Crédit : InfoMigrants
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Suliman Abdelgadeir, réfugié soudanais de 30 ans, a créé avec six autres réfugiés une plateforme d’aide aux migrants baptisée "Refuhelp", primée au  "Startup Weekend for refugees" début mars. Une manière pour ce jeune développeur d’aider les nouveaux arrivants à faire face aux difficultés qu’il a lui-même connues quand il a débarqué à Paris.

Suliman Abdelgadeir n’aime pas parler de son passé au Soudan, ni des raisons qui l’ont poussé à quitter son pays pour rejoindre la France début 2016. Le jeune développeur de 30 ans préfère détailler le projet  pour lequel il a été distingué, avec six autres compagnons, tous réfugiés, par le Startup Weekend for refugees qui s’est tenu début mars à Paris.

Au cours de ce hackaton de trois jours, dont l’objectif était d’apporter des solutions d’aides technologiques aux réfugiés et déplacés, lui et son équipe ont planché pour créer "Refuhelp", une plateforme interactive d’accompagnement pour les réfugiés arrivant en France, qui a séduit jury.

"Quand on arrive à Paris, on est perdu, les difficultés s’accumulent, et on ne sait pas vers quelles personnes et structures se tourner", explique le jeune homme, rencontré mi-mars, en sirotant un café à une terrasse place de la Nation, à Paris. C’est notamment dans son expérience personnelle – qui inclut un mois passé à dormir sur le bitume de La Chapelle, dans le nord de la capitale, qu’il a puisé les idées pour mettre en forme Refuhelp.

"Les deux premières choses à connaître, en arrivant, sont : quelles associations peuvent vous épauler pour trouver où dormir, manger, se défendre sur le plan juridique, apprendre le français, et où trouver les compatriotes qui pourront nous guider sur place", estime Suliman  Abdelgadeir. C'est auprès d'eux qu'il a pu glaner les toutes premières informations.

Sur son téléphone, il fait défiler le projet d’application, qui doit aider les réfugiés et exilés à se tourner vers les bonnes personnes et structures. Santé, aide juridique, fourniture de vêtements… "Refuhelp" donnera des indications sur ces questions primordiales pour les nouveaux arrivants et leur permettra de discuter via  un "chat".

"Beaucoup de réfugiés ont fait des études et possèdent des compétences"

Au Soudan, le jeune homme a suivi pendant trois ans une formation d’informaticien à l’université de à Kharthoum. "Comme moi, beaucoup de réfugiés ont fait des études et possèdent des compétences, c’est aussi cela qu’on a voulu monter en présentant notre projet, c’est cela que j’ai envie de mettre en avant et que les Européens ne voient pas toujours", plaide-t-il.

En arrivant à Paris, il ne parlait pas un mot de français. Par le biais de compatriotes soudanais, il entre en contact avec le Collectif La Chapelle, une association créée pour venir en aide aux réfugiés qui se sont installées en nombre dans ce quartier parisien à partir de l’été 2015. "Ce sont des gens incroyables qui m’ont épaulé, et auprès de qui j’ai pu commencer à apprendre le français", raconte-il. Au sein de cette structure, il fait la connaissance de Maria « je l’appelle ma mère car elle m’a beaucoup aidé, c’est grâce à elle que j’ai trouvé une formation en mars 2016 », dit-il aujourd’hui.

La bénévole, informée de son parcours universitaire et de son goût pour l’informatique, lui conseille de se tourner vers « Simplon », l’école de code informatique de Montreuil (93), qui a décidé d’accueillir une promotion de migrants. En mars 2016, Suliman intègre cette formation et affine ses compétences pendant six mois.

"Aider ceux qui arrivent"

Parallèlement, il continue de prendre des cours de français, auprès du collectif et de l’alliance française. Il a pu être logé dans le Val d’Oise à Persan-Beaumont, et a rapidement déposé une demande d’asile auprès  de l’Ofpra (Office français pour les réfugiés et les apatrides).

"Ça a été très long d’attendre que la demande aboutisse : à l’automne, j’avais terminé ma formation, je parlais français, j’avais quasiment trouvé du travail, il ne me manquait plus que le statut de réfugié", explique-il en roulant une cigarette.

Le développeur a finalement obtenu le précieux sésame en janvier dernier et, dans le prolongement de sa formation, il a  été embauché en CDD au sein de l’agence web Simplon prod, qui créé des sites et applications mobiles.

Désormais, Suliman Abdelgadeir rêve de mener le projet « Refuhelp » à son terme.  Grâce au  "Startup Weekend for refugees", pendant trois mois, il va pouvoir, avec ses coéquipiers, améliorer cette plateforme dans un incubateur parisien, accompagné par d’autres professionnels.

Mais il n’oublie pas les difficultés qu’il a affrontées et les mains qui se sont tendues lorsqu’il en a eu besoin. "Il y a eu des gens pour me soutenir,  c’est pourquoi  je dois moi aussi aider ceux qui arrivent", dit celui qui fait régulièrement office d’interprète pour le Collectif de la Chapelle et récemment monté une association pour enseigner le code aux réfugiés et demandeurs d’asile.

 

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