Les passagers secourus au large de Rhodes ont été transférés sur l'île de Kos. Crédit : Aegean Boat Report
Les passagers secourus au large de Rhodes ont été transférés sur l'île de Kos. Crédit : Aegean Boat Report

Les autorités grecques ont procédé au sauvetage, vendredi, dans la soirée, d'une embarcation en détresse chargée d'exilés. Les 122 passagers, partis de Turquie, ont été récupérés au large de Rhodes. Depuis quelques mois, cette route semble de plus en plus empruntée par les migrants.

C’est un sauvetage dans une zone peu habituelle. Vendredi 5 août, 122 migrants ont été secourus au sud de l’île de Rhodes, alors que leur bateau menaçait de chavirer. C’est le Centre unifié de coordination de recherche et de sauvetage, informé d’une embarcation en détresse dans la zone, qui a coordonné l’opération dans la soirée.

Partis des côtes turques, les passagers ont d’abord été récupérés "en toute sécurité" par un cargo battant pavillon des Îles Marshall, rapporte la presse grecque. Ils ont ensuite été transférés sur un patrouilleur des garde-côtes grecs puis transportés vers le port de Kos, plus au nord. 

Les nationalités des naufragés n’ont pas été précisées mais, suite à ce sauvetage, une enquête préliminaire a été lancée par l'Autorité portuaire de l’île.

De plus en plus d'arrivées à Rhodes

D’ordinaire peu empruntée, cette route migratoire en mer Égée connaît ces derniers mois une sensible augmentation des passages de migrants. Il y a quelques semaines, un bateau qui transportait 13 personnes s'est échoué sur les rochers de la plage de Fanes, dans le nord de l'île, tout près d'un hôtel, indique le journal grec Politic dans un article daté du 12 juillet.

Entre le 1er janvier et le 25 juillet 2022, 230 personnes au total ont débarqué sur l'île de Rhodes, contre 26 l’année dernière, à la même période. Pour toute l’année 2021, le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) avait comptabilisé 109 arrivées d’exilés.

>> À (re)lire : En Grèce, au moins 45 migrants morts dans trois naufrages sur une route de plus en plus empruntée

Une fois sur ce territoire, souvent après plusieurs tentatives infructueuses, il est très difficile pour les migrants de survivre à Rhodes qui ne compte actuellement aucune association d'aide aux migrants, probablement en raison du peu d'arrivées d'exilés sur l'île.

Pour Mickaël*, un Centrafricain débarqué à Rhodes le 17 juillet dernier, le quotidien est "très compliqué". Le jeune homme, pétrifié par l'idée de se faire arrêter par la police grecque, se terre avec d'autres migrants africains dans une maison abandonnée, au milieu des champs. Pour se nourrir, il compte sur la solidarité de ses compagnons de route, lui qui a dépensé toutes ses économies pour arriver jusqu'ici.

"Ils nous hurlaient dessus"

Parmi les raisons qui expliquent l’attrait des passeurs et des exilés pour cette route alternative : des politiques européenne et grecque de plus en plus dures sur les migrations, et les nombreux pushbacks orchestrés par les garde-côtes entre le littoral turc et les îles de Samos, Lesbos ou Chios.

Régulièrement, InfoMigrants recueille la parole de migrants victimes de ces refoulements violents. En mai dernier, Brian**, un ressortissant camerounais en partance pour Samos, affirmait que les garde-côtes avaient pointé leurs armes sur les passagers de son embarcation. "On a attendu comme ça […] pendant une demi-heure. C'était très angoissant […] Ils nous ont ordonné de nous asseoir, les mains en l’air. Ils nous hurlaient dessus en anglais, et ils ont récupéré nos téléphones".

Pour empêcher les bateaux de rejoindre la Grèce, les autorités rivalisent de méthodes : intimidations en tout genre, vols ou saccage des embarcations pneumatiques sont légion.

Un navire des garde-côtes grecs tourne autour d'une embarcation de migrants en mer Egée et provoque d'énorme vagues qui déstabilise le canot. Crédit : DR
Un navire des garde-côtes grecs tourne autour d'une embarcation de migrants en mer Egée et provoque d'énorme vagues qui déstabilise le canot. Crédit : DR


Des pratiques illégales au regard du droit international sur l’asile, et dont l’ancienne direction de Frontex avait d’ailleurs connaissance. D’après un rapport accablant établi par l'Office européen de la lutte contre la fraude (Olaf), qui a enquêté sur le sujet depuis janvier 2021, l’agence européenne de surveillance des frontières aurait même co-financé certains de ces refoulements en mer.

La large médiatisation de ces pratiques ne semble pourtant avoir aucun effet sur les garde-côtes grecs, dont les habitudes restent les mêmes. Mi-juillet, une énième embarcation de migrants a été refoulée par les autorités vers la Turquie. Selon des témoignages recueillis par la plateforme d'urgence Alarm Phone, cette fois-ci, une violence particulière aurait été déployée à terre : les agents auraient remis à l'eau le groupe d'exilés, qui avait pourtant déjà atteint le sol de Rhodes. Le groupe serait resté bloqué en mer deux jours durant, sans eau ni nourriture, et sans moyen d'appeler à l'aide.

Deux jeunes hommes ont alors décidé de quitter l'embarcation pour aller chercher du secours. "Mes amis ont nagé dans une direction inconnue" vers "une île au loin", a raconté un témoin de 17 ans à Alarm Phone. Depuis, le reste des passagers est toujours sans nouvelles des deux exilés.

 

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