Le Dr Marsou, médecin marocaine consacre ses journées à soigner des migrants d'Afrique subsaharienne. DR.
Le Dr Marsou, médecin marocaine consacre ses journées à soigner des migrants d'Afrique subsaharienne. DR.

Les migrants subsahariens l’ont affectueusement surnommée "Mama Hajja". Son vrai nom est Rajaa Marsou, une femme médecin marocaine vice-présidente de l’association "Les mains solidaires" à Tetaouan, dans le nord du Maroc. Dans une vidéo récemment diffusée sur Internet, des migrants lui témoignent leur amour, en reconnaissance à tout ce qu’elle leur a apporté par le biais de l'association dont elle est la vice-présidente.

Elle n’imaginait pas du tout que sa relation avec les réfugiés se transformerait en une véritable "histoire d’amour" relayée par la presse marocaine. Rajaa Marsou, médecin marocain et vice-présidente de l'association "Les mains solidaires" est devenue en quelques mois la star des réfugiés au Maroc. Tout a commencé à la suite de la diffusion d’une vidéo fin février 2017. Des migrants, ayant réussi à passer la barrière séparant le Maroc de l'enclave espagnol de Ceuta, au nord du Maroc, se filment en train d'adresser leurs remerciements les plus vifs à celle qu'ils appellent affectueusement "Mama Hajja" [Mama signifiant maman et Hajja étant en arabe une marque de respect que l'on attribue à une femme plus âgée que soi].

Rajaa, qui a co-fondé l'association en 2014, ne cache pas sa fierté. "Ils sont reconnaissants pour ce qu’on leur apporte. Beaucoup m’appellent une fois en Europe, et me disent qu’ils n’oublieront jamais ce que j’ai fait pour eux", raconte-t-elle à InfoMigrants. 

A l’origine, Rajaa a voulu aider les migrants de la forêt de Belyounech à Tetouan, dans le nord du Maroc, parce qu’ils "ne bénéficient pas du minimum pour vivre. Certains sont malades et ont besoin de médicaments". Malgré les conditions de vie difficile, les migrants choisissent de s’installer dans la forêt pour échapper au contrôle des autorités.

Son empathie pour les migrants rejoint son principe de porter assistance à quiconque en a besoin, "peu importe sa couleur, son ethnie ou sa religion". Alors avec son association "Les mains solidaires", Rajaa se rend régulièrement dans la forêt de Belyounech pour des consultations gratuites et des distributions de nourriture et d'habits.  Les migrants contactent généralement l’association par téléphone. Ils font souvent appel à "Mama Hajja" en cas de blessures, notamment lors des tentatives de traversée de la barrière métallique qui sépare le territoire marocain de Ceuta.



"Les mains solidaires", une association au service des migrants malgré les difficultés

Le quotidien n'est pas toujours facile. Rajaa affirme que travailler en tant que femme-humanitaire n’est pas simple. Il faut se rendre dans la forêt ou dans des lieux éloignés des villes. Il faut surtout se confronter aux autorités qui ne voient pas d'un bon œil l'activité de l'association. Rajaa explique qu'elle a été interdite de consultations dans la forêt : "Nous avions posé la tente et commencé les consultations quand les policiers sont arrivées. Ils nous ont empêchés de poursuivre notre activité. J’en ai pleuré", raconte-t-elle avec émotion. L'activité de l’association est pourtant légale, et "Les mains solidaires" travaille même sur un projet commun avec l’Union européenne. 

Malgré les restrictions et les menaces proférées par certains responsables locaux, aucun membre de l’association "Les mains solidaires" n’a jamais été arrêté. Mais la crainte est bien présente. "Chaque fois que l’on se dirige vers la forêt, on prie intérieurement pour que tout se passe bien", confie Rajaa.

Mama Hajja soigne une petite fille migrante.

Déterminée à continuer le travail humanitaire auprès des migrants 

Rajaa Marsou ne comprend pas la volonté des autorités de vouloir empêcher les migrants de se faire soigner : "En les soignant, nous protégeons aussi les Marocains", dit-elle en faisant référence à la présence de maladies contagieuses. 

Dans son entourage, on essaye souvent de la mettre en garde. Mais la jeune médecin reste déterminée : "Tant que je peux encore donner quelque chose pour ces gens, je continuerai, je ne penserai pas à m’arrêter", insiste-t-elle.

Rajaa, mère de deux enfants, ne semble pas trouver de difficulté à jongler entre sa vie de famille, son travail et son engagement bénévole. "Mon mari me soutient, ainsi que mes parents",explique-t-elle. Ses deux filles ne semblent pas non plus y voir d'inconvénients. Pour ces dernières qui se rendent régulièrement au siège de l'association, chaque migrant croisé est un "ami de maman".


 

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