Crédit : Boualem Rhoubachi
Crédit : Boualem Rhoubachi

Charlotte Boitiaux est journaliste pour InfoMigrants. Elle a passé 10 jours à bord de l’Aquarius, un des navires humanitaires qui secourent les migrants en Méditerranée. Elle raconte son expérience et ses impressions.

  • Comment avez-vous vécu ces 10 jours à bord de l’Aquarius ?
Ça a été compliqué aussi bien émotionnellement que physiquement.

Physiquement d'abord, car on ne se sent pas très bien sur un bateau quand les conditions météorologiques se dégradent : il y a la houle, les vagues, le vent, ce qui provoque des maux de tête, des nausées et surtout, des pertes d’équilibre!

Je pense également qu’on ne sort pas indemne d’un sauvetage. On entend souvent parler de ce qui se passe en Méditerranée, mais on réalise le drame de la crise migratoire qu'à partir du moment où l'on voit un corps flotter dans l'eau, et des canots en bois, surchargés, perdus dans l’immensité de la mer.

  • Qu’est-ce qui a été selon vous le plus éprouvant ?
Ce n’est pas tant le moment du sauvetage que le débarquement sur les côtes siciliennes. On s’attache très vite aux gens. À bord de l’Aquarius, nous sommes à huis-clos...

Quand les migrants arrivent sur le sol italien, ils sont directement pris en charge par les services de l’immigration. Après avoir passé deux jours à leurs côtés, à écouter leurs histoires, leurs espoirs d’une vie meilleure en Europe, leur désir d’avenir… c’est très difficile de les quitter sans leur dire l'entière vérité : beaucoup pensent que le plus dur est derrière eux. Mais l'arrivée en Europe est souvent une nouvelle épreuve. Nous savons pertinemment que beaucoup de demandes d’asile seront rejetées et que beaucoup seront rapatriés.



  • Quelle a été votre place comme journaliste à bord d’un navire humanitaire ?
Tant qu’il n’y avait pas de sauvetage, j’étais dans mon rôle de journaliste : je faisais des interviews, des portraits de l’équipage. Mais au moment du sauvetage, c’est très dur de garder l’habituelle distance journalistique. Instinctivement, tu sors de ton rôle de journaliste et tu vas prêter main forte aux humanitaires, car tu te rends vite compte qu’ils ne sont pas assez nombreux et qu’ils ont besoin d’aide supplémentaire. Ils ont beau être 30 personnes, ils doivent s’occuper de près de 200 migrants - quand ce n'est pas 400, 500 voire 600 rescapés.

  • Qu’est-ce que vous retenez de cette expérience ?
On sait que la mission des humanitaires est de sauver des vies, mais je suis néanmoins très admirative de leur engagement. Il faut savoir que les équipes à bord font des sacrifices professionnels et personnels. Ils mettent de côté leur travail, leur carrière, laissent leurs proches pendant des mois... Ils mettent leur vie entre parenthèses. J’ai un immense respect pour eux.
 

Et aussi