Des étudiants exilés prennent des cours de FLE à l'École normale supérieure, à Paris. Photo : France 24
Des étudiants exilés prennent des cours de FLE à l'École normale supérieure, à Paris. Photo : France 24

La reprise d’un cursus universitaire n’est pas chose aisée pour les migrants, qui doivent en premier lieu apprendre à maîtriser le français. Des initiatives, émanant d’associations comme d’universités, les aident à retrouver les bancs de la fac.

Dans un petit local de la cour de l’École normale supérieure (ENS), rue d’Ulm, à Paris, ils sont sept autour de la table, ce mardi 7 mars, à plancher sur les nuances du subjonctif. Tous les jours, ce groupe de personnes réfugiées ou en attente de ce statut, se retrouvent autour d’un professeur de FLE (Français langues étrangère) de l’association Migrens, une structure fondée par des étudiants de l’ENS pour soutenir dans leurs démarches les migrants qui souhaitent rejoindre le système universitaire français.

"L’objectif est de les faire progresser en français – certains arrivent en maîtrisant à peine les rudiments de la langue- afin de leur permettre de passer le Delf (diplôme d’étude de langue française) puis, pour une grande partie, de rejoindre un cursus diplômant au sein de l’Université ", explique le prof du jour, Mathieu Roger-Lacan, 22 ans. Cet étudiant en Lettres modernes de l’ENS, est bénévole au sein de l’association Migrens depuis septembre 2015.

Ce soir, de 18 heures à 20 heures, Syriens, Soudanais, Afghans se plient à des exercices de conjugaison dans une atmosphère studieuse. Ils ont pour la plupart entre 23 et 30 ans et comptent bien acquérir un niveau suffisant pour poursuivre leurs projets en France. Ahmed *, 23 ans, est arrivé de Syrie "le 14 avril 2016 ". "Là-bas, j’étudiais l’ingénierie des énergies renouvelables, j’étais en 3e année à l’Université de Damas, et je souhaiterais poursuivre cette formation au sein de l’Université française ", raconte-t-il.

"Maitriser la langue, la base pour essayer d’avancer"

Pour l’instant, le jeune homme est demandeur d’asile et attend depuis septembre 2016 que son dossier soit traité par l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides). Comme les 40 étudiants du programme de l’ENS, il est également épaulé par un binôme, un élève de l’école qui l’aide dans ses démarches administratives et avec lequel il cherche à identifier la filière universitaire dans laquelle il postulera si, comme il l’espère, il obtient le statut de réfugié. En attendant de voir sa demande aboutir, il a repéré des cours de remise à niveau dans une école d’ingénieur parisienne, l’ESIEE. "Plus tard, je rêve de fonder ma propre entreprise dans ce domaine", confie-t-il.

Adam, 26 ans, vient lui du Soudan. Son visage s’éclaire lorsqu’il raconte avoir obtenu, il y trois mois, le statut de réfugié, assorti d’un titre de séjour valable 10 ans. Ancien étudiant en psychologie à l’université de Khartoum, il ne parlait pas un mot de français lorsqu’il est arrivé à Paris en novembre 2015. "Maîtriser la langue, c’est la base pour entamer des démarches administratives et essayer d’avancer", estime celui qui étudie assidûment le français à l’ENS depuis lors. "Ici, on est mélangé avec d’autres étudiants, on peut pratiquer entre nous, ça nous aide beaucoup. Dans le Cada (centre d’accueil de demandeurs d’asile) où je suis logé, dans l’Essonne, très peu de demandeurs d’asile comprennent le français", regrette le jeune homme, qui souhaite devenir infirmier. La semaine prochaine, il doit entamer une formation dans le secteur de la santé via Pôle emploi, et compte tout faire pour intégrer une école d’infirmier "à Paris ou ailleurs" dès que possible.

"Avec Migrens, on veut aider les gens à reprendre leurs études dans leur filière. Il faut bien comprendre qu’ils mettent parfois plusieurs années à gagner la France depuis leur pays de départ. C’est un temps long, pendant lequel ceux qui ont suivi une formation universitaire par le passé n’étudient plus. Si l’on ajoute à cela le problème de la langue, la reprise peut être très compliquée, il y a parfois un choc de niveau", explique David Stoleru, l’un des fondateurs de MigrENS, également engagé au sein du Resome.

Le Resome, lien entre les universités et les migrants

Le "Réseau études supérieures et orientation des migrant-e-s et exilé-e-s " est un agrégat d'associations, de collectifs et de personnes volontaires qui œuvre "pour la reprise d'études, l'apprentissage du Français et l'orientation des exilé.e.s dans le système d'enseignement supérieur français".

La permanence du Resome, qui se tient le samedi matin à la Maison des initiatives étudiantes, dans le 3e arrondissement de Paris*, ne désemplit pas et accueille les étudiants exilés quel que soit leur statut. Des nombreuses demandes sont en attente. "La demande est énorme, car il y a un manque d’interaction entre les universités et les migrants. Même les gens issus de la francophonie ne savent pas comment s’y prendre et se tournent parfois vers nous. Des jeunes viennent depuis Cherbourg, depuis Marseille ! Il ne savent pas où trouver l’information"

"Notre rôle est aussi de faire lien entre les étudiants exilés et les Universités. Nous tenons un registre dans lequel nous consignons les demandes des uns et des autres et nous faisons notre maximum pour aiguiller les jeunes vers les formations adaptées", détaille David Stoleru.

Car des dispositifs existent : Paris 8 a ainsi lancé un diplôme universitaire de FLE, l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) a mis en place une série de mesures pour faciliter l'accueil des réfugiés, Paris 1 propose également un programme spécifique, tout comme AgroParisTech ou l’Université de Grenoble…

"Plus d’une dizaine d’initiatives ont vu le jour, il faut faire en sorte qu’elles essaiment et qu’un maximum d’établissements soutiennent et accompagnent ces reprises d’études", insiste David Stoleru.

Texte par Françoise Marmouyet

*Le prénom a été changé à sa demande

*50 Rue des Tournelles, 75003 Paris

 

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