L'Aquarius débarque des centaines de migrants au port de Pozzallo en Italie, avril 2017.  Crédit : Charlotte Boitiaux
L'Aquarius débarque des centaines de migrants au port de Pozzallo en Italie, avril 2017. Crédit : Charlotte Boitiaux

L’année dernière, l’Italie a accueilli sur son territoire plus de 180 000 personnes dont l'écrasante majorité a été secourue en mer Méditerranée. Mais que se passe-t-il une fois arrivés sur le sol italien ? InfoMigrants fait le point.

Après l’épreuve de la traversée de la Méditerranée, les nombreux migrants recueillis à bord des navires humanitaires sont - presque - toujours débarqués en Italie, en Sicile ou en Calabre. A leur descente du navire, les rescapés sont pris en charge par les services de l'Immigration. Ils sont ensuite recensés, encadrés et dirigés vers des centres d’accueil où ils pourront, dans un premier temps, se reposer. Mais ensuite, que se passe-t-il ?

1-     Où sont les centres d'accueil ?

Au début de l’année 2017, l’Italie comptait plus de 175 000 migrants dans ses centres d'accueil, aussi appelés "hot spots", centres de premier accueil, ou centres pour demandeurs d’asile et de réfugiés (SPRAR). Tous ces lieux, gérés par des collectifs et des associations, sont répartis sur l’ensemble du territoire italien. Le plus grand étant le centre de Crotone près de Catane (Sicile). Tous sont aujourd’hui submergés par l'afflux de demandeurs d'asile.

Depuis le rétablissement des contrôles aux frontières européennes (notamment avec la France, la Suisse et l’Autriche), les migrants venus d’Afrique ou du Moyen-Orient peuvent difficilement continuer leur chemin vers le nord de l’Europe. Ils sont donc bloqués sur le territoire italien.

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A larrive au port de Pozzallo en Sicile des centaines de migrants sont pris en charge par les autorits italiennes Ici on aperoit les membres de Frontex sur le quai le 30 avril 2017

2-     Suis-je obligé de faire ma demande d’asile en Italie ?

C’est là que les choses se compliquent. Selon les accords de Dublin, une demande d’asile est examinée par un seul État membre : le premier pays de l’Union européenne par lequel passe le migrant. On ne peut pas formuler de demande d’asile dans plusieurs pays.

Selon le texte Dublin, un migrant arrivé en Italie devrait donc, sauf cas particuliers, faire sa demande d’asile en Italie.

Dans les faits, la réalité est plus nuancée, explique la Cimade, l’association d’aide aux réfugiés, contactée par InfoMigrants. Avant 2015, débordées par l’afflux de migrants sur ses côtes, les autorités italiennes pouvaient "oublier" d’enregistrer les empreintes de rescapés [procédure qui permet de ficher le migrant dans le pays d’arrivée de l’UE]. Ces migrants non-enregistrés pouvaient alors tenter la procédure ailleurs.

Depuis 2016, l’Italie subit davantage la pression de l’Union européenne. Elle a l’obligation de relever les empreintes des migrants. "Ces derniers mois en Italie, plus de 90% de prises d’empreintes ont été enregistrées", précise la Cimade. L'ONG Amnesty International dénonce, d’ailleurs, un usage de la force régulièrement utilisé pour contraindre les migrants à déposer leurs empreintes en Italie.

Pourtant, une personne qui ne souhaite pas obtenir l’asile en Italie est libre d’aller faire sa demande ailleurs. Mais dans les faits, ce souhait relève du parcours du combattant. "Les empreintes [des migrants voulant déposer un dossier d’asile dans un autre pays de l’UE] auront quand même été relevées en Italie", explique Marine de Haas, responsable des questions européennes à la Cimade. Et les autres pays de l’UE vérifient toujours le fichier des empreintes, baptisé Eurodac. "Si le demandeur d’asile se rend en France, par exemple, Paris peut légalement refuser d’examiner sa demande d’asile [après avoir constaté que ses empreintes ont été enregistrées en Italie]. La France appliquera juste les accords de Dublin".

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Dans ce cas, le demandeur d’asile a deux solutions : soit il retourne en Italie déposer son dossier. Soit il patiente : l’Italie a six mois pour réadmettre un demandeur d’asile sur son sol. Mais à l’issue de ce délai, sans réponse de sa part, la France est autorisée à considérer le dossier d’asile de la personne concernée.

3-      Je ne suis pas Syrien. Puis-je bénéficier de l’asile en Italie ?

Selon le ministère de l’intérieur italien, 60 % des migrants arrivés sur les côtes italiennes ne sont pas éligibles au statut de réfugié. Et donc expulsables. L’asile est généralement accordé à ceux qui fuient les conflits ou une dictature (Syriens, Irakiens, Erythréens). Mais pas que.

Contrairement à une idée reçue, la protection n’est pas accordée à ces seules nationalités – même si ceux qui fuient la misère économique ont, en théorie, moins de chance d’obtenir l’asile. Selon les chiffres d’Eurostat, 73% des 225 Soudanais, par exemple, ayant déposé une demande d’asile en Italie en 2016, ont obtenu, en première instance, une réponse favorable (26,7% ont obtenu le statut de réfugié, 33,3% la protection subsidiaire et 13,3% la protection humanitaire).

A l’inverse, rappelons-le, seuls 25% des 18 380 Nigerians ayant déposé une demande d’asile en Italie en 2016 ont obtenu une réponse favorable, soit 4 600 personnes.

Pour expulser les migrants illégaux, dont l’asile a été rejeté, le nouveau ministre de l’Intérieur Marco Minniti prévoit de multiplier par cinq le nombre de Centres d’Identification et d’Expulsion (CIE). Actuellement au nombre de quatre, et disposant de 400 places, ces CIE devraient passer à vingt. 

4-      Puis-je bénéficier du "plan de relocalisation" des demandeurs d’asile ?

En septembre 2015, la Commission européenne a établi des quotas de répartition des demandeurs d’asile dans toute l’Europe – pour soulager l’Italie, notamment. L’objectif : relocaliser 160 000 réfugiés dans les différents pays de l’UE.

Seulement voilà, de nombreux pays comme la Hongrie, la Pologne ou la Slovaquie refusent de s’associer à ce "plan de relocalisation". Au mois de mai 2017, seulement 5 920 personnes ont été répartis dans d’autres pays de l’UE, depuis l'Italie, bien loin des objectifs initiaux.

En plus de la réticence de plusieurs pays à jouer le jeu de la solidarité européenne, peu de migrants en Italie sont éligibles à cette "relocalisation". Pour pouvoir sortir du pays, il faut que le profil du migrant corresponde à certains critères particulièrement restrictifs :

  • Prouver que le demandeur a besoin d’une protection internationale d’un État membre de l’UE, c’est-à-dire prouver qu’il fuit une guerre ou un conflit.
  • La relocalisation ne s’applique "qu’aux demandeurs pour lesquels le taux moyen de reconnaissance de la protection internationale dans l’UE est supérieur à 75%". Autrement dit, les principaux bénéficiaires de ce plan sont les personnes dont la nationalité a obtenu l’asile à plus de 75% dans l’UE. A ce jour : les Syriens, les Erythréens, les Yéménites et les Burundais (selon les deux derniers trimestres Eurostat).
  • Les demandeurs concernés par la relocalisation doivent avoir la quasi-certitude d’obtenir l’asile après leur transfert d’Italie.

 

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