En Libye, les migrants sont vendus dans des "marchés à esclaves" (image d'illustration) Crédit : Reuters / Ismail Zitouny
En Libye, les migrants sont vendus dans des "marchés à esclaves" (image d'illustration) Crédit : Reuters / Ismail Zitouny

Tortures, violence, abus sexuels, mais aussi esclavage… Selon l’OIM qui s’appuie sur de nombreux témoignages, des centaines de migrants en route vers l’Europe, sont actuellement vendus en Libye dans des "marchés aux esclaves" après avoir été interceptés par des trafiquants.  Certaines victimes "qui ne trouvent pas d’acheteur" sont abattus "d’une balle dans la tête".

"Vous allez au marché et vous achetez un homme en place publique comme n’importe quelle marchandise". La phrase est choquante. On la croirait sortie d’un autre temps. Et pourtant. Selon Florence Kim la porte-parole de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), contactée par InfoMigrants, ce mercredi, il existe aujourd’hui en Libye des "marchés aux esclaves". Les victimes sont des migrants, des Africains subsahariens ou d’Afrique de l’Ouest souvent, qui rêvent d’atteindre les côtes européennes en transitant par l’Afrique du Nord.

C’est pendant leur trajet que les victimes se font capturer. Ils sont ensuite parqués. Puis présentés en place publique pour une "vente". Les transactions peuvent aussi se faire dans des hangars ou des garages à l'abri des regards. Ce commerce se déroule généralement à Sabha - une localité du sud de la Libye par laquelle passent de nombreux candidats à l'exil. Chaque migrant est vendu entre 150 et 300 dollars.


Les acheteurs : des trafiquants et des particuliers

Les acheteurs sont souvent des trafiquants. Une fois la "marchandise humaine" payée, ils emmènent les migrants dans des "prisons" contrôlées par des milices pour les rançonner. Dans leur communiqué publié mardi 11 avril, l’OIM cite le témoignage d’un migrant sénégalais prénommé SC. Ce dernier dit avoir été retenu en otage dans une maison individuelle où plus d’une centaine d’autres personnes étaient parquées. Là, les ravisseurs forçaient les prisonniers à appeler leur famille restée au pays et réclamaient une rançon. Pour se montrer plus "convaincants", les trafiquants torturaient leurs victimes afin que leurs proches les entendent hurler.

SC "décrit des conditions sanitaires horribles" et il ne mangeait qu’une fois par jour, précise le communiqué. "Certains migrants qui ne pouvaient pas payer auraient été tués ou abandonnées à leur sort et condamnés à mourir de faim". L’organisation parle même de véritables charniers dans le désert.

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Pour noircir un peu plus le tableau, l’OIM assure que des habitants se livrent également à ce "genre" de commerce. Les jeunes hommes migrants achetés par des particuliers sont alors exploités sur des chantiers de construction. D’autres servent d’"esclaves domestiques", forcés à faire le ménage et la cuisine. "Si le migrant n’a pas trouvé d’acheteur il est tué d’une balle dans la tête", assure encore Florence Kim. Les femmes et les enfants – en minorité – font eux état de sévices sexuels.

"Les autorités libyennes n’ont pas les moyens d’agir"

Sur près de 2 000 témoignages recueillis en Libye et au Niger par l’OIM, près de 10% des personnes interrogées déclarent avoir été esclave dans ce pays du nord de l’Afrique. "Même si tout le monde n’est pas concerné, on constate une augmentation des mauvais traitements envers les migrants depuis l’an dernier", précise à InfoMigrants Sara Abbas, directrice du bureau de l’OIM à Paris.

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Le pays qui est en proie au chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 se trouve complétement dépassé. "Les autorités libyennes veulent aider mais n’ont pas les moyens d’agir, explique encore Florence Kim. Elles n’ont pas les ressources humaines et financières pour lutter contre ce genre de trafic".

La Libye est la principale porte d’entrée vers l’Europe pour les migrants. Ces trois dernières années, 150 000 personnes sont parvenues à traverser la Méditerranée. Depuis le début de l’année, on estime à un peu plus de 26 000, le nombre de migrants qui sont arrivés en Italie, soit 7 000 de plus que ceux enregistrés l’an dernier à la même période. Si on sait que 600 autres sont morts en mer, on ignore toutefois le nombre de ceux qui périssent en tentant d’atteindre les côtes libyennes.
 

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