Crédit : DW
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La ville de Mubi au Nigéria est en pleine transformation. Après de années de stabilité, la ville accueille désormais quelque 100.000 déplacés. Tous ont fui Boko Haram.

La ville de Mubi au Nigéria est composée à moitié de chrétiens, à moitié de musulmans. Après de années de stabilité, la ville accueille désormais quelque 100.000 déplacés. Tous ont fui Boko Haram. Géographiquement, Mubi occupe une place de choix. La ville se trouve prés de la rivière Yedseram et à une dizaine de kilomètres de la frontière nord du Cameroun. C’est un lieu qui déborde d’énergie et d’activités. Mubi, vieux carrefour marchand, fait partie des trois villes qui connaissent la plus forte croissance économique au Nigéria.

Mubi est connue pour être un carrefour commercial dans la région

Mais la vie a Mubi changé. Les habitants se souviennent du mois d’octobre 2014, lorsque des combattants de Boko Haram ont occupé la ville pendant 40 jours, avant que l’armée nigériane ne les chasse et reprenne le contrôle. La présence du groupe extrémiste armé a lourdement bouleversé la région. Quelque 100.000 personnes ont été forcées de prendre la fuite, notamment la population de Borno, plus au nord. Ces déplacés et ont trouvé refuge ici, à Mubi. De 200.000, la ville est passée à 300000 habitants.

Trouver un travail

Sur la route à la frontière camerounaise, les moteurs des camions surchargés bourdonnent. De petites échoppes ont ouvert le long du chemin. Ibrahim Algoni, 23 ans, est originaire de Banki, à 200 kilomètres au nord de Mubi. Quand Boko Haram a occupé la ville il y a trois ans, il a pris la fuite en courant et traversé la frontière vers le Cameroun. Puis, après deux ans passés dans un camp de déplacés, Ibrahim décide de rejoindre Mubi, dans l’espoir de trouver du travail. Pendant les six premiers mois, il va déplacer des réservoirs d’eau et charger des camions pour gagner de l’argent, tout en travaillant en tant que tailleur. A ce moment, Ibrahim n’a d’autre choix que de dormir dans la rue. Les policiers l’arrêtent pas moins de cinq fois, le suspectant d’être un combattant de Boko Haram. Mais le travail à Mubi lui permettra de soutenir sa famille qui vit dans un camp de déplacés internes à Maiduguri. "Si vous savez faire quelque chose, un métier, alors vous pouvez trouver un travail ", raconte Ibrahim.

Reconstruire sa vie

Un peu plus loin le long de la route qui mène vers le Cameroun, se trouve une ancienne fabrique de briques transformée en camp de transit. Les hommes dorment dans le hall de production, alors que les femmes et les enfants sont abrités dans des baraques en plastique.

Ibrahim Algoni enchaîne les petits boulots pour aider sa famille

Le camp aurait dû fermer il y a longtemps déjà. Mais actuellement, quelque 80.000 personnes qui avaient trouvé refuge au Cameroun sont rapatriées via ce centre de transit. La plupart des déplacés enregistrés ont trouvé du travail à Mubi. Ils vivent avec des proches ou des familles qui ont accepté d’ouvrir leurs portes pour les accueillir. Dans les villages autour de Mubi, des terres appartenant aux chefs ont été données aux déplacés pour qu’ils puissent commencer à se construire une nouvelle vie. Parmi les donateurs de terres se trouvent également beaucoup d’hommes d’affaires.

" Si la situation sécuritaire le permettait, toutes les personnes ici voudraient immédiatement retourner dans leurs villages d’origine ", explique Safratu Ayuba, porte-parole du camp de transit. Celui-ci est protégé et géré par l’armée nigériane. Mohamed Buba Hakim est revenu il y a quelques jours du Cameroun avec 130 autres déplacés. "Tout le monde veut revenir", affirme ce fonctionnaire de 36 ans. Les militaires avaient promis de sécuriser les routes après la fin du Ramadan.

Croissance effrénée

Dans le centre-ville de Mubi, au premier étage d’un bâtiment commercial, se trouve les bureaux de la chambre de commerce locale. Son responsable, Abdulkadir Musa, explique que le commerce est en plein essor. 

"Les affaires vont mieux qu’avant l’occupation par Boko Haram, chacun y met du sien". 

Mubi croît à un rythme effréné depuis que des hommes d’affaires des districts de Gwoza, Bama et Maidagali ont débarqués ici pour échapper au manque de sécurité dans zones plus au nord. Beaucoup de routes dans le Nord sont inutilisables car trop dangereuses. En revanche, Mubi dispose d’une route sûre vers le Cameroun et vers le sud. D’après Abdulkadir Musa, même les milliers de personnes qui ont fui Boko Haram et qui arrivent actuellement seront intégrées sans problèmes.

Les ravages causées par Boko Haram ont laissé des traces dans les esprits des habitants

Méfiance

Reste que la méfiance est toujours de mise. Les habitants craignent que des éléments de Boko Haram ne se trouvent parmi les nouveaux venus, déguisés en déplacé. " Chaque nouvel arrivant est scruté de près", raconte Abdulkadir Musa. 

" S’il vient en paix, il sera le bienvenu. Mais si l’on remarque quoi que ce soit d’étrange, nous lui poserons des questions, et si nécessaire, ferons intervenir les militaires". 

Mubi est connu pour être une ville de paix. Le pasteur Dean Harris vit derrière une prison, bombardée à l’époque par Boko Haram. Aujourd’hui, tout a été refait. "Nous avons célébré la fin du Ramadan, nous avons célébré Noel, et même à minuit nous avons reçu des gens de toutes les religions", affirme le pasteur. Depuis un an et demi, le pasteur tient avec le conseil interreligieux de la ville des réunions quasiment toutes les semaines pour rétablir la confiance entre les habitants. " Nous savons que les gens sont sérieusement traumatisés, dont nous avons lancé de nombreuses initiatives pour les guérir".


Texte original par Andrea Stäritz / Traduction : Marco Wolter


 

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