Certains migrants affirment qu’ils trouvent dans les livres une fenêtre sur le monde, pour apprendre ou s’évader. Crédit : Creative Commons
Certains migrants affirment qu’ils trouvent dans les livres une fenêtre sur le monde, pour apprendre ou s’évader. Crédit : Creative Commons

Prendre le temps de lire. Pour la plupart des migrants, empêtrés dans leurs conditions de vie précaires ou dans leurs démarches administratives, cela ressemble presque à un luxe. Certains ont toutefois confié à InfoMigrants qu’ils trouvaient dans les livres une fenêtre sur le monde, pour apprendre ou s’évader. Morceaux choisis de témoignages.

Source de plaisir, d'informations ou d’appréhensions : comment la lecture est-elle perçue par les migrants ? Ont-ils accès aux livres ? Qu’y cherchent-ils ? 

InfoMigrants a interrogé ses lecteurs sur leur rapport à la lecture, activité qu’ils ont parfois développée dans la langue de leur pays d’accueil. Tous les interviewés sont en France. Tous vivent dans des conditions à peu près stables, condition sine qua non à cette pratique, nous expliquent certains. Témoignages. 

Ibrahima, demandeur d'asile guinéen : “En Guinée, j'avais créé une sorte de club de lecture”

"Je lis souvent des romans policiers ou des romans d'aventures. J'aime le suspense. 

À travers les histoires que je lis, je peux découvrir la manière dont vivent les gens sur d'autres continents, je peux apprendre leurs coutumes. 


"La lecture, selon moi, c'est la nourriture de l'esprit. Mais il faut être prêt mentalement", confie Ibrahima. Crédit : DR
"La lecture, selon moi, c'est la nourriture de l'esprit. Mais il faut être prêt mentalement", confie Ibrahima. Crédit : DR


De manière générale, la lecture me permet de m'informer, et aussi d'enrichir mon vocabulaire. Quand je rencontre un mot que je n'ai jamais vu, je fais une pause dans le livre et j'ouvre mon dictionnaire.

Quand j'étais à l'université, en Guinée, j'avais créé une sorte de club de lecture avec des amis. L'idée c'était de se retrouver le dimanche et de se lire les uns aux autres des livres sur lesquels on étudiait. Ça pouvait être des ouvrages sur la communication, les sciences, etc. Les uns expliquaient aux autres le sujet, puis il y avait des discussions, et parfois des débats. Ça nous enrichissait. Ce club existe d'ailleurs toujours là-bas, ça me fait plaisir.

La lecture, selon moi, c'est la nourriture de l'esprit. Mais pour pouvoir lire, il faut être prêt mentalement. Il faut avoir une situation stable et calme. Moi, ces temps-ci, je n'y arrive pas. Je commence des livres que je ne finis pas car ça me fatigue la tête. Avec tous les soucis qui m'entourent, je n'arrive pas à me concentrer."

Malle, Malien, détenteur d'un titre de séjour : “Je vais consulter des livres d'Histoire à la bibliothèque” 

"Je lis des articles dans les journaux et parfois aussi sur Internet. Je lis souvent InfoMigrants, d'ailleurs.

Parfois, je vais consulter des livres sur l'histoire de l'Afrique à la Bibliothèque François Mitterrand, à Paris. Là-bas, je consulte aussi des livres sur les anciens présidents français, sur la colonisation ou sur la manière dont les immigrés sont arrivés ici. Vu que je vis en France maintenant, il faut que je connaisse l'histoire du pays.

"J'avais aimé ce livre quand je l'ai lu", dit Malle qui explique ne pas trop aimer les romans tristes.
"J'avais aimé ce livre quand je l'ai lu", dit Malle qui explique ne pas trop aimer les romans tristes.


J'aime bien les romans aussi. Mon roman préféré, c'est 'L'Enfant noir', de Camara Laye, et j'aime aussi les livres de Fatou Diome [autrice franco-sénégalaise, ndlr].

Oralement mon français n'est pas encore parfait donc la lecture m'aide à l'améliorer.

>> À (ré)écouter : Un camp de réfugiés, une bibliothèque

Comme je suis allé à l'école coranique, je sais lire l'arabe aussi. Je lis régulièrement le Coran et les Ahadith [recueils de textes religieux, ndlr]. Je lis aussi des livres de grammaire arabe pour améliorer mon niveau."

Samassa, Guinéen, pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance : “La lecture, c’est un peu du travail “ 

"Je lis surtout pour m'informer. Je vais sur des sites d'actualité et je lis les journaux gratuits qui sont donnés dans le métro. Je lis toute sorte d'articles parce que je sais que ça va m’aider à apprendre la langue française, mais j’aime particulièrement le sport, le football surtout. Je lis les résultats des matchs et les articles sur les transferts des joueurs.


Grâce aux livres, Samassa dit avoir appris "beaucoup de choses". Crédit : InfoMigrants
Grâce aux livres, Samassa dit avoir appris "beaucoup de choses". Crédit : InfoMigrants


Parfois, je vais à la bibliothèque qui est à côté de mon école, à Bobigny (région parisienne). Je suis apprenti boulanger et mes professeurs m’ont conseillé de lire des livres sur la boulangerie et le pain. C'est ce que j'ai fait et il y a un livre qui m’a particulièrement plu. Le sujet, c'était la fabrication du pain français. J’ai appris beaucoup de choses.

En fait, pour moi, la lecture, c’est un peu du travail. Mes professeurs me conseillent de lire un peu chaque jour en français pour m’améliorer. Je le fais mais il faut que je me concentre beaucoup pour arriver à lire en français. S’il y a un mot que je ne comprends pas, je le note et, plus tard, je demande à des amis de m'expliquer ce que ça veut dire ou je cherche la définition sur Google. Je m'aide aussi souvent du livre 'Lire et écrire en français, méthode d’alphabétisation', qu'une dame m’a offert.

>> À (re)lire : Bibliothèques sans frontières, la lecture au plus près des exilés

Ma langue maternelle, c’est le peul. Mais depuis que je suis arrivé ici, je n’ai jamais vu de livres en peul. En fait, j’ai commencé à lire régulièrement en arrivant en France. En Guinée, je ne lisais pas du tout."

Boubou, Guinéen sans papiers : "Je n’ai pas l’esprit assez libre pour ça"

"Ca fait presque 6 ans que je n’ai pas touché un livre. Pour lire un livre, il faut prendre le temps de se poser et avoir un endroit tranquille. Moi, je vis dans un foyer, nous sommes deux dans la chambre. Je ne me sens pas très bien pour lire là-bas. Je n’ai pas l’esprit assez libre pour ça.

En revanche, je lis les informations. Je lis souvent des journaux quand je viens au CEDRE [centre d'entraide pour les demandeurs d'asile et réfugiés du Secours Catholique, à Paris, ndlr].


Boubou en train de lire un livre sur la guerre d’Algérie. "Ce genre d’histoire m’intéresse." Crédit : DR
Boubou en train de lire un livre sur la guerre d’Algérie. "Ce genre d’histoire m’intéresse." Crédit : DR


Au début de la guerre en Ukraine, je lisais beaucoup d’articles là-dessus. La position de la Russie m’intéresse à cause des liens de ce pays avec l’Afrique. Je pensais aussi aux répercussions que la guerre en Ukraine aurait en Afrique. En Guinée, notre blé vient de l'étranger, surtout d'Ukraine.

Je m’intéresse aussi à tout ce qui concerne les étoiles, les planètes, les trous noirs, etc. Je regarde des choses sur Internet à ce sujet, comme les récentes photos du télescope spatial James Webb publiées par la Nasa."

Sam, réfugié syrien : “Lire, c’est comme manger et boire” 

"Je lis des livres en trois langues en ce moment. Le premier, c’est 'Homo Sapiens', de Yuval Noah Harari, en français, ; le deuxième c’est '21 leçons pour le XXIe siècle', du même auteur, en anglais ; et le troisième, c’est 'L’art de l’écriture théâtrale', en arabe.


Sam a fait une story Instagram dans laquelle il parle du livre de Yuval Noah Harari. Crédit : capture d'écran
Sam a fait une story Instagram dans laquelle il parle du livre de Yuval Noah Harari. Crédit : capture d'écran


Parfois, je lis des livres en français ou en anglais parce qu’ils sont moins chers que les livres en arabe ici. Le livre que je lis en arabe en ce moment est un livre Kindle.

J’adore lire. Pour moi, c’est comme manger et boire. C’est essentiel, ce n’est pas juste un hobby."

 

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