De plus en plus de personnes tentent d'atteindre l'Espagne par bateau depuis le Maroc et l'Algérie. Crédit : Reuters
De plus en plus de personnes tentent d'atteindre l'Espagne par bateau depuis le Maroc et l'Algérie. Crédit : Reuters

De plus en plus de personnes traversent la Méditerranée depuis le Maroc ou l’Algérie pour se rendre en Espagne. Les arrivées ont plus que doublé cette année, en raison notamment de la situation dramatique en Libye.

Le chaos en Libye a forcé les migrants désireux de se rendre en Europe à changer leur itinéraire. De plus en plus de personnes originaires de Guinée, Côte d’Ivoire, Cameroun, Burkina Faso et Gambie pour la plupart, tentent désormais de traverser la Méditerranée depuis le Maroc ou l’Algérie vers le sud de l’Espagne.

La route était connue mais peu empruntée. Elle est désormais réactivée. "Nous sommes inquiets car nous observons des chiffres que l’on n’enregistrait pas depuis des années. Et c’est une zone dangereuse, où les courants sont très forts", témoigne à l’AFP Mikel Araguas, porte-parole de SOS Racisme en Espagne.

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Depuis mercredi 5 juillet, pas moins de huit embarcations transportant 380 personnes ont en effet été secourues au large de l’Andalousie en mer d’Alboran, en Méditerranée. En début de semaine dernière, c’est un canot pneumatique avec 52 migrants à bord qui a été renversé par une vague. Seules trois personnes ont été retrouvées. "La pire tragédie de la dernière décennie en Méditerranée espagnole", selon le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR).

En tout, entre janvier et la fin du mois de juin, plus de 6 400 personnes ont été secourues en mer entre le Maroc, l’Algérie et l’Espagne, selon l’Organisation internationale des migrations (OIM). C’est déjà presque autant que pour l’ensemble de l’année 2016 où 8 100 migrants avaient été secourus.

900 euros le passage

D’année en année, les routes migratoires se modifient : après la quasi-fermeture en mars 2016 de la "route des Balkans", les migrants sont passés par la Libye et l’Italie. Mais les récits dramatiques provenant de Libye se sont multipliés : torture, viols, rançons, marché aux esclaves… Certains préfèrent donc changer de trajectoire.

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Passer par le Maroc ou l’Algérie est aussi plus court et moins cher, explique Andres Garcia Lorca, le sous-préfet de la province d’Almeria (sud de l’Espagne) : "Les prix ont baissé et varient désormais autour de 900 euros par personne, contre 1 500 à 2 000 euros l’an dernier. Et pour le même prix, ils ont droit à trois tentatives pour rejoindre l’Espagne".

Des Marocains en provenance de la région du Rif secoué par un mouvement populaire se joignent aux flots de migrants subsahariens. "Les migrants venant du Rif ont été nombreux au moins de juin. Il n’y a jamais eu autant de Marocains depuis les années 90", assure Helena Maleno Garzon, de l’association d’aide aux migrants Caminando Fronteras.

Le nombre d’arrivées reste toutefois bien inférieur à celui de l’Italie, où près de 85 000 personnes sont arrivées depuis le début de l’année. Mais l’Espagne se rapproche de la Grèce où l’OIM a recensé plus de 9 000 migrants sur les quelque 101 000 au total en Méditerranée depuis janvier. 

 

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