Gandhi Adam. Crédit : capture d'écran Youtube
Gandhi Adam. Crédit : capture d'écran Youtube

Après avoir quitté son pays, le Soudan, en 2007, le flûtiste Ghandi Adam écume les trottoirs de France et d'Europe à la rencontre de migrants, de sans-papiers musiciens. Son but : jouer avec eux et pour eux, pour les aider dans leur exil.

A 40 ans, Ghandi Adam vit avec sa flûte traversière à la main. Ce soudanais, qui a fui son pays pour rejoindre la France il y a une dizaine d'années, joue pour apaiser les corps et les esprits. Depuis le début de la crise migratoire, Ghandi Adam s'est donné une mission : aider les sans-papiers, les migrants à travers la musique. A Paris, mais aussi en Europe.

"Je joue pour eux, parce qu'ils passent le plus clair de leur temps à survivre. Et la musique peut les soulager, leur apporter un peu de répit", explique-t-il à InfoMigrants. "Je joue mais j'essaie aussi de repérer les musiciens, ceux qui savent jouer ou chanter", ajoute-t-il d'un air enthousiaste. "Le but c'est de les aider à faire, eux aussi, de la musique".

Le 13 juillet 2017, avec le soutien de l'association Baam (Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants), il a joué au "Bal des migrants", organisé à l'occasion de la fête nationale française dans le 19e arrondissement de Paris (voir photos ci-dessous).

Ghandi Adams (à gauche) au Bal des migrants, à Paris, le 13 juillet. Crédit : Ghandi Adams

Ambiance festive et dansante au Bal des migrants, le 13 juillet, à Paris. Crédit : Ghandi Adams

Ghandi Adam est flûtiste depuis son plus jeune âge. L'apprentissage de l'instrument a commencé à ses quatre ans au Soudan. A 13 ans, il s'envole pour la... Corée du Nord où le gouvernement de Pyonyang - régime ami de Khartoum - l'invite à se produire. Une première expérience insolite qui aura le mérite de lui faire découvrir le plaisir de la scène. Jusqu'en 2014, il se produira plus de 100 fois dans des concerts, "avec le groupe français Tryo", précise-t-il notamment. 


Originaire du Darfour, Ghandi Adam a joué dans de multiples camps de réfugiés de la région soudanaise, dévastée par la guerre, accompagné par les ONG Médecins du Monde (MdM), Unicef, Médecins sans Frontières (MSF)...."C'est comme ça que j'ai rencontré ma femme", glisse-t-il, "elle était Française, et travaillait pour MdM". 

En 2007, il quitte son pays - et le régime autocratique d'Omar el-Béchir - et arrive en France avec son épouse. "J'avais appris le français dans les centres culturels français de Karthoum", explique-t-il. "Je suis arrivé ici, je suis reparti de zéro". Mais avec toujours le même objectif : aider les plus démunis à travers la musique. "L'art rapproche les peuples", explique-t-il. 

Les débuts en France sont compliqués mais le flûtiste soudanais s'accroche à son rêve. Il monte un projet à l'échelle européenne : Music for all International, une plateforme associative qui a pour but de développer des structures de musique en Europe autour de professionnels, pour les "migrants, sans papiers, quel que soit le nom que vous leur donnez". Pour son plaisir - et pour se faire connaître du plus grand nombre - Ghandi Adam joue aussi dans la rue, dans le métro parisien...

En 2016, il se rend à Calais, dans la "jungle", quelques semaines avant son démantèlement par les autorités. "Là-bas, je cherchais à identifier des musiciens." Certains savent jouer de l'accordéon, des percussions, du violon, énumère-t-il. "Je ne les vois pas comme des migrants, mais des professionnels de la musique". Après le Nord, les rencontres avec son public s'enchaînent. "La semaine dernière [début juillet], je suis allé jouer Porte de la Chapelle [à côté du centre humanitaire]", ajoute-t-il. L'idée était toujours la même : donner du plaisir et faire participer les migrants qui survivent là-bas". "Quand personne ne parle ta langue, la musique devient un langage universel", conclut-il. "La musique, ça sert à ouvrir les yeux et les esprits".

Ghandi Adam se produira le 21 juillet, à Boulogne-Billancourt, à l'Eden Café (métro Marcel Sembat)

 

Et aussi