Des migrants se sont rassemblés, le 27 juin, avec des pancartes devant le centre d'accueil de Melilla pour dénoncer le traitement des exilés par les polices marocaines et espagnoles. Crédit : Reuters
Des migrants se sont rassemblés, le 27 juin, avec des pancartes devant le centre d'accueil de Melilla pour dénoncer le traitement des exilés par les polices marocaines et espagnoles. Crédit : Reuters

Le procès de 36 migrants impliqués dans le drame de Melilla s'est ouvert, lundi, au Maroc. Ces derniers sont accusés d'être "entrés illégalement" au Maroc et de "violences contre les agents de la force publique", le 24 juin. Le même jour, une vingtaine de migrants ont également perdu la vie en forçant la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole. Le procès a été aussitôt reporté, selon les avocats des exilés.

À peine entamé, le procès a été aussitôt reporté. Lundi 4 juillet, 36 migrants impliqués dans le drame de Melilla du 24 juin devaient comparaître devant le tribunal de première instance de Nador, au Maroc, mais l'audience a été aussitôt interrompue. "Nous avons demandé le report pour préparer au mieux le dossier car d'autres avocats se sont joints à la défense", a expliqué à l'AFP l’un des avocats, Khalid Ameza.

Les exilés sont poursuivis pour "entrée illégale sur le sol marocain", "violences contre les agents de la force publique", "attroupement armé" et "refus d'obtempérer". Les migrants sont en outre poursuivis pour "participation à une bande criminelle en vue d'organiser et faciliter l'immigration clandestine à l'étranger".

Le procès d'un deuxième groupe de 29 personnes - dont un mineur - est programmé, lui, le 13 juillet, également devant un tribunal de Nador, selon Me Ameza.

23 morts dans des violences décrites comme inédites

Les 65 inculpés faisaient partie des près de 2 000 migrants en situation irrégulière qui ont tenté de pénétrer par la force le 24 juin dans la cité autonome espagnole de Melilla, située en territoire marocain.

En majorité originaires du Soudan, beaucoup d'entre eux passent par la Libye et l'Algérie - malgré une frontière officiellement fermée avec le Maroc - pour arriver dans le royaume chérifien.

Cette tentative de passage en force a fait 23 morts parmi les exilés, selon les autorités marocaines, "au moins 37", selon des ONG. C'est le bilan le plus meurtrier jamais enregistré lors des nombreuses tentatives de migrants subsahariens de pénétrer à Melilla et dans l'enclave espagnole voisine de Ceuta, qui constituent les seules frontières terrestres de l'Union européenne avec le continent africain.

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Amoncellement de corps inertes gisant au sol, visages de migrants en souffrance, coups de matraque distribués par des forces de l'ordre sur des hommes déjà à terre... Insoutenables, les vidéos du drame témoignent de la violente répression policière envers les exilés. Une violence décrite comme inédite.

"Nous savions qu’un drame se préparait"

Selon des connaisseurs de la zone, plusieurs éléments indiquaient une dégradation de la situation ces derniers mois à la frontière entre le Maroc et l'Espagne et laissaient penser que des violences étaient possibles. "Ce qui est arrivé vendredi [24 juin] était attendu. Nous qui sommes sur place savions bien qu'un drame se préparait", a expliqué Ali Zoubeidi, chercheur spécialiste en migrations.

"Depuis trois semaines, il y a des confrontations au Mont Gourougou [forêt à proximité de Nador, ndlr] entre migrants et autorités. Les policiers cherchaient l'affrontement", relate-t-il.


Des dizaines de blessés près de la frontière avec Melilla, le 24 juin. Capture d'écran images amateur
Des dizaines de blessés près de la frontière avec Melilla, le 24 juin. Capture d'écran images amateur


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Ces heurts sont une conséquence directe du rabibochage diplomatique entre le Maroc et l’Espagne. Finie, semble-t-il, l'époque où le Maroc faisait du chantage de passage aux migrants.

Début avril, les deux pays se sont officiellement réconciliés. Parmi "les questions d'intérêt commun" figure la lutte contre l'immigration illégale. Désormais, pour ne pas déplaire à son nouvel allié espagnol, le Maroc s'est engagé à enrayer les nombreux assauts des migrants à sa frontière avec Melilla et Ceuta.

Indignation de l'ONU

Le drame de Melilla a provoqué l'indignation internationale, avec notamment des propos d'une sévérité rare de la part de l'ONU, ainsi que l'ouverture de deux enquêtes en Espagne et une mission d'information au Maroc.

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"Je veux dire à quel point nous avons été choqués par les images de la violence vue à la frontière entre le Maroc et l'Espagne en Afrique du Nord ce week-end et qui a entraîné la mort de dizaines d'êtres humains, demandeurs d'asile, migrants", a déclaré le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric. "Les personnes qui migrent ont des droits humains et ceux-ci doivent être respectés et nous les voyons trop souvent bafoués".

Le chef de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a lui aussi réclamé une enquête, tout en dénonçant dans un tweet "le traitement violent et dégradant de migrants africains cherchant à traverser une frontière internationale entre le Maroc et l'Espagne".

 

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