Crédit : Facebook de Daniel Sotra
Crédit : Facebook de Daniel Sotra

En mars 2016, peu avant l’accord entre l’Union Européenne et la Turquie, Daniel Emanuel Sotra est arrivé sur l’île de Lesbos.  Un an après, il fait partie des 47 000 migrants bloqués sur le continent grec. Rencontre avec ce pakistanais chrétien engagé dans la vie religieuse athénienne. 

Ses cheveux bouclés tombent jusqu'à ses épaules et son sourire parfois enfantin lui donne un air un peu christique. A 24 ans, Daniel Emanuel Masseed Sotra semble apaisé et déterminé. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Lorsqu’il est arrivé en sur l’île de Lesbos, en mars 2016, il avait les cheveux courts, les traits très durs, probablement rongé par les épreuves. Sa religion, c’est ce qui l’a poussé à quitter son pays. "J’ai toujours voulu vivre dans un endroit où je pourrais vivre ma chrétienté librement", confie-t-il. Au Pakistan, les chrétiens (deux millions de personnes sur 180 million de musulmans) sont victimes de persécutions. Dimanche 27 mars 2016, en pleine célébration de Pâques, près de 70 personnes ont trouvé la mort à Lahore dans un attentat.

Depuis le 15 avril 2016, Daniel Sotra est détenteur d’une carte spécifique (International Protection Applicant Card) délivrée en Grèce aux demandeurs d’asile. Cette carte est valable 6 mois et renouvelable tant que le dossier n’a pas été examiné par les autorités compétentes. Un an après, il attend toujours pour obtenir le statut de réfugié.

Daniel Sotra à son arrivée sur l’île de Lesbos, en mars 2016. Crédit : Darren Ell

Depuis qu’il est arrivé en Grèce, c’est encore sa foi qui l’aide à garder espoir et à continuer à se battre. "Tous mes week-ends, je les passe à l’église, je vais aux prêches du matin et du soir et j’étudie la Bible entre temps pour approfondir mes connaissances", affirme le jeune homme. D’ailleurs, Daniel Sotra ne fait pas les choses à moitié. Le 31 décembre dernier, ce fervent croyant a officiellement été désigné sacristain de l’église The Apostolic Ministries International d’Athènes : "Je sers la nourriture aux fidèles, je nettoie après le service et j’enseigne la Bible aux réfugiés", explique-t-il. Dans cette paroisse, les services sont prononcés en urdu, ce qui évite la barrière de la langue entre les fidèles pakistanais et Dieu.

Lorsqu’il n’est pas à l’église, Daniel Sotra ne chôme pas. Du lundi au vendredi, il se réveille à 5h30 du matin pour aller travailler dans une usine de recyclage. "Je travaille tous les jours du lundi au vendredi de 8h à 16h pour 500€ par mois", précise-t-il. Trier les papiers, plastiques et produits électroniques obsolètes, c’est son quotidien. Au Pakistan, il était ingénieur de ponts et chaussées.

Il a obtenu son poste à l'usine obtenu grâce à un pakistanais membre de la même paroisse que lui qui l’a mis en relation avec l’usine grecque.

La carte de demandeur d’asile de Daniel Sotra, délivrée par les autorités grecques, le 15 avril 2016. Crédit: Facebook Daniel Sotra

Une fois son labeur achevé, Daniel Sotra rentre chez lui. Il vit à Metamórfosi, à une demi-heure d’Athènes, tout près de l’usine de recyclage. Il partage son appartement, mis à disposition gratuitement par la femme de son patron, avec les trois autres demandeurs d’asile employés par l’entreprise.

Après le travail, Daniel Sotra profite de son temps libre pour prendre des nouvelles de sa famille via Facebook et WhatsApp. Mais avec la distance, ce n’est pas toujours évident de maintenir ces liens, surtout avec sa fiancée, particulièrement jalouse.

Aujourd’hui, Daniel aimerait obtenir le statut de réfugié et être relocalisé en Norvège : "Mon oncle est là bas et m’a dit qu’il pourrait me trouver un contrat d’un an, à condition que j’y arrive légalement", espère-t-il.

Pourtant, actuellement, Daniel Sotra n’a aucune chance d’être relocalisé, en Norvège ou ailleurs, c’est-à-dire transféré légalement de la Grèce vers un autre pays européen. La procédure de relocalisation ne s’applique qu’aux demandeurs d’asile dont la nationalité a obtenu le statut de réfugié à 75% ou plus. Depuis le 1er avril 2017, seuls les Syriens et les Érythréens bloqués en Grèce et en Italie peuvent être relocalisés.

Daniel Sotra dans une église à Athènes. Crédit : Facebook Daniel Sotra

 

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