Des réfugiés syriens traversent le fleuve Evros pour aller de Grèce en Turquie.
Des réfugiés syriens traversent le fleuve Evros pour aller de Grèce en Turquie.

Traversant le fleuve Evros qui sépare la Grèce de la Turquie, des dizaines de réfugiés syriens reviennent de manière clandestine sur le sol turc. Ceux qui font ce voyage retour sont autant victimes des passeurs qui organisent ces périples, que les réfugiés qui souhaitent partir en Europe.

Depuis janvier 2016, le ministère des affaires étrangères turc impose un visa aux Syriens. Mais l’obtention de ce document est tellement difficile que certaines réfugiés optent pour des traversées dangereuses afin de pénétrer clandestinement sur le territoire turc.

L’une des raisons principales qui motivent un éventuel retour en Turquie est la situation des réfugiés restés coincés sur les îles grecques suite à l'accord turco-européen  de 2016, et la fermeture de la route vers les Balkans. L’autre raison concerne les problèmes que ces réfugiés rencontrent une fois arrivés en Europe, notamment en ce qui concerne les procédures de regroupement familial ou encore des difficultés à s’intégrer.

 

Samar (pseudonyme) fait partie de ces réfugiés syriens qui ont choisi de rentrer définitivement en Turquie :

« Cela fait un an et demi que je suis en Allemagne et je n’ai toujours pas réussi à avoir une carte de résidence. Ma famille est en Turquie et je n’en peux plus d’attendre ! Or, sans papiers, je ne peux ni trouver du travail, ni lancer la procédure de regroupement familial. »

 

De son côté, Guevara a rencontré quelques difficultés à s’intégrer en Angleterre :

« J’ai décidé de rentrer en Turquie après plus d’un an passé en Angleterre. La vie sociale à Londres ne me correspondait pas et je ne me suis pas senti capable de m’intégrer. C’est pour ça que je suis rentré en Turquie, auprès de ma femme et de mon fils. »

 

Pour organiser ces voyages « retour », les passeurs utilisent des groupes de conversation sur l’application Whatsapp auxquels se joignent les candidats au retour clandestin en Turquie. C’est là qu’ils fournissent les détails de la traversée.

 whatsapp

Capture d’écran d’une conversation Whatsapp entre réfugiés et passeurs.

 

Pour convaincre les réfugiés qui souhaitent rentrer en Turquie, les passeurs utilisent les mêmes arguments que pour ceux qui veulent tenter la route vers l'Europe. Ainsi, un des passeurs a envoyé cette vidéo promotionnelle où l’on voit plusieurs personnes traverser le fleuve Evros à bord d’un canot pneumatique.

On y comprend que les réfugiés arrivent depuis les différentes villes européennes à l’aéroport de Thessalonique en Grèce, et ce soit grâce à de faux-papiers, soit en empruntant les routes terrestres. Ils se dirigent ensuite par bus vers les villes de Lavara ou Didymotique ou d’autres situées non loin de la Turquie. Enfin, ils traversent pendant de longues heures des forêts à pieds, jusqu’à arriver au point de rencontre où les passeurs viennent les chercher pour les emmener en Turquie.  

Toujours selon l’un des passeurs, les réfugiés seront accueillis, à leur arrivée en Turquie, par un autre groupe de passeurs.

 

Abbas est un réfugié syrien arrivé en Allemagne en 2015, et il a décidé de retourner temporairement en Turquie afin de rendre visite à sa famille :

 

« J’ai été obligé de faire ce voyage clandestinement, car l’obtention de visa est quasiment impossible pour moi, comme pour la plupart des réfugiés syriens. Avant l’imposition de cette mesure, les choses étaient plus simples. Maintenant, il faut avoir un tuteur turc, un compte en banque et une réservation d’hôtel pour espérer décrocher le sésame.

A peine arrivé à l’aéroport de Thessalonique, nous nous sommes dirigés vers la ville de Soufli, non loin de la frontière turque. Nous avons ensuite traversé la forêt qui longe le fleuve Evros afin d’arriver au point de rencontre avec les passeurs, au bord du fleuve.

Ce trajet a été long et très fatigant. J’étais en compagnie d’un autre jeune homme et d’une famille avec un enfant de 9 ans. Nous avons marché pendant 13 heures. Une fois arrivés au lieu de rendez-vous, nous avons embarqué à bord d’un canot pneumatique qui n’est pas supposé contenir plus de dix personnes.

Nous avions convenu avec l’un des passeurs de payer 150 euros par personne. Mais après quelques minutes de navigation, il nous a débarqués sur les rives d’une île au milieu du fleuve en prétendant que nous étions arrivés en Turquie. Puis, il a exigé de nous 150 euros supplémentaires pour nous emmener jusqu’aux côtes turques. Si on ne les lui donnait pas, il menaçait de nous dévaliser ! Nous nous sommes disputés et finalement on s’est mis d’accord sur le fait que je lui payerai le reste de la somme une fois arrivé en Turquie.

Quelques minutes plus tard, nous sommes réellement arrivés en Turquie. Un des passeurs m’a accompagné jusqu’à Istanbul tandis que les autres voyageurs ont pris le bus vers la ville la plus proche. »

 

Selon les accords de Genève, toute personne ayant obtenu le statut de réfugié a le droit de demander le regroupement familial. Mais la procédure se transforme en un long chemin de croix dans les pays européens, et elle peut durer jusqu’à deux ans, poussant ainsi certains réfugiés à rentrer définitivement en Turquie.

Par ailleurs, beaucoup de nouveaux arrivants bénéficient du droit à la « protection temporaire », ce qui ne les autorise plus à faire une demande de regroupement familial, et ce depuis l’endurcissement de la loi sur les réfugiés en 2016, et ce jusqu’à mars 2018. En Allemagne par exemple, et selon le journal Die Deutsche Zeitung, 60% des réfugiés syriens ont obtenu ce type de protection.

En Autriche, un réfugié doit faire une demande de regroupement familial dans les trois mois qui suivent l’obtention du titre de réfugié. Si le délai est dépassé, il lui faut alors justifier d’un travail et d’un salaire régulier qui suffit à la prise en charge les personnes qu’il souhaite accueillir, en plus d’un logement décent et d’une couverture santé pour l’ensemble de la famille.

 

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