Abdoulaye Diop (Copyrights : picture-alliance/dpa/Maksim Blinov/RIA Novosti)
Abdoulaye Diop (Copyrights : picture-alliance/dpa/Maksim Blinov/RIA Novosti)

Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, revient sur la crise dans le nord du pays mais aussi sur la présence militaire allemande. Une Interview accordée lors du forum économique "Printemps de la coopération germano-togolaise" à Lomé. 

DW : Que cherche un pays comme le Mali dans un forum dénommé "Printemps de la Coopération germano-togolaise"?

Il est vrai qu’a priori, la dénomination de cette rencontre peut ne pas paraître révélatrice. Mais l’Allemagne est engagée avec nos pays. L’Allemagne a été par exemple le premier pays à reconnaître l’indépendance du Mali. Nous avons une relation aussi particulière avec l’Allemagne, qui est impliquée dans la mission de stabilisation MINUSMA, mais aussi dans le secteur du développement économique. Mais nous avons rarement en face de nous des opérateurs économiques allemands qui viennent. C’est pourquoi nous pensons que ce qui se passe ici est une vraie occasion de pouvoir travailler dans une perspective beaucoup plus régionale, pour tirer le maximum des possibilités offertes par nos amis allemands.

DW : Mais pour qu’aujourd’hui le développement économique ait une base entre les pays de la CEDEAO par exemple, il faut quand même qu’il y ait la sécurité?

Il est vrai que la sécurité est une condition essentielle pour attirer des investissements privés et pour pouvoir développer nos  économies. Mais nous avons expliqué aussi à nos amis allemands que la sécurité n’est pas une destination qui est fixe. La sécurité, on la construit. On la construit avec les acteurs locaux. On la construit en investissant aussi, comme ils le font au Mali dans la stabilisation du pays. Mais nous avons indiqué qu’il faut aussi investir dans les forces de défense et de sécurité de nos pays.

DW : Tout le monde était à la clôture de la conférence de la paix au Mali, mais est-ce que tout le monde est d’accord avec ce qui a été décidé?

Vous savez, c’est un pays, c’est aussi un processus. Il est possible qu’à l’échelle d’un pays, on ne s’attende pas à ce que tout le monde soit toujours d’accord sur tout. Mais tout le monde a eu l’occasion de s’exprimer. Et sur des questions fondamentales aussi, des populations, chacune des couches venant de tous les horizons, ont pu faire remonter le sentiment général de la population. C’est qui me semble être important.

DW : Mais qu’est ce qui vous fait penser que cette fois sera la bonne? Etant donné qu’il y a déjà eu dans le passé beaucoup d’accords signés, beaucoup de conférences et de forum, mais que la division, l’insécurité, la guerre continuent toujours dans le nord du pays?

Personne n’a de formule magique. Nous sommes engagés par rapport à cela. L’accord qui a été signé, il n’est pas parfait, nous en sommes conscients. Mais c’est le seul. Il n’y a pas d’alternative aujourd’hui à cet accord que nous devons appliquer, qui jette vraiment les bases d’un vivre ensemble au niveau du Mali. Et je crois que ce qui est important, c’est de comprendre aussi qu’un processus de paix n’est jamais un long fleuve tranquille. Il y a des difficultés et souvent même on peut avoir l’impression qu’on fait un pas en avant et un pas en arrière. Mais le plus important, c’est que tout les Maliens aujourd’hui sont d’accord qu’il faut aller à la paix. Je demeure optimiste par rapport à l’application de cet accord. Mais nous ne sommes pas naïfs. Nous savons que ca sera difficile, que nous fassons face à une situation sécuritaire qui est critique, avec la montée des différents groupes terroristes. Mais je suis certain que nous arriverons à bout de tous ces défis.

DW : Certains vous accusent aussi de jouer sur la corde de division dans le nord du pays… Etant donné que le gouvernement malien entretient des relations avec certains  groupes qu’on appelle pro-Bamako, est-ce que ce n’est pas un pari risqué pour vous ?

Moi je crois que ce sont ceux qui font ces genres de catégorisation qui créent la division. En réalité, il n’y a pas de pro-Bamako ou des gens qui sont opposés à Bamako. Il y a des gens qui se battent dans le nord du pays, il y a des dissensions au sein des différents groupes armés dans le nord du Mali. Il y a certains qui, même s'il se battaient à un moment, se battaient dans le cadre de l’unité nationale. Et d’autres qui se battaient, mais cherchaient la séparation. Donc nous nous battons pour un Mali un et indivisible. Il n’y a aucun mouvement qui est instrumentalisé par le gouvernement. Ces dernières semaines ont enregistré des avancées considérables, avec la mise en place des autorités intérimaires dans trois régions.

DW : Vous voulez dire dans deux autres régions ?

On vous dit qu’il y a des difficultés. Les autorités qui sont proposées, même sur une base consensuelle, ne sont pas acceptées de tous. Les échanges se poursuivent pour pouvoir amener tout le monde. C’est ça la difficulté qu’on a. Mais chaque fois, il y a peut être des jeux de positionnements communautaires qui expliquent que tel ou tel groupe n’accepte pas.

 

Propos recueillis par Kossivi Tiassou

Première publication le 12.04.2017

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Texte initialement publié sur : Deutsche Welle