L'association Saloum Rapatak organise des forums pour alerter sur les dangers de l'exil. Crédit : Saloum Rapatak
L'association Saloum Rapatak organise des forums pour alerter sur les dangers de l'exil. Crédit : Saloum Rapatak

Lutter contre la désinformation et sensibiliser aux risques de l’exil : tel est l’objectif de l’association Saloum Rapatak qui œuvre depuis plus de sept ans dans la région de Kaolack, au Sénégal.

L’association Saloum Rapatak, basée à Kaolack, une ville à 189 km de la capitale Dakar, sensibilise depuis plus de sept ans les Sénégalais aux dangers de l’immigration clandestine. Jimane – de son vrai nom Ousmane Thioune – en est le Président. Également animateur dans une radio locale, Dunya Kaolack, il raconte à InfoMigrants le travail de son association.

  • Quel est le rôle de l’association Saloum Rapatak ?

Notre objectif est que les Sénégalais restent et investissent dans le pays. Les jeunes sont l’avenir de demain. S’ils s’en vont, qui va gérer le Sénégal dans quelques années ? Qui va s’occuper des champs ? Le Sénégal n’est pas un pays pauvre : on peut travailler la terre ou l’élevage. Nous sommes dans un pays stable, pas en guerre : il faut croire en soi et investir ici !

À travers des concerts, des émissions de radios et des forums, nous sensibilisons les jeunes aux risques de l’immigration. On va à la rencontre des habitants des villages de notre région. Ce sont les moins bien informés, c’est important qu’ils connaissent la réalité de l’exil et qu’ils sachent qu’un avenir est possible au Sénégal. On fait aussi témoigner des immigrés ou des rescapés qui sont finalement revenus au pays après avoir connu l’enfer. Certains par exemple font la route jusqu’au Mali et reviennent chez eux, ayant pris conscience du danger.

Lutter contre la désinformation et sensibiliser aux risques de l’exil : tel est l’objectif de l’association Saloum Rapatak. Crédit : Saloum Rapatak

  • Pourquoi un tel besoin de sensibilisation ?

Ici, des jeunes partent toutes les semaines dans l’espoir d’atteindre l’Europe. Mais ils ne savent pas ce qui les attend sur la route. Les passeurs organisent les départs dans l’ombre depuis Kaolack en mentant aux candidats à l’exil : ils leurs disent que tout va bien se passer, que c’est sécurisé or ce n’est pas la réalité.

Les trafiquants emmènent les migrants par bus vers le Mali puis un autre direction le Niger. De là, il faut traverser le désert dans des conditions souvent catastrophiques. Arrivés en Libye, les migrants sont confiés à un autre homme. Dans ce pays en guerre, les armes circulent. C’est très dangereux. Et les personnes originaires d’Afrique subsaharienne sont fréquemment maltraitées en Libye. Un jeune me racontait la dernière fois qu’il avait été attaqué en pleine rue et mis en prison par des milices. Une fois enfermé, ils l’ont torturé et demandé à sa famille d’envoyer de l’argent en échange de sa libération. Il faut que les gens sachent comment ça se passe là-bas, il ne faut pas écouter ce que racontent les passeurs.

Un autre problème vient des Sénégalais eux-mêmes qui ont immigré. Ces derniers ne racontent pas les difficultés qu’ils connaissent mais ils glorifient la situation.

On se bat donc contre toutes formes de désinformation.

>> À lire sur InfoMigrants : Sénégal : "Aujourd'hui, la femme prend aussi la route du départ" 

  • Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure ?

Il y a une dizaine d’années, j’ai appris que des amis étaient partis du marché central de Kaolack en bus, direction l’Europe. Ils vivaient bien au Sénégal, ils avaient une bonne situation. Je me suis dit : ‘ces gens sont fous’. Pourquoi tout quitter du jour au lendemain ? Depuis, je n’ai jamais eu de leur nouvelles. Je pense qu’ils sont morts. Je trouve ça trop grave !

 

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