Crédit : Charlotte Boitiaux
Crédit : Charlotte Boitiaux

Affrété par l’ONG SOS Méditerranée en partenariat avec Médecins sans Frontières, le navire humanitaire Aquarius sillonne la mer Méditerranée depuis février 2016 afin de porter secours aux migrants qui tentent de rejoindre les côtes européennes. InfoMigrants vous propose de mieux le connaître en trois questions.


  • Comment l’Aquarius définit-il sa zone de sauvetage ?
L’Aquarius patrouille dans ce qu’on appelle la "SAR zone" (Search and Rescue), la zone de recherche et de sauvetage, au large de la Libye. Cette zone maritime est définie - et affinée au fil des mois - en fonction de plusieurs critères : les endroits où il y a eu le plus grand nombre de victimes par le passé, et les lieux où se sont déroulés les précédents sauvetages (souvent concordants).

En rouge, le nombre de morts en Méditerranée. L’Aquarius s’appuie sur ces données de l’Organisation internationale des migrations (OIM) pour définir sa SAR zone. Crédit : OIM

Avant de quitter le port, l’Aquarius établit ainsi une feuille de route de sa destination. Actuellement, le navire de SOS Méditerranée sillonne sur une large bande d’eau à l’est de la Libye (entre Zouara et Tripoli). Une fois arrivé sur zone, le bateau ne reste jamais immobile, de jour comme de nuit, il balaie sa zone maritime à la recherche de canots en détresse.

Souvent, plusieurs navires humanitaires (Vos Hestia, Moas, Sea Watch 2…) se retrouvent dans la même zone de sauvetage au même moment. Après coordination, ils se partagent les différents périmètres de la "SAR zone" pour être sûr de couvrir la plus large bande d’eau possible.

À noter que l’Aquarius reste toujours dans les eaux internationales (à plus de 20 km des côtes), il n’est pas autorisé à entrer dans les eaux nationales libyennes.
    L’Aquarius est actuellement entre Sabratha et Tripoli. Crédit : Charlotte Boitiaux

  • Quels sont ses critères d’intervention ?
Fidèle au code la mer qui exhorte tout navire à porter secours gratuitement aux personnes en danger, l’Aquarius a vocation à aider toute embarcation en situation de détresse (bateau de pêche, navire commercial, ou canots de fortune...) Dans les faits, le navire humanitaire a pris le chemin de la Méditerranée depuis que cette, la "Mare Nostrum", est devenue un immense cimetière : de nombreux migrants y périssent presque quotidiennement en tentant de rallier les côtes européennes.

L’Aquarius n’agit jamais de son propre chef : avant chaque intervention, son commandant contacte le MRCC (Maritime Rescue Coordination Center) à Rome – sorte de tour de contrôle maritime sous l’autorité du ministère des transports italien – pour l’informer de la situation. L’Aquarius ne lance jamais une opération de sauvetage sans l’aval des autorités italiennes. À l’inverse, il est possible que le MRCC contacte directement l’Aquarius pour lui signifier la présence d’un bateau en détresse et lui demander d’aller lui porter assistance.

En cas de conditions météorologiques très dégradées ou de mise en danger de l’équipage, l’Aquarius se réserve le droit de refuser – ou différer – une opération de sauvetage.

Généralement, les embarcations secourues par le navire humanitaire comptent en moyenne entre 100 et 130 migrants à leur bord. Avec une capacité maximale de 600 personnes, l’Aquarius peut donc atteindre ses limites en seulement quatre à cinq opérations de sauvetage.

  • À bord, quelles sont les soins les plus souvent apportés aux rescapés ?
Selon les équipes de MSF, les rescapés souffrent généralement d’hypothermie et de déshydratation, hiver comme été. A cela s’ajoutent les traumatismes liés aux voyages : la faim, la soif, l’épuisement et le mal de mer.

De nombreuses personnes souffrent également de brûlures chimiques causées par le fuel. A bord des canots de fortune, souvent chahutés par la houle et le vent, l’essence s’échappe des jerricanes posés au milieu des migrants. Au contact de l’eau de mer, elle brûle gravement la peau.

Selon Elizabeth, qui fait partie de l’équipe médicale de MSF, "les femmes sont généralement les premières victimes du fuel puisqu’elles sont assisses au centre des canots, tandis que les hommes, eux, restent sur les côtés. Elles se retrouvent gravement brûlées au niveau des fesses, des cuisses et des parties génitales".


 

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