Des femmes à Pikine, Dakar / Copyright : DW/C.Harjes
Des femmes à Pikine, Dakar / Copyright : DW/C.Harjes

La journaliste sénégalaise Codou Loum rappelle que la féminisation de la migration existe. Au Sénégal, par exemple, de nombreuses femmes quittent le pays dans l'espoir d'une vie meilleure, ailleurs.

Vous êtes journaliste à radio Oxyjeunes à Pikine, un quartier populaire de Dakar, très concerné par la tentation de partir. On a l’impression que les femmes sont moins nombreuses que les hommes à finalement prendre la route. Comment l’expliquez-vous ?

Codou Loum : C’est vrai qu’on en parle beaucoup moins mais c’est un problème crucial. On constate une féminisation de la migration. Au Sénégal, par exemple, les femmes qui quittent le pays sont nombreuses. Elles font route vers les pays anglophones ou asiatiques pour espérer accéder à un meilleur cadre de vie. 

La route migratoire est dangereuse, et encore plus pour les femmes qui subissent d’autres formes de violences, sexuelles par exemple. Puis, une fois arrivées dans un pays d'accueil, elles peinent davantage à trouver leur place. Comment en parle-t-on à Pikine ?

Codou Loum : On en parle de façon naturelle. Tout le monde sait que la femme a une autre posture. C’est elle qui s’occupe de la dépense quotidienne, de l’éducation de ses enfants. Hier c’était l’homme qui migrait, aujourd’hui c’est cette femme connue pour être une maman pendant que l’homme travaille, qui prend la route du départ. Parce que ce travail n’existe plus. Ces femmes sont exposées à beaucoup de dangers et je trouve qu’il n’y a pas assez d’information pour qu’elles aient connaissance des risques qu’elles encourent sur les chemins de la migration clandestine. D’ailleurs, ce mot, clandestin, me fait mal. Le mot est trop fort. L’immigration n’est pas clandestine, elle est illégale.  En tout cas, nous les femmes et hommes dans les médias avons un grand rôle à jouer. Dans la vulgarisation, dans l’employabilité des mots qui posent encore le problème de la perception. On ne peut pas sensibiliser sur la migration sans avoir une compréhension des ces mots. Cela demande beaucoup de temps et beaucoup d’engagement.

C’est un problème que vous connaissez notamment à Pikine : le chômage des jeunes. Que peut faire l’Etat, puisqu’il ne peut pas dire : "Restez ici, vous deviendrez tous fonctionnaires" ?

Codou Loum : C’est vrai que ce n’est pas possible. Mais on peut par exemple accompagner le bachelier qui va à l’université et poursuit un cursus pour devenir médecin ou enseignant. Il faut accompagner le technicien de surface. Accompagner le mécanicien ou le menuisier dans les trajectoires qu’ils empruntent. Il faut mettre en place des stratégies et les éléments nécessaires pour pouvoir survivre de ces métiers là. Ces jeunes seront peut-être inutiles ailleurs, mais utiles chez nous. Nous avons besoin de cette main d’œuvre là. Reste à nouveau le problème des droits de la femme. Nous souffrons énormément et dans tous les secteurs. Et aussi ça qui fait que la femme est plus à l’aise en Europe qu’en Afrique.

Comment faites vous à votre niveau, à Radio Oxyjeunes, pour écouter ces jeunes qui ont quelque chose à dire, notamment dans les quartiers populaires ?

Codou Loum : Comme dans bien d’autres radios communautaires au Sénégal – il y en a une centaine – les jeunes ont chez nous beaucoup de temps d’antenne. Ils ont la chance de pouvoir dire ce qu’ils vivent, de pouvoir dire ce qu’ils veulent. Il faut parler au peuple avec ses propres mots. Nous devons parler aux peuples dans les langues qu'ils comprennent, avec les mots qu’ils maîtrisent, pour se faire comprendre mais aussi pour qu'ils puissent extérioriser ce qu’ils ont en eux.


Par Sandrine Blanchard, extrait du magazine Droits et Libertés de la Deutsche Welle

 

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