Des migrants travaillant dans les champs de tomates en Calabre. Crédit : Ansa
Des migrants travaillant dans les champs de tomates en Calabre. Crédit : Ansa

Selon un rapport publié mardi, au moins 10 000 migrants employés dans les exploitations agricoles italiennes vivent dans des logements insalubres. Dans ces ghettos, les services de base comme l'accès à l'eau ou l'électricité sont inexistants. Un phénomène qui favorise l'exploitation des exilés.

Entre octobre 2021 et janvier 2022, une vaste enquête sans précédent a été menée en Italie par le ministère du Travail et des Politiques sociales, et l’Association nationale des municipalités italiennes (Anci), pour établir un état des lieux des conditions de vie des travailleurs exilés dans le secteur agricole. Quelque 3 800 communes italiennes "ont rempli un questionnaire sur la présence, les flux, les caractéristiques des travailleurs agricoles migrants et leur hébergement", indique Anci dans un communiqué.

Le rapport, sorti mardi 19 juillet, révèle qu’au moins 10 000 personnes étrangères employées dans l’agriculture italienne vivent dans une extrême précarité. Le phénomène touche principalement le sud du pays mais concerne l’ensemble du territoire national.

Environ 150 campement informels

Les municipalités ont signalé l’existence de 150 campement informels prenant diverses formes : des fermes, des baraques, des tentes ou des caravanes. Certains lieux peuvent être de très petite taille, et d’autres plus importants avec la présence de milliers de personnes.

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Les migrants sont contraints de dormir dans des bidonvilles faits d’abris de fortune construits avec des morceaux de tôle ou des bâches. Le document montre que ces habitations ne datent pas d’hier : 38% d’entre elles existent depuis au moins sept ans et 12% depuis 20 ans.

"Les habitations où on loge sont construites avec des matériaux de récupération qu'on trouve un peu partout. J'ai fabriqué ma propre 'maison' avec des planches et des morceaux de plastique", avait expliqué aux Observateurs de France 24 un Malien de 28 ans. "Certains préfèrent louer un matelas dans une 'maison' déjà construite. Là-dedans, ils dorment parfois à 30 ou 40 personnes, et payent environ 35 euros pour deux ou trois mois de saison", détaillait-il.

Ni eau potable, ni électricité

Dans les ghettos, les services de bases sont inexistants, assure le rapport. L’eau potable, l’électricité et le ramassage des déchets sont totalement absents. Pour obtenir de l'eau, les migrants se fournissent auprès d'un camion-citerne qui passe tous les trois ou quatre jours.

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Par ailleurs, "la présence de services de transport public à proximité des quartiers informels est très rare (30% des cas)" peut-on lire dans le document. Et ce alors que les bidonvilles ont été érigés au milieu de nulle part, loin des champs : 40% d’entre eux sont situés à plus de 10 km des exploitations agricoles et près de 10% à plus de 50 km.

Pour rejoindre leur lieu de travail, les migrants se voient forcés d’avoir recours à des "caporali", dont ils deviennent dépendants. Ces derniers sont des Africains installés depuis des années en Italie qui possèdent des fourgonnettes où ils entassent les travailleurs. Ils sont les intermédiaires entre les migrants et les propriétaires des exploitations agricoles. Un système qui favorise l’esclavage moderne.

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Le gérant du domaine "paye au capo 7 ou 8 euros par caisse [de 300 kg], lui donne seulement la moitié. Je dois aussi payer 5 euros au capo pour le voyage quotidien jusqu’au champ. C’est l’arnaque", avait raconté aux Observateurs de France 24 le travailleur malien, qui récoltait des tomates en échange de 3,50 euros par caisse.

Une intégration quasi impossible

Le rapport pointe aussi du doigt l’absence d’accès à une assistance socio-sanitaire dans 90% des lieux de vie des travailleurs étrangers. Ainsi, les migrants sont maintenus à distance d’un certain nombre de services permettant leur intégration dans le pays comme une assistante juridique, des syndicats ou encore une aide à l’insertion sociale.

Ces conditions de vie déplorables inquiètent les auteurs du rapport, qui rappellent que dans plus d’un campement sur cinq vivent des femmes et des enfants. Et 30% des habitants sont des réfugiés ou des demandeurs d’asile, des personnes qui devraient être protégés par l'État.

 

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