A Belgrade, l'association InfoPark met à disposition des migrants des ordinateurs.  Crédit : Julia Dumont
A Belgrade, l'association InfoPark met à disposition des migrants des ordinateurs. Crédit : Julia Dumont

Dépassées par la crise migratoire qui a touché les Balkans à l’été 2015, les autorités serbes cherchent à rendre la présence de migrants de moins en moins visibles. Elles ont notamment interdit à ces derniers de se réfugier dans les parcs et sur les terres-pleins de la ville.

Derrière la gare de Belgrade, à deux pas des quais où embarquent les voyageurs, s’étend désormais un champ de ruines. Les hangars dans lesquels des centaines de migrants avaient trouvé refuge cet hiver ont été détruits au bulldozer, le 16 mai dernier.

Depuis, des couvertures, matelas et baskets abandonnés, gisent sous un soleil de plomb, vestiges de ce lieu de vie improvisé. Hormis certains solitaires qui investissent à la nuit tombée des voitures abandonnées, l’endroit est désert. A quelques mètres de là, sur les bords de la Save, le squelette du futur complexe touristique de luxe de la ville commence à sortir de terre.

Dans quelques années, à la place des abris de fortune, s’élèveront un hôtel, un centre commercial et des appartements de luxe. Une tout autre vitrine pour la ville.

Pour Stevan Tatalovic, chercheur sur les questions migratoires à l’université de Belgrade, ce projet immobilier représentait pour le gouvernement serbe et la ville de Belgrade une excellente raison de hâter la démolition des hangars.

Dans son dernier rapport sur la situation migratoire en Serbie, l’UNHCR, l’agence des Nations unies pour les réfugiés, estime qu’environ 1700 personnes se trouvent aujourd’hui dans des centres ouverts par le gouvernement. Selon l’agence, un petit peu moins de 200 vivraient dans la rue à Belgrade. Le chercheur estime, lui, qu’ils seraient au moins trois fois plus nombreux.

Interdictions opportunes 

Pendant l’été, certains migrants passent parfois la nuit dans les parcs de la ville où dans des bâtiments abandonnés. D’autres, qui ont réussi à mettre un petit peu d’argent de côté, peuvent se payer de temps en temps une nuit en auberge de jeunesse. Mais pour rendre leur présence toujours moins visible, la municipalité émet régulièrement de nouvelles interdictions.

Depuis novembre 2016, les ONG et associations n’ont plus le droit de distribuer de la nourriture, de l’eau ou des vêtements dans la rue. L’accès aux pelouses du parc qui borde l’université d’Economie, surnommé le "parc chaï " (le parc du thé) parce que les associations avaient pris l’habitude de venir y distribuer du thé, est également devenu interdit.

Face à cette politique, des associations se mobilisent pour tenter de rendre le quotidien des migrants moins difficile. Dans ses locaux de la Gravilla Principa, InfoPark met des ordinateurs à leur disposition, ainsi que les services d’une psychologue et d’une assistante sociale. L’association dispense également des cours d’anglais, de serbe et d’allemand.

Les migrants qui voudraient s'isoler avec la psychologue ou se reposer peuvent le faire dans cette salle.

Autant de moyens de nouer un contact avec ces personnes souvent extrêmement fragilisées. "Quand ils viennent en cours, s’il y a quelque chose qui les tracasse, ils nous en parleront à coup sûr ", témoigne Irena Vari, coordinatrice de la mission protection d’InfoPark.

"La plupart des personnes qui vivent dans les camps ne vont pas bien du tout"

Pour Abdul Sabour, un Afghan de 25 ans, venir à InfoPark est une bouffée d’air frais. Le jeune homme fréquente depuis plusieurs mois l’association et apporte volontiers son aide à l’organisation des activités. "Quand nous vivions encore dans les hangars cet hiver, j’allais chercher les enfants pour les amener aux cours d’anglais", se souvient-il en souriant.

Prendre part aux activités d’InfoPark lui permet aussi d’échapper à une ambiance de plus en plus tendue dans les camps. "La plupart des personnes qui vivent dans les camps ne vont pas bien du tout. Elles sont en train de perdre la tête", s’inquiète-t-il.

Abdoul Sabour, 25 ans, s'implique beaucoup dans la vie de l'association.

Pour beaucoup de migrants, la Serbie est un piège qui s’est refermé sur eux au moment où la Hongrie et la Croatie voisines ont fermé leurs frontières, à la fin de l’été 2015. Depuis, seules quelques dizaines de personnes peuvent quitter le pays chaque semaine.

Après des mois passés dans le pays, certains seraient prêts à renoncer à leurs rêves d’Allemagne ou de Suède et à vivre en Serbie s’ils y obtenaient l’asile. Ils y ont construit des amitiés fortes et acquis des repères.

Amir Ali a dû fuir le Pakistan après avoir reçu des menaces de mort des Taliban. Loin de sa famille, il a trouvé un réconfort précieux auprès des membres d’InfoPark à Belgrade. Lorsque est évoquée l’idée de les quitter, il confie, les larmes aux yeux, qu’ils sont aujourd’hui sa " nouvelle famille".


 

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