Le Parlement des réfugiés réuni à Berne, en Suisse, en mai 2022. Crédit : HCR/Ariadne Kypriadi
Le Parlement des réfugiés réuni à Berne, en Suisse, en mai 2022. Crédit : HCR/Ariadne Kypriadi

Le canton de Berne a accueilli au mois de mai, et pour la seconde fois, une initiative politique inédite : le Parlement des réfugiés. Chaque année, l'idée est de réunir des dizaines de réfugiés de diverses nationalités, installés dans toute la Suisse, afin d'émettre des recommandations en matière d'insertion et de droit d'asile. La règle d'or : les personnes concernées savent, mieux que personne, ce dont elles auraient besoin pour exercer pleinement leur citoyenneté en Suisse.

Quatre-vingt-dix réfugiés, représentant 10 nationalités et venus des quatre coins de la Suisse, se sont rassemblés le 8 mai dans l'hôtel de ville de Berne, en Suisse, qui concentre les instances de pouvoir de cette région. Ensemble, ils forment le Parlement des réfugiés, réuni pour la seconde fois de son histoire.

La branche suisse de l'ONG internationale NCBI (National Coalition Building Institute), via son projet "Nos Voix", est à l'origine de l'initiative. Les réfugiés "sont des experts de leur propre intégration. Ils savent ce dont ils ont besoin pour avoir des perspectives d’avenir meilleures", soutient Andi Geu, co-responsable du NCBI, auprès du média suisse Lucify.ch.

Comme dans un "parlement ordinaire, les participants sont divisés en groupes de travail et préparent des propositions, qui sont ensuite présentées et votées en séance plénière", explique le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), qui soutient l'initiative aux côtés de nombreuses autres ONG. En amont de la séance plénière ouverte le 8 mai, plusieurs réunions en ligne d'une dizaine de commissions thématiques ont ainsi eu lieu, pour affiner les propositions.

À titre d'exemple, "la prise en charge des réfugiés handicapés par les assurances", ou encore "l’accès aux services de santé mentale pendant la procédure d’asile" ont pu être discutés en séance plénière, relate le HCR. Le président a appelé les personnes réunies à voter pour ou contre chaque recommandation, en utilisant un carton vert ou rouge.

"Jusqu'à présent, les gens ont toujours parlé de nous, et pas avec nous"

Dix recommandations principales ont été adoptées à la majorité à l'issue de cette session 2022. Parmi celles-ci, l'extension du statut S à tous les réfugiés fuyant des régions en guerre. Ce statut, actuellement uniquement octroyé aux Ukrainiens, permet un droit au séjour d'un an maximum, renouvelable, sans passer par la procédure ordinaire de demande d'asile.

Les recommandations retenues ont été transmises aux parlementaires suisses. Plusieurs élus étaient aussi présents lors de la session plénière. Entre autres : l'écologiste Liza Mazzone, membre du Conseil des États (la chambre haute, représentant les cantons suisses), ou encore le socialiste Mustafa Atici, député du canton de Bâle-Ville au Conseil national (la chambre basse, représentant la population suisse).

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"Jusqu’à présent, les gens ont toujours parlé de nous, et pas avec nous", expose Nahid Haidari, une Afghane de 25 ans installée en Suisse depuis 2011, citée par le HCR. "Nos voix sont absentes du débat, car la participation politique, y compris à travers les élections, est liée à des obligations légales comme la naturalisation", ajoute celle qui est également co-fondatrice du Parlement des réfugiés.

"Tant que je suis en Suisse, je veux prendre part aux décisions concernant mon avenir et celui de mes enfants", abonde Slahadin Romodan, un Érythréen de 34 ans, installé avec sa femme et ses enfants dans le pays depuis 2016.

En 2021, l'éducation et le droit au séjour au cœur des discussions

Le premier rassemblement du Parlement des réfugiés avait eu lieu en juin 2021, toujours à Berne. Près de 75 réfugiés s'étaient consacrés à trois thèmes principaux préalablement discutés : les demandeurs d'asile déboutés, l'éducation, et l'admission provisoire au séjour via le permis F suisse. Début 2022, une audition publique avait permis de présenter les recommandations votées au grand public, ainsi qu'à des responsables politiques, de l'administration et de la société civile.

Souvent, le public "est surpris de constater que ces personnes sont si constructives pour dire ce dont elles ont besoin, et à quel point leurs recommandations sont utiles", observe Andi Geu dans son interview par Lucify.ch.

À l'avenir, les organisateurs aimeraient déployer des Parlements des réfugiés dans chaque canton suisse. Dans cet État fédéral, en effet, les décisions politiques en matière d'accueil et d'insertion sociale sont en partie décentralisées.

 

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