Une opération de secours d'une embarcation de migrants dans la Manche, en avril 2022. Image d'illustration. Crédit : Twiter @Premar
Une opération de secours d'une embarcation de migrants dans la Manche, en avril 2022. Image d'illustration. Crédit : Twiter @Premar

Au premier trimestre 2022, les tentatives de traversées du détroit franco-britannique ont augmenté de 68% par rapport à la même période, en 2021. Des chiffres qui illustrent l'échec de la politique menée à la frontière par Londres et Paris.

Les tentatives de traversées clandestines de la Manche par des migrants voulant rejoindre l'Angleterre ont explosé au premier semestre 2022. Entre le 1er janvier et le 13 juin 2022, "777 événements de traversées et tentatives de traversées en 'small boats' impliquant 20 132 candidats (+68% par rapport à la même période en 2021) ont été recensés", selon le ministère français de l'Intérieur.

En 2021, ces tentatives de traversées généralement par bateaux pneumatiques au départ du littoral nord entre Calais et Dunkerque avaient atteint un "record", avec 52 000 personnes l'ayant tentée et 28 000 migrants l'ayant réussie, selon les données de la Place Beauvau communiquées en janvier.

"Il est à noter que le taux de mises en échec est en hausse constante avec 61,39% des traversées maritimes empêchées par les forces de sécurité intérieure françaises (+4,2 points par rapport au taux de 2021) et 10 090 individus (+65%) interpellés depuis le début de l'année", a également souligné lundi le ministère de l'Intérieur.

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Ces traversées par la mer sont devenues une source régulière de tensions entre Paris et Londres, qui pour empêcher les départs de migrants ont depuis quelques années déployer des moyens conséquents à la frontière. D’abord aux abords de l’Eurotunnel, en y multipliant les effectifs policiers. Ultra surveillé, ce passage est devenu quasiment inaccessible pour les candidats à l’exil, qui se tournent vers la mer. Une voie, elle aussi, de plus en plus militarisée.

Caméras, véhicules, projecteurs

Des caméras, financées par les Britanniques, vont bientôt être installées sur le littoral français qui s’étend sur plus de 130 km du Dunkerquois à la baie de Somme. Équipées de "quatre têtes", ces caméras seront "plus perfectionnées que celles existant sur la commune", a déclaré à l’AFP la maire de Wissant, Laurence Prouvot. Dans cette ville, située à une vingtaine de km de Calais, "14 caméras doivent être installées".

Fin novembre 2021, le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait également annoncé le déploiement d’équipements ultra-modernes pour tenter de faire baisser les chiffres des départs dans la Manche. Au cours de l'année 2022, 100 véhicules, "dotés de moyens de surveillance et de détection perfectionnés" seront livrés par le Royaume-Uni à la France pour sillonner la côte, écrivait le ministère dans un communiqué.

À cela s’ajouteront "300 lampes, 160 projecteurs d’éclairage tactique, des moyens d’interceptions et de communication, mais aussi des effets d’habillement". Par ailleurs, Frontex, l'agence européenne de surveillance des frontières, a déployé fin 2021 un avion pour patrouiller jour et nuit au-dessus de la Manche, et ainsi aider à repérer les canots de fortune qui tentent la traversée.

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Mais tous les moyens déployés, et les nombreuses rencontres entre Paris et Londres dédiées à la lutte contre l’immigration clandestine, ne découragent pas les exilés. Attirés par le Royaume-Uni, et poussés par le "harcèlement policier" dont ils sont victimes dans le nord de la France - d’après les associations sur place - ils sont toujours plus nombreux à prendre la mer dans un petit canot, direction le littoral britannique. Malgré la dangerosité de cette route.

Fin janvier, un jeune migrant soudanais est décédé en tentant de traverser la Manche. En 2021, selon la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord, 30 personnes y ont perdu la vie, et quatre sont toujours portées disparues.

 

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