Des migrants sont escortés par des policiers après avoir débarqué en Sicile. Crédit : Reuters
Des migrants sont escortés par des policiers après avoir débarqué en Sicile. Crédit : Reuters

La Commission européenne hausse le ton contre la Hongrie et la Pologne, les menaçant de procédure d’infraction, si les deux pays continuent de refuser d’accueillir des demandeurs d’asile venus d’Italie et de Grèce.

"C’est le dernier avertissement". Ce sont par ces mots que le commissaire européen aux Migrations, Dimitri Avramopoulos, a menacé mardi 16 mai la Hongrie et la Pologne. L'UE est à deux doigts de lancer des procédures d’infraction contre les deux États s'ils refusaient toujours d’ici le mois de juin d’accueillir des demandeurs d’asile depuis l’Italie et la Grèce, comme le prévoit le plan de "relocalisation" adopté en 2015 pour venir en aide à Rome et à Athènes - débordées par l’afflux de migrants.

Procédures d’infraction 

Ce n’est pas la première fois que l’Union européenne (UE) menace ces deux pays, mais les mises en garde n'étaient pas assorties de sanctions. Aujourd'hui, la Commission hausse le ton : "Si rien n’est fait avant [...] juin, la Commission n’hésitera pas à utiliser ses pouvoirs en vertu des traités et à ouvrir des procédures d’infraction", a averti Dimitri Avramopoulos lors d’une conférence de presse au Parlement européen à Strasbourg.

Ces "procédures" peuvent aboutir à une saisine de la Cour de justice de l’UE et engendrer de lourdes sanctions financières.

Seulement voilà, ces déclarations n’ont absolument pas effrayé les deux États membres concernés. Du côté de la Pologne, le chef du gouvernement conservateur, Beata Szydlo, a répondu que son pays n’avait "pas peur de ces annonces tonitruantes de la Commission" ajoutant qu'il ne serait "pas d’accord pour qu’on impose à la Pologne ou à tout autre pays de l’UE des quotas obligatoires" de migrants. Le gouvernement de Budapest a lui aussi réagi, déclarant dans un communiqué que "Bruxelles ferait mieux de se concentrer sur la protection des frontières plutôt que de disséminer les conséquences de ses propres erreurs".  

La France et l'Allemagne devraient "accroître leurs engagements"

Le plan dit de "relocalisation", qui prévoit la répartition de 160 000 personnes en deux ans dans l’UE, était censé incarner la solidarité européenne. Mais il a surtout illustré les divisions entre les États membres, qui ne l’ont appliqué qu’au ralenti, voire pas du tout pour certains.

Selon la Commission, la Pologne, la Hongrie mais aussi l’Autriche sont "les seuls États membres à ne pas avoir encore" accueilli le moindre demandeur d’asile en application du plan de 2015, manquant ainsi "à leur obligation juridique". L’Autriche, qui avait demandé une exemption temporaire à ce plan, "s’est toutefois formellement engagée à relocaliser 50 personnes depuis l’Italie, une décision saluée par la Commission", qui l’appelle aussi à "commencer à le faire pour la Grèce".

D’autres pays comme l’Espagne, la Belgique, l’Allemagne ou encore la France devraient eux "accroître leurs engagements mensuels" d’accueil selon la Commission.

Outre les réticences des États membres, le plan de répartition de demandeurs d’asile souffre de critères d’éligibilité restrictifs, notamment en termes de nationalité. En effet, seuls les migrants ayant la quasi-certitude d’obtenir l’asile peuvent prétendre au plan de relocalisations. C’est le cas par exemple pour les Syriens et les Érythréens, mais les Irakiens en sont quant à eux exclus.

 

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