RFI/Fabien Leboucq
RFI/Fabien Leboucq

Le monde compte plus de 20 millions de réfugiés, et le 20 juin leur est dédié. En France, pour obtenir ce statut particulier, les personnes doivent se présenter à l’OFPRA, l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides. Cette administration qui dépend du ministère de l’Intérieur français a reçu plus de 85 000 demandes de protection en 2016. Environ une sur trois est acceptée. Dans ses locaux, les entretiens se succèdent.

« Bonjour Monsieur, bienvenue à l’OFPRA, je suis l’agent en charge de votre demande d’asile en France, et voici votre interprète en langue arabe. » Avec des mots choisis et espacés, pour permettre que la traduction se fasse en direct, une fonctionnaire accueille Kariem*, un Soudanais. Il parle peu, mais finit par raconter comment et pourquoi il a fui son pays. Objectif : savoir s’il peut prétendre au statut de réfugié – un statut encadré par le droit international, et qui nécessite une évaluation individualisée de la situation du demandeur.

RFI/Fabien Leboucq | Un Soudanais demandeur d'asile est reçu par une fonctionnaire de l'OFPRA, à Fontenay-sous-Bois, le 19 juin 2017. 85 000 personnes effectuent cette démarche chaque année.
RFI/Fabien Leboucq | Un Soudanais demandeur d'asile est reçu par une fonctionnaire de l'OFPRA, à Fontenay-sous-Bois, le 19 juin 2017. 85 000 personnes effectuent cette démarche chaque année.

Des entretiens de ce type, il y en a des dizaines tous les jours à l’Office de protection des réfugiés et des apatrides. « Il y a deux sortes de public, explique le directeur général de l’administration, Pascal Brice : ceux qui viennent pour demander le statut de réfugié, et ceux qui l’ont déjà obtenu, qui viennent pour obtenir des documents, tout ce qui a trait à l’état civil. On est un peu comme une mairie pour eux. »

Dès 9 heures du matin, une petite dizaine d’étrangers attend devant l’entrée du bâtiment, coincés entre les sièges de grandes entreprises et le RER, à Fontenay-sous-Bois, à l’est de Paris. Certains ont rendez-vous pour un entretien, d’autres viennent juste effectuer des démarches administratives. Pour les recevoir, l’OFPRA emploie 700 agents : « Deux fois plus qu’il y a quatre ans », se félicite son directeur général. Certains sont envoyés en mission ou détachés au Moyen-Orient, ou en Italie, mais la plupart travaillent dans cet immeuble froid de la banlieue parisienne. A eux s’ajoutent les interprètes, qui sont employés auprès d’entreprises spécialisées. « On en voit défiler une quarantaine chaque jour », confie un fonctionnaire.

Un contact « régulier » et « transparent » avec les associations

Le rythme s’accélère depuis plusieurs années. En quatre ans, le nombre de nouvelles personnes protégées par l’OFPRA, c’est-à-dire qui ont accédé au statut de réfugié ou d’apatride, a plus que doublé. Il dépassait les 36 000 en 2016, un record. Cette année, l’objectif est sensiblement identique, même si, à l’instar d’autres pays européens, la France reste loin de tenir ses engagements en matière de répartition des réfugiés arrivés en Grèce et Italie.

Un tiers de celles et ceux qui se présentent auprès de l’OFPRA pour accéder au statut de réfugié ou d’apatride ont gain de cause. La procédure prenait 9 mois en moyenne il y a deux ans, 5 aujourd’hui. Parmi ceux qui n’obtiennent pas dans un premier temps la protection de l’Etat français, presque tous se tournent vers la Cours nationale du droit d’asile (CNDA).

RFI/Fabien Leboucq | Pascal Brice, ici dans son bureau de Fontenay-sous-Bois le 19 juin 2017, est directeur général de l'OFPRA depuis 2012.
RFI/Fabien Leboucq | Pascal Brice, ici dans son bureau de Fontenay-sous-Bois le 19 juin 2017, est directeur général de l'OFPRA depuis 2012.

« Notre objectif est de donner le moins de travail possible à la CNDA, explique Pascal Brice. Nous sommes très attentifs à la jurisprudence du juge de manière à l’intégrer dans nos décisions. » Un quart des réfugiés et des apatrides obtiennent la protection grâce à cette juridiction administrative spécialisée, qui dépend du Conseil d’Etat.

Mais les interlocuteurs privilégiés de l’OFPRA restent les associations, souvent en première ligne aux niveaux local et international dans la défense des réfugiés. Qu’elles soient spécialisées dans le droit des minorités, comme les homosexuels par exemple, ou centrées sur un pays en particulier, « l’idée est d’établir un contact régulier, confiant, transparent de travail avec elles, affirme le directeur général de l’administration. Le tout dans le respect strict des compétences de chacun. »

« On les prépare à l’entretien »

Dans le hall, au milieu du va-et-vient incessant des demandeurs, des fonctionnaires et des interprètes, Marie-Noëlle Vallet attend Akram*. Elle n’a pas été autorisée à l’accompagner lors de son entretien, mais vient pour la sixième fois à l’OFPRA. Comme plusieurs autres membres du collectif d’aide aux réfugiés de Serquigny, en Normandie (nord-ouest), elle accompagne ces Afghans qui ont atterri dans le Centre d’accueil et d’orientation de son village après le démantèlement par les autorités de la « jungle » de Calais.

« Je suis venue avec Akram parce qu’il n’avait jamais mis les pieds à Paris, et qu’il ne parle pas bien français. Il était très stressé, je préférais être là pour l’aider à la gare, avec le RER », raconte Marie-Noëlle Vallet. Serquigny et ses 2 000 âmes ont accueilli il y a plusieurs mois une trentaine de jeunes hommes qui fuyaient les talibans. « La semaine prochaine, on aura fini de tous les emmener ici. Dix ont déjà été régularisés, se félicite la femme, également membre d’Amnesty International. Les autres sont en attente. Mais maintenant des migrants d’autres pays viennent nous trouver : Libye, Irak…»

Le collectif, qui devrait bientôt devenir une association pour faciliter les procédures, les emmènera eux aussi à l’OFPRA. « On les prépare à l’entretien, on leur explique qu’ils doivent raconter leur histoire, dire d’où ils viennent… » D’un coup, Marie-Noëlle Vallet s’interrompt. Dehors, elle aperçoit Akram, qui la cherche. Elle se précipite à sa rencontre.

L’Afghan de 21 ans a fui son pays après la mort de son père. Il est arrivé il y a dix-huit mois en France. Dans un anglais sommaire et avec pudeur, il raconte son entretien : « Beaucoup de questions », sourit-il, « mais ils étaient gentils. » Dans quelques mois, il saura s’il peut prétendre au statut de réfugié.

Rapport d'activité 2016 de l'OFPRA
Rapport d'activité 2016 de l'OFPRA

*A la demande des personnes concernées, les prénoms ont été modifiés

Texte initialement publié sur : RFI

 

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