Abed Naji, photographe, a fui la Syrie en 2012. Il vit aujourd'hui en Suède. Crédit : Leslie Carretero
Abed Naji, photographe, a fui la Syrie en 2012. Il vit aujourd'hui en Suède. Crédit : Leslie Carretero

Abed Najji a fui la ville de Damas en Syrie à la fin de l’année 2012. Après avoir passé quelques semaines au Liban puis en Italie, il a finalement choisi la Suède comme terre d’accueil.

"Quand je suis arrivé à l’aéroport de Stockholm [en Suède, ndlr] en janvier 2013, j’ai d’abord eu peur car les taxis suédois sont noirs et ressemblent aux voitures des services secrets d’Assad, [le président syrien]", murmure le jeune homme en buvant son café, une cigarette à la main, dans un bar de la capitale suédoise où il nous a donné rendez-vous. Abed Najji a grandi dans le camp palestinien de Yarmouk, en Syrie. En 2012, le quartier, a été la cible d’intenses bombardements et de nombreux jeunes, considérés comme des opposants, ont été envoyés dans les geôles du pays.

S’il ne s’était pas enfui à la hâte, ce benjamin d’une famille de treize enfants aurait sûrement connu le même sort. En Syrie, Abed se servait de sa caméra et son appareil photo pour relater les exactions commises par le régime. Un jour, un ami l’avertit que le gouvernement est à sa recherche. Le jeune homme prend alors le premier bus vers le Liban, sans même prévenir sa famille. Quelques jours après son départ de Syrie, il comprend qu’il a échappé au pire en apprenant qu’un de ses camarades est décédé dans une prison d’Assad. A l’évocation du drame son visage s'assombrit, malgré le soleil qui l'illumine.

Au Liban, Abed retrouve d'anciens voisins de Yarmouk. Mais il ne veut pas rester dans ce pays : "Là-bas, les réfugiés palestiniens ne sont pas bien considérés". Car Abed vit en quelque sorte un "double" exil. Bien que né à Damas, sa famille fait partie des milliers de palestiniens qui ont trouvé refuge en Syrie. La guerre qui ravage le pays les a contraint à un deuxième exil. "J’ai préféré tenter ma chance en Europe", dit aujourd’hui le jeune homme de 33 ans, aux cheveux longs et à la barbe fournie. Son physique lui vaut d’ailleurs le surnom de Jésus.

 Au bout de deux semaines, Abed obtient de l’ambassade d’Italie au Liban un visa Schengen. Il réserve un billet d’avion pour Rome où une amie peut l’héberger quelques temps. "J’ai passé toute ma vie dans un camp palestinien en Syrie, je n’avais jamais pris l’avion de ma vie, raconte-t-il. Je ne savais pas qu’il fallait être à l’aéroport plusieurs heures avant le décollage. En toute logique, j’ai donc raté mon avion". Une anecdote qui aujourd’hui l’amuse beaucoup, lui qui voyage désormais très souvent en avion pour parcourir l’Europe.

"En Suède le système fonctionne, mais il n’y a pas de vie"

Installé depuis quelques jours à Rome, Abed réalise seulement à ce moment-là que la guerre en Syrie est derrière lui : "j’ai eu besoin de temps pour comprendre que j’étais enfin en sécurité". Il s’étonne de la culture du pays : les cinémas, le théâtre, la joie de vivre des Italiens…. Mais il réalise aussi rapidement que la situation des réfugiés est compliquée. Convaincu par deux amis qui vivent en Suède depuis 10 ans, Abed décide de s’envoler vers la capitale suédoise, Stockholm.

Avant d'obtenir le statut de réfugié en 2015, il enchaînera les petits boulots au "noir" : vendeur dans un magasin ou serveur dans une pizzeria. Il met du temps à appréhender le pays. "Ici, c’est très différent de la Syrie. Les gens vivent comme des machines et ne prennent pas le temps. Le système fonctionne bien mais il n’y a pas de vie", juge le jeune homme. Les températures élevées qu’il a connues au Moyen-Orient lui manquent aussi : "Le climat suédois, c’est ce qui est le plus dur pour moi ", dit-il tout en frissonnant. Ce jour-là, un léger vent souffle sur la ville, et même si le soleil est bien en haut dans le ciel, les températures restent fraîches :  "Vous voyez, il fait froid ici", sourit-il.

Installé depuis maintenant quatre ans en Suède, il travaille depuis janvier dernier au Musée historique de Stockholm où il est en charge de la restauration d’œuvres. En parallèle, il utilise ses talents de graphiste et photographe pour sensibiliser les Européens à la guerre en Syrie. Ses travaux sont d’ailleurs actuellement exposés au festival de théâtre d’Avignon, en France.

Abed commence doucement à se sentir chez lui en Suède. "Mais pour un palestinien vous savez, chaque pays est une étape", dit-il un sourire au coin des lèvres et le regard dans le vide. Le jeune homme espère obtenir un jour la nationalité suédoise et ainsi visiter pour la première fois la Palestine.


 

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