Bismillah et Ali Reza dans le centre d'accueil pour mineurs à Stockholm. Crédit : Leslie Carretero.
Bismillah et Ali Reza dans le centre d'accueil pour mineurs à Stockholm. Crédit : Leslie Carretero.

En 2015, la Suède a vu arriver sur son sol plus de 35 000 mineurs non accompagnés. Le pays tente comme il peut de prendre en charge cette population fragile grâce notamment à plusieurs centres d’accueil spécialisés. Reportage à Stockholm.

"Je me sens en sécurité ici", glisse Bismillah. Ce jeune afghan au visage d’ange est arrivé en Suède en 2015. Aujourd’hui âgé de 16 ans, il est hébergé depuis deux ans à Sollentuna dans la banlieue de la capitale suédoise, Stockholm, au sein d’un des nombreux centres d’accueil pour mineurs isolés que compte ce pays du nord de l’Europe.

Au plus fort de la crise migratoire en 2015, la Suède a dû faire face à l’arrivée massive de plus de 35 000 enfants non accompagnés sur son sol – dix ans plus tôt, ils n’étaient pas plus que 400. L’Etat, rapidement submergé par la demande, a alors délégué une grande partie de la prise en charge des migrants aux municipalités, qui s’appuient sur des compagnies privées ou publiques.

Calme et sérénité

A Sollentuna, le centre ouvert depuis 2014 se situe au 5ème étage d’un bâtiment qui abrite aussi une maison de retraite. Administré par l'entreprise Varljus, le lieu gère 19 enfants, âgés de 14 à 19 ans. La grande majorité est originaire d’Afghanistan comme Bissmillah. "J’ai fui mon pays à cause de la guerre, explique-t-il dans un suédois presque impeccable. Je ne pouvais plus aller à l’école et la vie était trop dangereuse alors je suis parti seul". En Suède, les mineurs isolés sont immédiatement pris en charge par les autorités, conformément à la Convention de Genève. D’abord placés dans des lieux de transit, ils sont ensuite transférés dans ces "maisons", comme les appellent les travailleurs sociaux.

 chambre

Celle de Sollentuna est vaste, mais d’autres sont plus petites et ne comportent que trois ou quatre chambres. Ici, les vingt chambres sont individuelles, spacieuses et possèdent toutes une salle de bain privée. La vue sur la forêt de sapins est à couper le souffle. Les jeunes ont tous choisi leur chambre de ce côté de l’immeuble. "On était étonné car on pensait qu’ils auraient préféré être vers la rue. C’est plus animé", lance Catarina Olsson, une des responsables de Varljus.

Ces enfants qui ont fuient des conditions de vie épouvantables recherchent au contraire le calme et la sérénité. D’ailleurs, le silence est la première chose qui frappe en entrant dans cette "maison". Dans les parties communes, les jeunes discutent entre eux, regardent la télévision ou mangent ensemble, toujours dans une ambiance paisible et discrète. Chacun respecte la tranquillité de l’autre. Pas évident quand on a connu l’enfer de l’exil et qu’on vit avec près d’une vingtaine de personnes qu’on ne connait pas ou peu.

 vue

S’intégrer en Suède

Hors du centre d’accueil, les jeunes peuvent aller et venir comme bon leur semble - le personnel met à leur disposition des billets de bus pour se promener dans Stockholm. Comme dans n’importe quelle vie en communauté, il y a aussi des règles à respecter : interdiction de fumer à l’intérieur de la "maison", ne pas ramener de drogue et d’alcool dans l’enceinte du centre, ne pas rentrer le soir après 22h… Si une seule de ces recommandations n’est pas respectée, la sanction tombe : le jeune est envoyé dans un autre centre. "C’est déjà arrivé qu’il y ait des écarts de conduite", reconnaît Diya, un travailleur social. "La dernière fois, quelqu’un a été mis à la porte car il fumait une cigarette dans la maison".

lieu de vie

Pour éviter ce genre de situation, l’encadrement des enfants est resserré au maximum : un référent encadre deux à trois jeunes. Il les aide et les accompagne dans la vie de tous les jours. "S’ils le souhaitent, on les accompagne pour leur demande d’asile ou à un rendez-vous chez le médecin", précise Diya qui s’occupe entre autre de Bismillah. Une véritable relation de confiance lie l’adulte et l’enfant dont la complicité est flagrante.

Chaque jour, les jeunes vont à l’école du quartier et pratiquent toute sortes d’activités extrascolaires. Bismillah adore jouer au football et fait même partie de l’équipe du coin.

En apparence, l’intégration à la suédoise semble plutôt bien fonctionner. Mais le jeune afghan se montre réservé quant à ses rapport avec la population locale : "J’ai essayé de me faire des amis suédois mais le premier contact était assez froid, s’émeut-il. J’ai donc uniquement des copains comme moi, réfugiés. C’est plus simple avec eux". Bismillah a déposé sa demande d’asile en mars dernier et s’inquiète de la réponse. "Ce que je veux c’est rester en Suède. J’ai peur d’être renvoyé dans mon pays. Tout ce que je veux moi c’est étudier et jouer au football".

 

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