Port de Banjul / Crédit : picture-alliance/AP Photo/J. Delay
Port de Banjul / Crédit : picture-alliance/AP Photo/J. Delay

L’élection d’Adama Barrow à la présidence du pays il y a six mois n’a pas encore changé la donne : les Gambiens sont toujours nombreux à partir. Pour Richard Danziger, le chef pour l’Afrique de l’ouest de l’Organisation internationale pour la migration (OIM), il faut rapidement offrir de nouvelles perspectives aux jeunes.

Infomigrants : La Gambie ne compte que deux millions d’habitants. Pourtant, nombre d’entre eux décident de partir. Plus de 12 000 personnes ont tenté de rejoindre l’Europe l’année dernière.  Début 2017, le changement de pouvoir et l’arrivée d’un nouveau gouvernement ont suscité beaucoup d’espoir. Qu’avez-vous observé depuis sur le plan migratoire ?
Richard Danziger : Il faut toujours du temps avant de pouvoir constater de nouvelles tendances. C’est difficile d’estimer un changement après un événement. Ce que j’entends de façon anecdotique est que moins de gens partent. Le nouveau gouvernement suscite beaucoup de nouveaux espoirs, donc j’imagine que cela pourra attirer plus de gens à rester pour voir quelles nouvelles opportunités vont se présenter ici. Mais si ces gens ne voient pas des créations d’emploi d’ici quelques semaines ou quelques mois, on pourrait bien revenir aux chiffres de l’ancien régime. Ce sont des suppositions, mais elles sont basées sur ce que les jeunes Gambiens me disent.

Infomigrants : Les attentes des jeunes Gambiens sont énormes. Constatez-vous que les autorités gambiennes encouragent les gens à rester ou à revenir ?
Richard Danziger : Oui, j’ai rencontré de nombreux ministres et ils sont inquiets du nombre de jeunes qui partent, non pas uniquement à cause de la perte en capital humain, mais aussi à cause de la perte en vies humaines. Il y a beaucoup de réflexion sur ce qui pourrait retenir les Gambiens. Certes, il faut créer davantage d’emplois. Mais il faut aussi se demander quels sont les facteurs sociaux, comme les pressions familiales, qui poussent les Gambiens à partir. Nous avons discuté avec un ministre de la possibilité de lancer une large consultation nationale, mais nous devons demander aux jeunes eux-mêmes ce qui le pousse à partir et ce qui pourrait les retenir au-delà des opportunités d’emploi.

Quelqu’un m’a par exemple parlé d’un aspect qu’il faudrait analyser de plus près : le fait que le tourisme joue a un poids aussi important dans l’économie est peut-être un facteur qui incite à la migration. Les Gambiens sont en contact avec les Européens et voient comment ils vivent, au-delà de ce qu’ils peuvent constater sur les réseaux sociaux. C’est peut-être un facteur qui les incite à partir. Il y a sept fois plus de Gambiens qui quittent leur pays comparé aux autres nationalités ouest-africaines. C’est beaucoup.

Infomigrants : Que fait l’OIM en matière de travail avec les migrants, les retournés et les migrants potentiels ?
Richard Danziger : Nous assurons une assistance aux Gambiens qui reviennent, surtout pour ceux qui rentrent de Libye. Cette année nous avons rapatrié 700 Gambiens qui se trouvaient en détention en Libye et avons tenté de faire de notre mieux pour les aider à se bâtir une nouvelle vie ici. Nous allons commencer à aller vers les familles et les communautés pour expliquer ce qu’attend les jeunes Gambiens lorsqu’ils empruntent le chemins vers la Libye et le Nord. Nous nous appuierons sur des retournés pour qu’ils racontent leurs expériences. Nous voulons nous assurer que d’autres ne suivront pas la même voie, pour se retrouver en difficulté dans le désert, en Libye ou en Méditerranée etc.

Infomigrants : Quelles ont été les motivations de ceux qui sont revenus de Libye ? Est-ce à cause des mauvaises conditions en Libye ou par espoir de nouvelles opportunités en Gambie?
Richard Danziger : Il est évident que beaucoup de ces personnes étaient simplement désespérés. Je ne pense pas que le gouvernement libyen ait quoi que ce soit à voir avec ça. En revenant ici, ils ont évidemment beaucoup plus de chances de mener une vie décente. On remarque une différence dans l’ambiance générale du pays comparé à il y a encore six mois, mais il faut s’assurer que ces personnes aient une raison de vivre. La dernière chose que l’on veut est qu’ils replongent dans le désespoir et retentent leur chance ailleurs. Je ne devrais en pas dire « ailleurs », puisque l’on peut se déplacer librement dans la région de la CEDEAO. Il n’y a aucun problème à voir un Gambien tenter sa chance en essayant de trouver du travail au Nigéria ou au Sénégal. En revanche, nous voulons éviter que les gens migrent ou migrent à nouveau en prenant les routes dangereuses à travers le Sahel et le Sahara.


Interview : Adrian Kriesch / Adaptation : Marco Wolter

 

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