passeurs-obs
passeurs-obs

Voyage tout confort et arrivée en moins de 48 heures en Allemagne : pour attirer les candidats à l’immigration clandestine depuis la Syrie, les passeurs postent leurs annonces sur les réseaux sociaux et font des promesses dignes des agences de voyages. Pour démêler le vrai du faux, nous avons contacté un passeur par téléphone et avons fait écouter l’enregistrement à un migrant.

En raison de sa proximité avec la Syrie, la ville d’Izmir, dans l’ouest de la Turquie, est devenue une plaque tournante de l’immigration vers l’Europe. Chaque jour, des dizaines de Syriens tentent de rejoindre depuis cette ville les îles grecques de Lesbos et Chios notamment, situées à à peine une centaine de kilomètres.

Une journaliste des Observateurs de France 24 a pris contact avec un de ces passeurs basé à Izmir, et qui fait ouvertement la promotion de ses services sur Facebook. Elle a dit qu’elle vivait en France et a fait comme si elle voulait faire venir sa cousine syrienne en Europe.



 Pour lire les sous-titres, cliquez sur le rectangle en bas à droite de l'écran.



En substance, le passeur explique :

"Vous n’aurez pas à me payer directement. Vous déposez l’argent dans un bureau de transfert d’argent à Izmir. Quand vous arriverez dans votre pays de destination, vous me communiquerez un code pour que je puisse le retirer.

Vous n'embarquez que si la mer est calme. La traversée depuis Izmir jusqu’à l’île grecque de Chios ne dure que deux heures. Sur le canot, il n’y aura 40 passagers, grand maximum.

Un ami vous attendra à Chios. Il vous trouvera où loger, puis vous conduira jusqu’à Athènes d’où vous pourrez prendre l’avion pour n’importe quel pays de l’Union européenne."

 

Abou Anouar est un refugié syrien installé en Allemagne. Il a effectué cette même traversée de Izmir à Lesbos il y a un an. Nous lui avons fait écouter l’enregistrement.



"Les passeurs choisissent un passager au hasard et lui apprennent à peine à conduire un canot pneumatique"






"Tous les passeurs vous rassurent au début. Mais en réalité, les choses se passent autrement.

En ce qui concerne le paiement, c’est plus complexe que ce qu’il dit : le passeur vous dit qu’il ne pourra retirer l’argent dans un bureau de transfert que si vous lui donnez un code. En réalité, si le candidat à l’immigration change d’avis après avoir envoyé l’argent ou s’il ne s’entend plus avec le passeur, il ne pourra plus récupérer l’argent déposé dans ce bureau. Car très souvent, les passeurs sont de mèche avec les bureaux de paiement. En outre, si le migrant ne donne pas signe au passeur au bout de dix jours, il pourra de toute façon retirer l’argent auprès du bureau.

J’ai personnellement eu une mésaventure avec un passeur, qui m’a escroqué 2 000 euros que j’avais déposés dans un bureau de transfert. J’avais senti que le passeur mentait et j’avais voulu récupérer mon argent, mais je n’en ai retrouvé que la moitié.

Les passagers livrés à eux-mêmes

Contrairement à ce qu’il prétend, les passeurs ne prennent pas part à la traversée, et il n’y pas de conducteur professionnel sur l’embarcation. Les passeurs choisissent un passager au hasard et lui apprennent à peine pendant une heure comment conduire un canot pneumatique. Et puis, ils le lâchent comme ça. Il arrive souvent que les migrants perdent la direction et se mettent à tourner en rond pendant des heures. Parfois, quand les vagues sont hautes, l’embarcation se retourne. Parfois, des disputes éclatent entre les passagers à cause de la pression psychologique qu’ils subissent.

Les passeurs affirment que l’embarcation ne sortira que si la mer est calme. En réalité, ils s’en fichent. S’il n’y a pas de patrouilles de police, ils donnent le feu vert pour le départ même en cas de houle.

Au niveau des points où les migrants doivent embarquer, les passeurs sont toujours armés. Si quelqu’un change d’avis ou proteste sur les conditions du voyage, ils le forcent à monter dans le canot.

Les passeurs disent souvent que le nombre de passagers est de 40 maximum. En réalité, ils n’incluent pas les enfants dans leurs décomptes. Quand j’ai fait cette traversée il y a un an, nous étions 46 adultes et 12 enfants. Sans compter les bagages.

Quand je suis arrivé en Grèce il y a un an, il n’y avait personne pour m’accueillir, contrairement aux promesses que j’avais reçues. J’ai dormi dans des jardins publics, des camps, dans plusieurs villes de Grèce. Et j’ai attendu un mois et demi avant de pouvoir prendre l’avion pour l’Allemagne avec un faux passeport."







Depuis la signature entre l'Union européenne et la Turquie d'un accord controversé destiné à réguler les flux migratoires vers l'Europe en mars 2016, les arrivées de migrants en Grèce ont fortement chuté. Les passagers interceptés sont en effet automatiquement renvoyés vers la Turquie. Malgré la diminution du flux migratoire, plus de 5 000 personnes sont mortes en tentant de traverser la Méditerranée en 2016. C'est, selon l'ONU, le bilan le plus lourd jamais enregistré.


 

Et aussi