Capture d'écran d'une vidéo montrant des réfugiés qui retournent en Syrie par le poste-frontière de Bab Al-Hawa, situé à 33 kilomètres d'Idlib.
Capture d'écran d'une vidéo montrant des réfugiés qui retournent en Syrie par le poste-frontière de Bab Al-Hawa, situé à 33 kilomètres d'Idlib.

Fin mai dernier, et durant un mois, les autorités turques ont permis aux réfugiés syriens qui le souhaitaient de retourner chez eux. Les derniers partis auront jusqu’au début du mois d’août pour revenir. Si des dizaines de milliers ont saisi cette occasion pour passer temporairement de l’autre côté de la frontière, d'autres ont choisi de rentrer définitivement chez eux. Témoignages.

Selon Ankara, ils seraient 100 000 à avoir traversé la frontière à l’occasion du ramadan pour passer la fête de l’Aïd en famille (le 25 juin). Pour ce faire, les réfugiés syriens ont dû passer les contrôles des checkpoints à la fois côté turc et côté syrien, afin de bénéficier d’un visa de résidence à leur retour, ce document ayant été imposé par les autorités turques depuis janvier 2016.

دخول السوريين من الجانب التركي الى داخل الاراضي السورية عبر معبر باب الهوى صباح اليوم بداية الغيث قطرة .صلو على رسول الله

Posted by ‎سويديين بكرة Svenska.imorgon‎ on Wednesday, June 14, 2017

Retour en Syrie pour ces réfugiés, à la mi-juin, en passant par le checkpoint de Bab al-Hawa, à 33 kilomètres d'Idlib, au nord de la Syrie.

"Certaines familles sont parties sans savoir d’avance si elles allaient revenir ou pas"

Pour Ghazouane Kronfol, président du Rassemblement des avocats libres en Turquie, installé à Istanbul, tous ceux qui ont effectué cette traversée ne comptent pas forcément revenir en Turquie :

"Certaines familles ont vendu tout ce qu’elles possédaient ici –c’est-à-dire bien souvent pas grand-chose- et ont rendu les clés des maisons qu’elles louaient. Au moment de partir, elles n’avaient pas encore pris une décision finale par rapport à leur retour. Le séjour qu’elles allaient passer en Syrie allait être déterminant à cet effet. Et au pire, elles auront toujours le visa nécessaire pour revenir en Turquie.

Ceux qui décident de rentrer sont généralement originaires des régions d’Idlib ou de la campagne nord d’Alep, des zones relativement calmes aujourd’hui où les réfugiés ne risquent pas leur vie. Je dis relativement, car ces zones sont certes concernées par la trêve signée suite à l’accord d’Astana, mais des villes et des villages demeurent sous le contrôle de rebelles dits "modérés", qui sont tout de même d’obédience islamiste. Ceux qui y retournent savent donc qu’ils doivent s’adapter à cette réalité, et que les lois peuvent changer d’une région à l’autre selon les factions rebelles qui en ont le contrôle.

Les réfugiés qui rentrent sont aussi des personnes qui n’ont pas réussi à avoir une situation économique stable en Turquie et qui sont ici depuis moins de deux ans. Personnellement, je suis parti depuis plus de cinq ans, la Syrie a trop changé depuis, et je ne me vois pas du tout y retourner aujourd’hui."

"Nous avons la sécurité, mais sans eau ni électricité"

Depuis début juillet, des réfugiés ont commencé à emprunter le chemin du retour vers la Turquie, avec des quotas imposés par les autorités turques afin de faciliter le contrôle à la frontière. Cela oblige les réfugiés à s’inscrire sur liste d’attente pour avoir une date de retour. C’est notamment le cas de Karam, originaire de Salqin, dans la région d’Idlib. Avec sa femme et son fils, ils sont rentrés en Syrie à la mi-juin et ne seront pas autorisés à passer à nouveau la frontière turque avant le 24 juillet :

"Revenir temporairement en Syrie est une décision que nous avons prise avec beaucoup de précaution. Je demandais régulièrement des nouvelles aux amis restés ici, pour savoir si nous pouvions tenter la traversée sans risque.

Nous sommes rentrés chez nous pour que ma femme puisse enfin revoir ses parents qu’elle n’a plus vus depuis plus d’un an et demi. Pour ma part, mes parents et mes frères et sœurs sont tous à l’étranger, entre la Turquie et les Émirats arabes unis. Aussi, c’était l’occasion pour mes beaux-parents de faire connaissance avec leur petit-fils, né il y a un an.

"Ma place n’est plus ici"

Il y a eu un effort de reconstruire les immeubles qui ont été détruits par les bombardements, et la situation sécuritaire est bien meilleure : le simple fait de se retrouver chez soi sans le risque d’un raid aérien suffit pour nous sentir en sécurité. Mais du point de vue des infrastructures, la situation est désastreuse : étant donné que ces zones sont concernées par le cessez-le-feu, l’État et ses services sont complètement absents. Nous n’avons ni compagnie d’électricité ni eau courante, tout passe par des sociétés privées. Les générateurs nous fournissent quatre heures d’électricité par jour qu’il faut savoir utiliser avec parcimonie, et nous devons assurer nous-même le transport de l’eau. Avec ça, nous nous estimons heureux : la ville étant proche de la frontière, nous arrivons à capter le réseau internet des compagnies turques.

Evidemment que j’étais heureux de retrouver ma maison et une partie de la famille. Mais sincèrement, je n’envisage pas de rentrer définitivement en Syrie pour l’instant. De par mon métier, dans le domaine de la communication, rentrer définitivement serait du suicide. Ma place n’est plus ici, en tout cas par pour l’instant. "

Selon les chiffres du Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, 31 000 réfugiés syriens sont rentrés définitivement chez eux depuis début 2017, sur un total de 5,5 millions de par le monde. La plupart d’entre eux étaient principalement installés en Turquie et au Liban. Sondés par l’ONU, la plupart des réfugiés (76%) disent vouloir rentrer chez eux à terme, si les conditions sont réunies.

Texte initialement publié sur : Les Observateurs

 

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