Un bateau de pêche bondé de migrants, près de Lampedusa (photo d'archive). Crédit : Ansa
Un bateau de pêche bondé de migrants, près de Lampedusa (photo d'archive). Crédit : Ansa

Cinq ressortissants égyptiens ont été arrêtés après le sauvetage d'un bateau de pêche, transportant 674 personnes, qu'ils avaient dirigé de la Libye jusqu'en Italie. Ils sont accusés par la justice italienne de la mort, par déshydratation, de cinq migrants à bord. Dans le bateau, ils avaient mis en place un "rationnement en eau et en nourriture".

Que s’est-il passé lors de la traversée ? Les circonstances de la mort de cinq migrants, retrouvés morts samedi 23 juillet dans une embarcation surchargée avec 674 personnes, se précisent. Lundi, cinq ressortissants égyptiens ont été arrêtés par la police italienne : âgés de 21 à 28 ans, ils sont soupçonnés d’être les passeurs du bateau de pêche.

Le procureur les accuse d’aide et d'encouragement à l'immigration clandestine, et leur incombe la responsabilité des décès, indique le journal italien Today.

L’embarcation avait été secourue samedi par un navire marchand au large de la Calabre, à l'extrême sud de la botte italienne. Trois patrouilleurs des garde-côtes et une unité de la police financière avaient été nécessaires pour cette opération de grande envergure. Certaines personnes avaient d'ailleurs été "récupérées directement dans l'eau", d’après un communiqué des autorités. Il était en revanche trop tard pour cinq passagers, retrouvés morts dans le bateau par les garde-côtes.

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Un premier groupe de 179 migrants, ainsi que les corps des victimes, ont été transférés lundi matin au port de Messine, en Sicile. C’est là que les témoignages des survivants ont été recueillis, et ont fait la lumière sur les évènements.

Battus avec des bâtons et des sangles

Selon la parole des rescapés, les 674 passagers du bateau ont d’abord passé un mois dans une "maison de liaison" sur la côte libyenne. Puis ils ont embarqué le soir du 19 juillet. "Au cours de la traversée, les membres d'équipage ont brusquement coupé les moteurs et ont appelé à l'aide avec un engin satellite, dont ils se sont ensuite débarrassés en le jetant à la mer", raconte Today.

S’en sont suivis des jours et des nuits très difficiles, durant lesquelles "les ressources en eau et en nourriture ont été inhumainement rationnées, au point que les migrants ont été contraints de partager une tasse de café pleine d'eau pour 10 personnes", affirme le procureur de Messine.

Les exilés ont aussi raconté avoir été battus à bord avec des bâtons et des sangles, lorsqu’ils demandaient des vivres. Les membres de l'équipage du bateau de pêche avaient d’ailleurs confié à un des passagers la tâche de gérer et de rationner l'approvisionnement en eau potable. Lorsqu'il refusait de le faire, il était violemment frappé.

La chaleur accablante et le manque de plus en plus cruel d’eau potable a poussé certains d’entre eux à boire l’eau salée de la mer.

Cinq personnes, totalement déshydratées, n’ont pas survécu à cette traversée cauchemardesque.

Des sauvetages à répétition

De nombreuses embarcations de migrants ont été secourues ce même week-end du 23 et 24 juillet, au large des côtes italiennes. Au total, plus d’un millier d’exilés ont débarqué en Sicile et en Calabre, en deux jours.

À Lampedusa également, les arrivées ont été nombreuses. Selon le média Live Sicilia, 1 871 personnes sont actuellement accueillies dans le seul hotspot de l'île, pour une capacité de 350 places. Les premiers transferts vers d’autres centres d’accueil italiens se préparent déjà pour vider la structure.

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Au large des côtes libyennes, les opérations de sauvetages menés par les navires humanitaires sont tout aussi régulières. Le Sea Watch 3, de l’ONG allemande éponyme, a secouru 444 migrants en détresse, en 24h. Le bateau navigue actuellement près de la Sicile, à la recherche d’un port sûr pour débarquer les naufragés. L’Ocean Viking, de l’ONG SOS Méditerranée, également dans la zone, a secouru en à peine deux jours 387 personnes. Parmi les rescapés se trouvent de nombreuses femmes, plus de 100 mineurs isolés et un bébé d’un an.


Après plusieurs opérations menées ces dernières heures, le Geo Barents de Médecins sans frontières (MSF), lui, accueille à son bord 141 personnes.

Malgré les nombreux sauvetages qui s’opèrent en Méditerranée centrale, y compris près des côtes italiennes, cette route migratoire très empruntée est la plus dangereuse au monde. Depuis le début de l’année, 828 exilés ont péri dans ces eaux en tentant de rejoindre l’Europe, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM). Et depuis 2014, année du premier recensement, on compte près de 20 000 morts ou disparus.

La rédaction tient à rappeler que les navires humanitaires (Ocean Viking, Sea Watch, Mare Jonio...) sillonnent une partie très limitée de la mer Méditerranée. La présence de ces ONG est loin d’être une garantie de secours pour les migrants qui veulent tenter la traversée depuis les côtes africaines. Beaucoup d’embarcations passent inaperçues dans l’immensité de la mer. Beaucoup de canots sombrent aussi sans avoir été repérés. La Méditerranée reste aujourd’hui la route maritime la plus meurtrière au monde.

 

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