, parfois même des années, sans rien avoir à faire d’intéressant. Certaines personnes finissent pas se démotiver. Même une fois qu’ils obtiennent tous les papiers, ils peuvent mettre des années à trouver un emploi. Et lorsqu'ils en obtiennent un, de nombreux réfugiés et demandeurs d'asile hautement qualifiés occupent des emplois peu qualifiés. Personnellement, je pense que c'est du gâchis. Nous accueillons des gens intelligents et motivés, qui rêvent de construire une nouvelle vie, mais nous sommes incapables d’exploiter leurs capacités et leurs ressources".

"Nous les aidons à s'intégrer"



"Aussi, nous avons décidé de changer la situation en enseignant aux demandeurs d'asile une compétence qui est très demandée. Actuellement, il y a entre 4 000 et 5 000 offres d'emploi en Finlande, dans le domaine du codage. Integrify, est principalement financé par des entreprises technologiques et des start-ups, qui voient nos participants comme des recrues potentielles. Mais ce projet relève aussi d’une forme d’engagement et de responsabilité sociale. Nous les aidons à s'intégrer".

"L’autre avantage de notre programme est qu'il contourne le problème de la maîtrise du finnois, une langue difficile à apprendre. La langue utilisée pour les échanges dans le monde de la technologie est l'anglais. Les seules exigences réelles pour participer à notre programme est d'avoir une bonne maîtrise de l'anglais et d'être motivé pour faire le travail".

"Bilan de notre programme pilote : quatre des cinq participants ont été diplômés et ont ensuite trouvé un travail".

"À l'avenir, nous aimerions former des milliers de demandeurs d’asiles et réfugiés et étendre notre programme à l'Europe continentale".

© InfoMigrants

Eyas Taha
Eyas, 22 ans, venu de Bagdad, a participé au programme pilote.
"Je suis venu en Finlande parce que j'ai entendu dire que le système éducatif est très bon. Je voulais aller à l'université. Mais quand je suis arrivé, je suis resté dans un centre pendant cinq mois le temps que ma demande d’asile soit traitée. Je restais assis toute la journée à regarder les murs de ma chambre. Cela ne m’aidait pas beaucoup à m’intégrer".

"C'est alors qu'Integrify est venu présenter son programme dans notre centre. Nous sommes 25 à avoir candidater. Je pense que ma maîtrise de l'anglais m'a aidé. Quand j'ai été accepté dans ce programme, j’ai eu le sentiment que l’avenir serait plus radieux".

"Nous avons déménagé dans la capitale et les créateurs de ce programme nous ont installés dans un bel appartement dans le centre d'Helsinki [Le programme fournit le logement et la formation gratuitement. Les demandeurs d'asile reçoivent une allocation de 316 euros par mois du gouvernement finlandais, ndlr]. Dans le centre d'accueil, on ne rencontrait pas de Finlandais. Maintenant, nous sommes dans une grande ville, et on peut rencontrer des gens dans la rue. Nous travaillons dans un bâtiment avec d'autres entreprises, et nous pouvons leur parler et voir comment ils travaillent. Nous avons pu visiter Helsinki et participer à des événements culturels finlandais".

"Mais la meilleure chose est que j'ai déjà eu deux entretiens d'embauche il y a deux jours, et j'ai obtenu un emploi ! Depuis le début, j’ai su que ce programme allait me faire gagner beaucoup de temps !".

Après les cours, les participants visitent Helsinki et profitent d’être au cœur de la capitale pour y rencontrer des Finlandais.

Initialement publié sur Les Observateurs de France 24
 

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