Une vue panoramique du rond-point de la liberté, dans le quartier d'Adjamé à Abidjan en Côte d'Ivoire. Crédit : Willy Stephane Awaho / flickr.com
Une vue panoramique du rond-point de la liberté, dans le quartier d'Adjamé à Abidjan en Côte d'Ivoire. Crédit : Willy Stephane Awaho / flickr.com

Comment faire participer la diaspora au développement de la Côte d'Ivoire ? Comment faire revenir les compétences et les capitaux de la diaspora ? Comment lutter contre l'immigration clandestine qui fait des milliers de morts parmi les candidats au départ chaque année, en particulier en Méditerranée ? Pour discuter de ces questions et des solutions politiques et économiques possibles, le deuxième Forum de la diaspora ivoirienne se tient, ce lundi 22 et ce mardi 23 mai, à Abidjan. Un million deux cent mille Ivoiriens vivent à l'étranger. Certains sont partis légalement d'autres clandestinement, car bien qu'un des pays les plus riches de la sous-région, la Côte d’Ivoire reste une terre de départ.

Mohamed a 37 ans. Il vit à Treichville. Son frère Mamoudou, 28 ans, est parti il y a un an et demi. Direction le Mali, puis la Libye où il a passé huit mois en prison. Il est parvenu ensuite a à traverser et se trouve aujourd'hui dans un centre de rétention quelque part en Italie. Dans ce quartier de Treichville, ces histoires se comptent par dizaines : « Plein sont partis. Je connais plein d’autres qui veulent partir aussi. Mais c’est parce qu’ils n’ont pas eu les moyens pour le moment. C’est fou en tout cas, franchement c’est risqué. Tu n’as pas de parent là-bas, surtout en Libye avec ce qui se passe, c’est vraiment dangereux. Pourquoi ne pas rester ici aussi travailler, développer quelque chose et essayer de s’en sortir ? Mais quelque part, j’arrive à le comprendre parce que l’Afrique est difficile. On n’a pas de soutien financier ».

Sekou, 32 ans, a déjà tenté de partir pour l'Europe, en avion via le Liban à l'aide de faux papiers. Démasqué, Sekou a passé quelques mois en prison à Beyrouth avant de revenir à Abidjan. Pas question de renoncer pour autant : « Actuellement, j’ai un bon circuit. Mais là, j’attends les sous. La Libye, je ne peux pas. Je connais des gens qui sont passés par là-bas. On les a capturés. Ils ont appelé les familles en Afrique pour pouvoir demander de l’argent sinon on les tue. Puis effectivement, les gars ont envoyé des vidéos, des photos où ils sont en train d’être torturés. D’autres, quand les familles n’ont pas d’argent, on n’entend plus parler de lui. Nous, on a tous les radars de ceux qui rentrent. Ceux qui sont passés par la Libye, ils nous disent ‘ce n’est pas pour te décourager, mais je ne te conseille pas’. Ce qui est sûr, la Libye, ce n’est pas sûre. Le Maroc peut-être ».

Rien ne dissuadera Sekou de partir : le manque de perspectives ici, l'espoir d'une chance en Europe et le rêve d'un retour en fils prodigue ont déjà scellé son projet.

Nous, on n’est pas salariés. On vit au jour le jour. Ce qu’on attrape aujourd’hui, c’est pour nous. Si tu n’attrapes pas aujourd’hui, tu ne manges pas demain. Et on veut mettre fin à ça.

Texte initialement publié sur : RFI

 

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