Pendant quelques heures, les migrants peuvent se détendre et penser à autre chose qu'à leur situation difficile. Crédit : Julia Dumont.
Pendant quelques heures, les migrants peuvent se détendre et penser à autre chose qu'à leur situation difficile. Crédit : Julia Dumont.

Plusieurs ONG réunies au sein du projet Refugee Aid Miksalište gèrent une maison d’accueil pour les migrants à Belgrade. A travers des activités, des ateliers de discussions, des cours de langues, elles permettent d'apporter un souffle d'air frais à des migrants désœuvrés et découragés.

Les joueurs se succèdent sans interruption autour de la table de ping-pong qui trône au milieu de la salle principale de la Miksalište house. Dans cet espace chaleureux du centre de Belgrade, le temps semble s’être arrêté.

Parmi les migrants qui fréquentent ce lieu géré par une coalition d’ONG regroupées sous l’appellation Refugee Aid Miksalište, beaucoup sont en Serbie depuis tellement longtemps qu'ils ne savent plus très bien à quelle date ils ont quitté leur pays d’origine.

Le centre Refugee Aid Miksaliste. Crédit : Julia Dumont.

Sur les chaises disposées le long des murs, chacun converse sur son téléphone avec un proche resté en Afghanistan, en Syrie ou au Pakistan. Pour ces migrants relogés en mai dernier dans des centres d’accueil en périphérie de Belgrade, leur séjour à la Miksalište house, aussi bref soit-il, leur permet d’échapper quelques heures à une promiscuité de plus en plus difficile à supporter.

Tuer le temps 

Maaz Khan, pieds nus dans des baskets, est perdu dans ses pensées quand la sonnerie de son téléphone le fait sursauter. Pour ce jeune Afghan de 18 ans qui a vécu cet hiver dans les hangars délabrés près de la gare de Belgrade, le centre d’accueil d’Obrenovac, en banlieue de Belgrade, où il a été envoyé semble presque confortable. Mais il n'efface pas l'ennui de ses locataires. Maaz Khan passe ses journées à attendre et ses nuits à tenter de passer, en vain, la frontière serbo-hongroise.

En Serbie depuis dix mois, le jeune homme rêve d’atteindre Paris où vit l’un de ses oncles. Chaque évocation de la capitale française fait naître sur son visage un sourire qu’il tente de dissimuler.

Pour s’occuper, Maaz Khan avait commencé cet hiver à prendre des cours d’anglais. Mais le long trajet qu’il doit maintenant effectuer depuis Obranovac, l’empêche d’être très assidu.

“Ici, nous pouvons oublier”

Imane*, elle, aimerait plutôt apprendre l’allemand. La jeune femme de 26 ans attend de pouvoir rejoindre son mari qui se trouve déjà en Allemagne. Le visage entouré d’un voile aux couleurs pastèles et le regard triste, elle résume en quelques mots le rôle que joue la Miksalište house pour les quelques 200 migrants qui s’y rendent chaque jour : “Ici, pendant quelques instants, nous pouvons oublier”.

Avec d’autres femmes installées à ses cotés dans l’espace qui leur est réservé, cette jeune Syrienne a commencé à réaliser de petit bijoux en perles qu’elle et ses amies espèrent pouvoir vendre pour acquérir un peu d’autonomie.

“Prendre part à ces activités permet aux femmes de sortir de leur routine qui se résume bien souvent à s’occuper de leurs enfants et faire la queue pour de la nourriture”, explique Mina Chavic, de l’association Novosadski humanitarian center.

A l’étage de la maison, dans la salle où sont organisés les cours de langue, une grande feuille blanche couverte d’écritures est accrochée au mur. Des dizaines de personnes y ont répondu à la question “Que signifie pour vous la migration?”. Parmi les réponses, le mot “liberté”, revient le plus souvent. Aucun des participants n’a pensé à écrire "ennui".


 

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