Un exilé et son enfant lors du débarquement d'un navire de la Border Force dans le port de Douvres, après avoir été secourus lors de la traversée de la Manche, le 3 mai 2022. Crédit : Reuters
Un exilé et son enfant lors du débarquement d'un navire de la Border Force dans le port de Douvres, après avoir été secourus lors de la traversée de la Manche, le 3 mai 2022. Crédit : Reuters

En deux jours, 513 personnes ont débarqué dans le Kent, dans le sud du Royaume-Uni, à bord d'embarcations de fortune. Des chiffres conséquents qui soulignent une nouvelle fois l'inefficacité des mesures gouvernementales pour dissuader les exilés de prendre la mer.

Les derniers chiffres des traversées de la Manche sonnent comme un échec pour Londres et Paris. Malgré des politiques migratoires toujours plus dures, de nombreux exilés continuent de tenter de rejoindre le Royaume-Uni par la mer, et y parviennent. Samedi 6 et dimanche 7 août, 513 personnes ont débarqué sur le littoral britannique à bord d’embarcations de fortune. D’après le ministère britannique de la Défense, 337 migrants répartis sur dix bateaux sont arrivés samedi, et 176 migrants, sur cinq bateaux, le lendemain.

Côté français, les autorités ont procédé au sauvetage, le 6 août, d'une embarcation en détresse dans le détroit du Pas-de-Calais. Les 42 naufragés à bord ont été récupérés et transférés au port de Boulogne-sur-Mer, d'après un communiqué de la préfecture de la Manche et de la mer du Nord.

La veille, une opération similaire avait permis de porter secours à 65 personnes. Toutes ont été transférées au port de Calais, où elles ont été prises en charge par la police aux frontières (PAF) et les secours.

Cette première semaine d’août, 1 886 candidats à l'exil au total ont traversé la Manche. Parmi eux, un migrant ayant parcouru le détroit en kayak, vendredi 5 août, précise la BBC.

Depuis le début de l’année, plus de 18 000 personnes sont arrivées dans le Kent, au sud du pays, contre 28 526 pour l'ensemble de 2021, et 8 404 en 2020.

Le Rwanda, pour "reconstruire sa vie"

Pour un porte-parole du gouvernement cité par le média anglais, cette situation est "inacceptable". Afin d'y remédier, et malgré les critiques de l'opposition et de nombreuses organisations, le Royaume-Uni s’entête à poursuivre "les préparatifs pour relocaliser ceux qui effectuent des voyages dangereux, inutiles et illégaux au Royaume-Uni", "dans le cadre de [son] nouveau partenariat […] avec le Rwanda".

Le gouvernement britannique avait annoncé, en avril, sa volonté d’externaliser les demandes d’asile dans ce petit pays d’Afrique des Grands Lacs, en accord avec Kigali.

Le premier vol, programmé le 14 juin, avait finalement été annulé quelques minutes avant le décollage à la suite de recours en justice et d'une décision de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).

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Toujours d’après le porte-parole du gouvernement, le Rwanda a été choisi par Londres afin que les exilés "puissent y reconstruire leur vie et dissuader les autres d'effectuer des traversées mettant leur vie en danger". L’ambition britannique, martelée régulièrement par son gouvernement, est pourtant contredite par les chiffres des arrivées dans le pays, mais aussi par la situation qui prévaut au Rwanda, loin d’être une terre d'accueil idéale pour les migrants. Ces derniers qui fuient déjà - selon leurs nationalités - conflits, violences, persécutions, menaces ou morosité économique n’envisagent absolument pas leur avenir en Afrique.

Plusieurs cas de suicides

Par désespoir, plusieurs personnes pressenties pour prendre part au premier vol pour le Rwanda ont tenté de se suicider, fin mai. Une Iranienne, qui a tenté de mettre fin à ses jours, a été sauvée in extremis et hospitalisée en urgence après avoir appris son expulsion.

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De l’autre côté de la Manche, la nouvelle a aussi eu des conséquences dramatiques. Hassan, un Soudanais de 27 ans, s’est pendu le 11 mai à l’arrière d’un camion, à Calais. "Très fatigué", selon ses amis, le jeune homme ne "parlait pas beaucoup". "Peut-être que les dernières nouvelles disant que le Royaume-Uni prévoyait d’envoyer les migrants comme nous au Rwanda n'a fait qu'ajouter à son désespoir", avait déclaré à InfoMigrants un de ses compagnons de route.

 

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