Crédit : RFI
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Le 23 avril dernier, Emmanuel Macron et Marine Le Pen se sont qualifiés pour le second tour de l’élection présidentielle française avec respectivement 24,01% et 21,3% des voix. Parmi les personnes qui n’avaient pas le droit de vote, il y avait des réfugiés et des demandeurs d’asile. Nous avons passé la soirée électorale avec un groupe de jeunes Soudanais qui résident en France depuis deux ans.

20h15, boulevard Richard-Lenoir, au cœur de la capitale française. « Tu as vu ça ? Marine Le Pen n’a pas gagné, elle n’est qu’en deuxième position », se réjouit Hussein, téléphone portable vissé sur l’oreille. Ce réfugié soudanais de 26 ans vient de découvrir les résultats partiels de l’élection présidentielle sur un écran de télévision, dans un café parisien. Il partage son soulagement avec son meilleur ami, Jabir, soudanais lui aussi.

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Avec sa chemise bleue et son pull gris à capuche, Hussein avance d’un pas rapide, déterminé à rejoindre ses amis pour regarder la soirée électorale. Lorsqu’il passe devant les affiches des onze candidats placardés en face d’un bureau de vote, il esquisse un sourire amer devant celle du candidat socialiste : « Lui c’est mon amour… Euh… Benoit Hamon, il est gentil, il veut aider les réfugiés et régler les problèmes en Syrie et en Irak », explique Hussein. « Mais il n’est qu’en sixième position je crois », soupire-t-il.

Une dizaine de minutes plus tard, le voilà arrivé chez Jabir, lui-aussi demandeur d’asile soudanais : « On s’est rencontré à La Chapelle, lorsqu’on dormait dans les tentes, sous la ligne du métro aérien », se souvient-il. Tee-shirt rouge et sourire aux lèvres, Jabir exulte : « Même si Macron n’a pas encore gagné, je suis content qu’il soit devant Marine Le Pen car j’aime beaucoup Emmanuel Macron ». A 25 ans, Jabir est tombé sous le charme du candidat d’En Marche ! : « Il veut que le monde soit ouvert, que les réfugiés aient des formations pour appendre la langue et pouvoir s’intégrer, communiquer avec les Français », explique le jeune Soudanais. « Pour le travail aussi c’est très important », conclut-il.

Hussein s’est installé sur l’un des deux lits superposés, celui du bas. Il regarde une chaine d’information en continu, cigarette et tasse de café à la main. Sur le petit écran, François Fillon prend la parole. Il appelle à voter pour Emmanuel Macron au deuxième tour. « Personne ne soutient Marine Le Pen, ça me rassure, elle ne va pas gagner », commente Hussein. « Si, l’autre candidat bizarre, là… Comment s’appelle-t-il ? Asselineau, lui il la soutient », rétorque Jabir. Les Soudanais fument, écoutent silencieusement les allocutions qui s’enchainent à la télévision. Des amis arrivent, tous des réfugiés ou demandeurs d’asile soudanais. Les cinq jeunes hommes sont plutôt détendus, parfois souriants.

La peur de Marine Le Pen

Lorsque Marine Le Pen apparaît à la télévision et entame son discours, les discussions reprennent. « Marine Le Pen, elle veut sortir de l’Europe… », dit Jabir, « comme l’Angleterre », enchaîne Hussein, les yeux rivés sur le petit écran. Marine Le Pen poursuit : « Je suis la candidate du peuple », proclame-t-elle. « T’es folle toi ! », réagit immédiatement Hussein, en éclatant de rire. Il retrouve son sérieux et explique, inquiet : « Marine Le Pen, c’est comme Donald Trump, au départ personne ne l’aimait puis il a quand même été élu ». Et il développe sa pensée : « Marine Le Pen, elle n’aime pas les réfugiés, elle n’aime pas les musulmans et veut leur créer plein de problèmes. Si elle gagne, la vie en France va être très, très difficile. »

Puis, l’ombre sur son visage s’estompe : « Je ne suis pas Français, je suis réfugié, je peux aller ailleurs, retourner au Soudan ou aller en Israël ou en Palestine, il n’y a pas de problème. » Jabir aussi se pose la question d’aller dans un autre pays européen si la présidente du Front national accède à la tête de l’Etat français : « ça voudrait dire que certains Français ne nous aiment pas, qu’ils sont racistes. J’irai en Allemagne, en Angleterre ou en Italie », dit le jeune demandeur d’asile de 25 ans. « Marine Le Pen, elle, ne veut pas donner l’asile aux réfugiés pour 10 ans, mais seulement pour 5 ans, voire pour 3 ans », s’inquiète Jabir. Les autres l’écoutent d’une oreille, les yeux rivés sur le petit écran pour la suite des interventions… Alors, quel sera le choix final des Français ? Réponse au soir du 7 mai prochain.

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Texte initialement publié sur : RFI

 

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