Les six personnes arrivées dimanche 31 juillet 2022 dans le port de Pointe-des-Galets, à La Réunion, étaient originaires du Sri Lanka. Ce pays en crise est situé à plus de 4 000 km de là. Crédit : capture d'écran d'un reportage de La 1ère.
Les six personnes arrivées dimanche 31 juillet 2022 dans le port de Pointe-des-Galets, à La Réunion, étaient originaires du Sri Lanka. Ce pays en crise est situé à plus de 4 000 km de là. Crédit : capture d'écran d'un reportage de La 1ère.

Le tribunal administratif de La Réunion vient d'annuler, mercredi, le refus de l'Ofpra de laisser entrer cinq Sri-Lankais sur le territoire français. Sur les six exilés débarqués à bord d'un navire de pêche le 31 juillet, un seul avait été autorisé à déposer une demande d'asile. Les autres étaient, jusqu'ici, retenus dans la zone d'attente de l'aéroport principal de l'île.

Les cinq migrants sri-lankais, âgés de 28 à 45 ans et retenus dans la zone d'attente de l'aéroport principal de La Réunion depuis leur arrivée par bateau, fin juillet, peuvent désormais demander l'asile en France. L'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) leur avait refusé le droit d'entrer sur le territoire français au titre de l'asile.

Tous ont déposé un recours auprès du tribunal administratif dans le délai de 48 heures imparti. Le juge administratif a tranché en leur faveur, mercredi 10 août, et annulé la décision de l'Ofpra. "Après plus de 25 jours de traversée périlleuse en mer, et plus de 10 jours enfermés dans le sous-sol d'un aéroport, ils sont désormais libres", a réagi l'un de leurs trois avocats, Me Ali Mihidoiri, devant les caméras de La 1ère.

"Dès vendredi matin ils se rendront en préfecture pour présenter une demande d'asile qui sera instruite dans des conditions un peu plus décentes (...) et sur le fond du dossier", s'est satisfait, à ses côtés, un deuxième avocat, Me Yannick Mardenalom.

>> À (re)lire : Du Sri Lanka à la Réunion : un périple par la mer "très dangereux et très onéreux"

Initialement, six exilés sri-lankais avaient accosté, dimanche 31 juillet, dans le port de la Pointe-des-Galets sur la côte ouest de l’île, à bord d'un navire de pêche. Seul l'un d'entre eux avait été autorisé à entrer sur le territoire pour y déposer une demande d'asile. Les cinq autres avaient immédiatement été placés en rétention dans la zone d'attente de l'aéroport La Réunion Roland-Garros.

Vices de procédures

Au tribunal administratif, les avocats ont basé leurs plaidoiries sur des vices de procédures. Tout d'abord, lors de la première audience en visio-conférence avec l'Ofpra - situé à 9 000 kilomètres de là, dans l'Hexagone -, les exilés Cinghalais ont été entendus par un interprète tamoul. C'est suite à cet entretien que l'Ofpra leur a refusé l'entrée sur le territoire français. "Je n'ai pas compris les questions que l'on me posait", témoigne l'un des cinq hommes, cité par le média Zinfos974.

Les avocats ont donc dénoncé le non-respect des conditions nécessaires à l'interprétariat. En outre, ils ont déploré "la non-communication de l’entretien sonore, alors qu'il est obligatoire notamment en vue de pouvoir contester les raisons invoquées par le ministère", indique encore le média.

Enfin, il y a eu, selon les trois avocats, violation de la confidentialité des échanges. Jeudi 4 août, soit cinq jours après leur arrivée, les exilés ont en effet eu un entretien avec un agent de l’ambassade du Sri Lanka. Or, ils croyaient s’adresser à un interprète. "Ils ont donné les coordonnées de leur famille et ont expliqué pourquoi ils avaient fui. Les cinq hommes ne se sont rendus compte qu’ils s’adressaient aux autorités de leur pays qu'au terme du dernier entretien", raconte Zinfos 974.

Conséquence : "après cette discussion avec un agent de l'Ambassade du Sri Lanka, leurs familles ont été visitées par les autorités sur place et ont dû fuir par peur de la rétorsion", déplore Me Xavier Belliard, le troisième avocat.

Témoignages de persécutions politiques

Au tribunal, tous ont témoigné de persécutions politiques, allant de violences commises par des forces de l'ordre aux menaces de mort. En particulier, celui qui a conduit le navire de pêche sur les 4 000 kilomètres de route maritime a exprimé ses craintes en cas de retour forcé. "On a acheté le bateau ensemble tous les six, mais il est à mon nom et je suis le capitaine. Si je suis réacheminé, je risque la peine de mort", a-t-il expliqué aux juges.

>> À (re)lire : La grande majorité des migrants sri-lankais arrivés à la Réunion sont expulsés vers leur pays

Un autre affirme avoir été passé à tabac lors d’une manifestation contre la politique du gouvernement, le 9 mai dernier. "Les stigmates de son agression seraient même encore visibles, il montre son tibia au président du tribunal", raconte l'équipe de La 1ère. Les cinq hommes affirment avoir tous participé aux manifestations d’avril et de mai dernier afin de dénoncer des conditions de vie désastreuses. 

Le Sri Lanka a en effet été agité, ces derniers mois, par des manifestations d'une ampleur inédite. Celles-ci ont abouti à la fuite du président Gotabaya Rajapaksa, mi-juillet, et à sa démission. Une frange de la population lui reprochait la faillite économique que traverse le pays. Celle-ci se concrétise par des pénuries d'aliments, de médicaments et de carburants pour ses 22 millions d'habitants. Après le départ de l'ex-président, Ranil Wickremesinghe lui a succédé à la tête de l'État le 20 juillet.

Un historique de migrations sri-lankaises depuis 2018

L'arrivée sur les côtes réunionnaises de la première embarcation en provenance du Sri Lanka remonte à mars 2018. Il s'agissait alors de six personnes, dans un bateau en mauvais état. L'événement s'est reproduit en octobre, puis en décembre 2018. Le groupe de décembre était composé de 62 personnes : comme pour le cas présent, toutes avaient été placées en zone d'attente, jusqu'à être libérées par le tribunal administratif au motif que les personnes n'avaient pas bien été informées de leurs droits.

En 2019, ces arrivées se sont poursuivies. Le 13 avril de cette année-là, pas moins de 120 Sri-Lankais avaient débarqué au port de Sainte-Rose. La moitié d'entre eux, dont trois femmes et trois enfants, avaient été expulsés dès le 29 avril depuis l'aéroport principal de l'île. Seuls 34 personnes avaient pu déposer une demande d'asile - et beaucoup n'avaient pas abouti.

>> À (re)lire : À La Réunion six migrants débarquent à bord d'un navire de pêche sri-lankais

Sur toutes les demandes d’asile déposées par les Sri-Lankais depuis 2018, 10 % ont abouti à un avis positif, a indiqué France Info fin 2021. Soit une trentaine de personnes seulement. "Depuis 2018, six bateaux ont accosté sur notre île, avec un total de 356 Sri-Lankais ayant foulé le sol réunionnais. Quelques dizaines de migrants ont finalement pu rester à La Réunion", corrobore le média local ImazPress.

 

Et aussi